Grosse[s] Boule[s], etc.

Des histoires soft sexu de boules, par Salomé Landry

liste #1

Ma chambre comme un cocon en labyrinthe

 

Mes bobettes souillés étaient tachées de toi

Avant que tu m’abandonnes, que je dissèques ton corps en mille mots méticuleusement choisis au dictionnaire et que mon souffle, suivant les mouvements de la mer, t’oublie peu à peu.

Crasse

Carcasse

Pulpe

Lèvres

Charogne

Cicatrice

Cicatriste

Crevasse

Carambole

Tarentule

Sexe

Poussière

Immonde

Dissection

Dix Sections

Hurle

Balafré

Brule

Hanche

Berge

Verge

Cœur

Cavale

Tombale

 

Mes poumons maintenant libres des tiens,

J’aurais voulu que tu sois là pour constater la candeur qui se loge lentement en moi.

Advertisements

Netflix

 

americanbeauty

J’aurais voulu être comme l’autre pis avoir les seins égaux pis les cuisses qui débordent pas de mes mini-shorts l’été. Comme l’autre avec ses petits cheveux noirs, ses yeux profond pis sa petite gueule qui donne juste le goût de frencher, qui donne le goût de la séduire pis de tomber en amour avec. J’aurais voulu être comme elle pis être cool en câliss avec des talons hauts, être fucken’ radz en talon haut. Elle, c’est la fille mieux que moi, celle qui écrit mieux que moi, qui est plus soignée mais en même temps tellement wild. Celle à qui tu penses quand t’es en voyage à l’autre bout du pays. Elle, c’est la fille qui me fait sentir en compétition même si je sais que c’est wrong, c’est elle que j’ai envie d’y dire hey criss celui-là tu m’le laisses parce que ça paraît pas vite de même mais j’suis fucken’ plusse forte que toi. C’est celle qui fait en sorte que je vire jalouse su’les bords. Parce que elle, a vire jamais jalouse parce qu’a le sait ben trop comment jouer du pinis pis faire tomber en amour. Elle, a sait faire les meilleurs cunis pis pogner les boules comme des nuages avec ses p’tites mains parfaites fak a s’inquiète pas. No need comme qu’on dit. Elle, a peut prendre une photo avec une face sensuelle pis ç’a pas l’air awkward. Elle, a fait pas de crises d’anxiétés pis elle, est indépendante. Elle, c’est la fille que j’haïs mais que j’voudrais quand même être son amie parce qu’a l’air tellement nice.

 

Moi, mes boules d’adultes sont pas de la même grosseur pis moi, j’sais pas comment qu’on fait pour cruiser. J’te bet que c’est tout le temps moi qui m’ennuie des autres pis que les autres y s’ennuient pas de moi. J’vide mon anxiété dans mon journal intime tout noir pour faire plus sérieuse pis j’me remémore la fois que si pis la fois que ça, comme si dans son livre à lui, ça avait un quelconque matter. Pis j’suis un peu nostalgique dans vie, ça m’arrive de pleurer en pensant à Vancouver alors que j’ai rien câlissé là bas à part voler du fromage pis aller à la plage nudiste.

 

J’pensais aussi que j’étais arrivée à uncertain point dans ma vie que j’étais quand même grown up parce que j’arrivais à être bien en mangeant du Kraft Dinner à tous les ostis de repas pis en dormant dans le ditch ou dans l’entrée d’un commerce. J’pensais que j’tais prête pour la grand’vie mais finalement j’t’encore pognée dans mon journal intime à boire le vin le moins cher de la SAQ. Quand j’y vais, j’dis au commis en bas de douze piasses steuplait pis il m’en sort un pas pire il me dit que ça va être bon pis comme jsuis noune pis que j’connais rien j’le bois pis j’me dis ah ouan c’est vrai que c’est bon. C’t’encore moins pire que le vin de dep, c’est ça ma consolation.

 

J’pensais que j’t’ais rendue à un certain point dans ma vie parce que quand je feelais riche je m’achetais un avocat pis que dans mon frigo j’avais un brita pour filtrer l’eau crasse de mon tuyau encrassé d’hochelag. J’pensais à sortir les poubelles pis le recyclage une fois de temps en temps pis je torchais l’appart au grand complet toute seule jusqu’à ce que ça sente aseptisé. J’t’ais tellement grown up, j’avais mes manière à moi, ma façon a moi de parler pis j’avais arrêté de calquer ma personnalité sur celle des autres. J’t’ais ben dans mon boutte avec mes sentiments cinématographiques de fille borderline pour mon amoureux bipolaire. Fallait j’rentre chez nous des fois pour nourrir le chat pis torcher sa marde, j’avais des responsabilités sérieuses. J’oubliais un peu de dormir la nuit parce que j’aimais ça lui parler pis y flatter la face mais sinon ma vie allait pas pire, ou en tout cas j’me le laissais croire. J’t’ai un peu la queen du love parce que je l’avais win over elle pis toutes les autres comme un trophée – je sais que c’est wrong– pis qu’on s’aimait pour vrai mais j’avais oublié de me souvenir que les sentiments c’est pas éternel pour vrai pis que je devais faire attention à mes comportements. Que c’est pas parce que je torchais la litière du chat chez nous une fois de temps en temps que j’t’ais immunisée à toute la marde du monde, que je pouvais vivre dans un film romantique avec mes sentiments trop intenses.

 

J’avais oublié que l’amour pis le romantisme avaient leurs limites, que ma patience calculée en ride de métro aussi avait ses limites. J’avais oublié que nos apparts’ étaient trop dégueus pour accueillir du love à long terme pis que sûrement que nos têtes d’enfants ratées aussi.

 

Finalement, j’pense que Netflix pis moi on est ben faite pour s’entendre.

 

 

Automat

Ekphrasis or ecphrasis, from the Greek description of a work of art, possibly imaginary, produced as a rhetorical exercise, often used in the adjectival formekphrastic, is a graphic, often dramatic, description of a visual work of art.

 

C’était il y a peut-être 10 ans. Ou encore, c’était peut-être hier. Je me souviens que je traversais une période sombre où mon art était encore incertain, où mes coups de pinceau ne donnaient pas l’effet que je désirais. Je passais mes nuits à errer dans les rues de New York à la recherche d’un sujet, à la recherche d’une fenêtre éclairée qui me permettrait un regard voyeur dans l’intimité d’une femme, d’un couple, ou même d’un animal. Je croisais, de temps à autre, une colonie de rats d’égout qui fuyaient sous le tremblement de mon pas et de jeunes couples aux allures de Broadway et à l’amour parfait qui marchait, bras dessus bras dessous. Rien qui ne me donna envie de peindre à l’époque. Ce n’est qu’un soir dans un café à la sortie de la gare de train que je l’ai vu. J’étais assis depuis déjà une heure à lire de vieilles découpures de journaux rangées dans un carnet noir en quête d’inspiration. Il ne restait dans ma tasse que le cerne brun de café séché et je m’apprêtais à enfiler mon manteau quand elle est entrée et s’est assise à la place devant moi en commandant un expresso à la serveuse qui semblait vers la fin de la quarantaine. C’est à ce moment que je vis mon tableau et commença une esquisse dans mon carnet. Dans le coin gauche inférieur, un vieux calorifère cuivré, qui traduisait bien le climat pluvieux et triste de l’automne, étrangement situé près de la porte recouverte de peinture noire laquée, comme pour réchauffer l’air qui y entrait. Le mur derrière elle était surplombé par une énorme fenêtre par laquelle l’on n’apercevait rien de l’extérieur, seulement la réflexion d’une rangée de lumière du plafond du café. Ou peut-être n’était-ce que les lampadaires de la rue, je n’en sais toujours rien. Seulement, ces lumières semblaient dessiner une route dans le ciel vers un point de fuite inconnu. Le bord de la fenêtre était décoré d’une coupe de verre remplie de fruits orangé, rouge et jaune, j’y voyais une petite nature morte posée sur fond d’infini noir. Au centre de ce tableau, érigée sur le sol crème brillant, il y avait cette femme assise à une table ronde en marbre blanc à la base d’épais bois peinturé de noir laqué. Face à elle patientait une chaise à la même allure que la table, qui semblait attendre quelqu’un qui ne viendrait jamais la tirer et s’y asseoir. La femme à la peau pâle et aux joues rosies par la fraicheur d’octobre portait un chapeau ocre bien enfoncé sur sa tête, un grand manteau émeraude à l’encolure et aux manches ornées de fourrure noire. Son regard était penché vers sa tasse de café qu’elle tenait de sa main nue – l’autre étant étrangement couverte d’un gant de cuir noir. Ses yeux, qui semblaient peints de noir, et sa bouche, d’un rouge bordeaux, rendaient son expression faciale d’autant plus triste qu’elle ne l’était déjà.

Lorsque je finis mon esquisse, je commandai un autre café pour continuer à l’épier. Comme moi, elle semblait venir de nulle part et être à la recherche de quelque chose ou plutôt de quelqu’un. Dans l’attente de ce qui lui redonnerait vie. Vers minuit, elle rattacha son manteau et disparue dans la noirceur infinie. À minuit une, je m’empressai de courir dehors la rattraper, mais elle avait disparu aussitôt sortie. À minuit une, ce soir-là, ce fut la première nuit du reste de ma vie.

automat

Edward Hopper, Automat, 1927.

Sa main

Je n’ai rien compris à cette main qui se glissait entre mes cuisses pour s’agiter en rond sur mon clitoris. Cette main qui descendait sournoisement de son propriétaire après quelques allers-retours en vague sur le bas de mon ventre pour se glisser sous moi, étendre son majeur et l’agiter. Je me suis réveillée en sentant la main là. Le propriétaire de la main dormait à côté de moi. Je sais qu’il dormait car j’entendais de petits sons de sommeil s’échapper de sa bouche. Ce n’était pas les mêmes que lorsqu’il me fait l’amour. Je sentais dans le bas de mon dos son érection de sommeil qu’il presse souvent contre moi sans s’en rendre compte. Dans ce grand noir de ma chambre en grotte, j’ai poussé sa main et sans même se réveiller, il l’a remise sur mon ventre et m’a collée contre lui.

Nelly

J’avais oublié à quel point le froid me coupait le souffle. Je ne me souvenais pas non plus de ce haut-le-cœur provoqué par cette coupure. J’avais oublié que le froid fendait mon visage à ce point, que les manteaux prenaient autant les odeurs de cigarette et que si l’on refusait catégoriquement de fumer avec des gants, on s’entêtait obligatoirement à avoir le bout des doigts endolori. Le temps glacial de janvier me rappelle que même si novembre est passé, les mois à venir ne seront pas plus faciles sur mon petit corps. J’ai replongé le nez dans Nelly Arcand parce que beaucoup m’avaient dit que mon écriture rejoignait la sienne, que quelque part, je lui ressemblais. Dans cette grande snoberie qui est mienne, je me disais que ces gens ne comprenaient tout simplement rien à la littérature et que la simple idée d’une femme qui écrit de manière crue et qui parle de son corps les renvoyait directement à Nelly Arcand. Je me disais que ces gens étaient de ces gens qui ne connaissent pas grand-chose, mais qui veulent avoir l’air d’en savoir beaucoup. Sinon que ces gens voulaient me complimenter. Je ne disais pas grand-chose en recevant ce compliment. Nelly Arcand m’intéressait parce qu’elle s’était suicidée et qu’elle avait réussi. Je me foutais du reste comme on se fout du chat de la tante du voisin. C’est que j’avais lu un seul Nelly Arcand plus jeune et que je ne l’avais pas aimé. Le montréalocentrisme et le rapport superficiel au corps d’À ciel ouvert m’avaient suffi pour éradiquer l’auteure de ma liste d’aimées.

Au moment où je me suis rendu compte que je ne sais pas écrire et qu’à défaut de savoir écrire, je pourrais me teindre les cheveux en blond platine, encore, rehausser mes seins et mettre de faux cils ; puisque si je ne sais pas écrire comme il le faut, je pourrais au moins être belle et recevoir des centaines de sexes sur mon corps, me plonger dans Nelly Arcand m’a aidé à comprendre. J’ai aussi compris un peu pourquoi les gens nous trouvent des ressemblances.

J’ai tout d’abord trouvé une utilité au montréalocentrisme de Nelly. J’ai vu chez elle un endroit qui la reliait au monde, un point d’attache dans sa vie. Puis j’ai compris que c’était pour cette raison que je n’ai jamais aimé mentionner des lieux de ma ville dans mes textes. Je ne me sens pas attachée à la rue Saint-Laurent, à la rue Sainte-Catherine, au carré Saint-Louis, ni même aux maisons dans lesquelles j’ai grandi. Je ne me suis jamais sentie à ma place dans un lieu ou même que j’avais une place dans un endroit précis. Je préfère les chamboulements, les bousculements, les changements, je changerais d’appartement tous les trois mois. Je passerais ma vie à vivre avec mon sac à dos. J’ai compris que je bâtis plutôt mes nids dans mes relations ; je me sens chez moi dans la vie des autres, dans les bras des autres.

Tous ces bousculements que j’inflige à ma vie ont aussi fait en sorte que mon corps est la seule chose qui me suit partout. Mes seins sont les seuls qui sont toujours avec moi. Ils sont l’élément qui revient dans chacune de mes maisons, dans chacune de mes relations. De là aussi me vient la nouvelle envie de vivre avec un amoureux, de transposer notre amour en un lieu pour que je puisse enfin me sentir chez moi. Mais cette envie m’emplit d’une énorme peur : je dois être sérieuse, me calmer, trouver quelqu’un qui prendra soin de moi. Je me retrouve donc face à une immense panique intérieure qui me pousse à me trouver un partenaire de vie, quelqu’un avec qui partager tous mes moments. Mais tout comme Nelly, je suis folle.

C’est dans cette même folie que celle qui habite Nelly que je me laisse détruire par toutes mes relations. Dans cette même folie que je m’amourache d’hommes de façon malsaine. – Les femmes n’ont pas la même influence sur moi. – C’est aussi dans cette même folie que j’ai songé et que je songerai toujours à devenir escorte. C’est que je me dis que je n’aurais plus à me soucier de baiser ou pas, cela arriverait plusieurs fois par jour. J’aurais au moins quatre livres à écrire mal sur mes clients et sur la mécanicité avenante de l’acte sexuel. Je pourrais m’entrainer à deviner ce que l’homme a mangé en fonction du gout de son sperme dans ma gorge. J’serais une pute et j’aurais enfin une raison de mettre mes jarretelles.

Mais si cette envie de banaliser ma sexualité est aussi forte chez moi, je crois que c’est justement parce que l’acte sexuel prend une trop grande place dans ma vie. Il habite mon corps plus que n’importe qui, n’importe quoi, me pèse sur les épaules et me permet de m’exalter autant qu’il m’enferme souvent dans un bocal lorsque j’en ressens la violence.

Puis, alors que chez Nelly le corps est un sujet principal, mon corps à moi est une porte d’entrée de mon écriture. L’omniprésence de mon corps n’en est pas moins marquante dans mon univers littéraire et imaginaire. Dans mon univers de vie aussi. Encore l’autre matin je me disais que je pourrais recommencer à me faire vomir, que l’on y verrait que du feu. C’est que j’ai l’atroce phobie que mes cuisses, un jour, se touchent quand je marche. J’ai horreur de mes cuisses, j’ai horreur de mon ventre qui n’était pas là avant. Je crois que j’aurais préféré être si mince que l’on me perde entre le mur et le sol. J’aurais voulu qu’on m’efface. Je me souviens sinon d’un temps où j’étais malade. Je venais de sortir de l’hôpital et j’étais devenue mince. Je m’entrainais et je devenais musclée. J’étais verte et fatiguée, mais mince et j’avais d’épais cheveux blonds. Je n’ai jamais eu autant de compliments sur mon apparence et je me sentais presque bien dans mon corps. Il y a des jours où j’aimerais être malade encore. Mais je crois que ma mère n’y survivrait pas. Un amant m’a dit que mon ventre était ce qui faisait mon charme et qu’il ne voyait pas mes cuisses. J’ai compris que je ne m’aimerais jamais complètement que dans le regard des autres. J’aime pourtant mettre des minishorts et des décolletés et faire semblant que j’assume ma graisse, que je me trouve sexy avec. Je me dis dans ma tête que je ressemble à Beyoncé et tant que je ne croise pas un miroir, ça va.

Ma plus grande différence avec Nelly est là ; Nelly est bien plus jolie.

Texte concassé du 20 décembre

Au creux de mon rein s’est niché sa main d’argile, salissant ce bas de dos qui ne tient plus sous le poids des épaules. Le soleil est tombé dans les rues de Montréal, devant mon appartement qui n’est pas chez moi. Autour de ma fenêtre, la ville a pris en feu et seuls les fous n’ont pas crié. Ma main m’a perché à son cou et j’ai vu le bleu de ses yeux s’effacer sur le flanc, couler sur les joues. Ses espoirs ont filé sur la peau lisse et douce, tandis que les miens se sont accrochés dans sa peau rude et concassée par les irruptions volcaniques. Pendant que son cœur volait en cerf-volant vers le ciel fendu d’azur, j’agonisais. J’agonisais. J’agonisais. J’entendais nos sanglots entremêlés en boucle dans la tête, en trame sonore des rêves et des pensées. Le bleu du jour fendait celui de la nuit et les parcelles de soleil en réverbère pleurait contre mon mur. Les étoiles que l’on regardait pour ne pas se perdre on commencé à s’entrechoquer, dans un tango impossible, étourdissant. Mes draps ont coulés le long du corps froid et inerte puis se sont évaporés dans sa voix qui gémissait silencieusement.

Ce soir, j’aimerais que ma peau quitte mon corps

J’ai le lit en bordel, j’ai étendu mes anxiétés et mes fantasmes sur mon mur à coup de crayon et de feuilles déchirées de mon journal intime. Ma poubelle pleine de vieux condoms et d’emballages de chips est renversée sur le côté, c’est Émilie qui a fait ça. Elle se plait à percer de ses petites dents de chatons les condoms remplis d’amour pas propre et de plaisirs de fond de vagin. Ma vie est étendue sur le sol parce que je ne dors jamais ici, de toute façon. Quand je dors ici, je mets ma vie en boule dans le coin et je me blottis avec mon grand toutou d’éléphant dans mon lit et souvent, je tremble. Je tremble parce que je n’arrive pas à chasser de ma tête les anxiétés qui y trottent, même si je les écris sur mon mur en espérant leur faire honte pour qu’elles s’enfuient. Je tremble parce que ce soir, j’aimerais que ma peau s’effrite et tombe au sol. Ce soir, j’aimerais que ma peau me quitte.

Si ma peau quittait mon corps, ça arrêterait peut-être de sentir le renfermé à l’intérieur. Mes larmes couleraient le long de mes os et nettoieraient tout bien comme il le faut à la place de couler le long de mes joues et de tacher mes oreillers et les épaules des autres de mon mascara cheap. Même s’il est supposément waterproof, j’en ai toujours plein la gueule. Si je n’avais plus de peau, je n’aurais plus de petit visage fatigué et bordelique quand je finirais de faire l’amour. Je n’aurais que mes cheveux en bataille sur le dessus de la tête avec l’élastique qui ne tient que par les pointes quand je finirais de faire l’amour. Sauf si mon scalp s’étendait au sol avec le reste de ma peau. Alors je n’aurais plus rien et les gens se rendraient compte qu’ils sont hypocrites parce que personne ne me baiserait pour mon âme. Parce qu’elle sent un mélange de renfermé, de kraft dinner et de noix de coco surie. Aussi, je n’aurais plus toute cette belle chaire pour les enlacer contre moi et les laisser se coucher en boule sur mon sein. Plus personne ne trouverait que je suis un papillon.

Ce soir, j’aimerais que ma peau quitte mon corps parce qu’il y aurait une raison à l’absence d’abondance d’hommes et de femmes qui passeraient par mon lit et mon corps avant de retourner errer dans la ville. Cette raison ne serait pas parce ces gens me font peur mais bien parce que moi je les dégouterais. Je pourrais être une bête, trouver une beauté, devenir la belle et la bête. Mais la bête serait plus belle que moi parce qu’elle est masculine, dans cette histoire. Les hommes violents, étrangement, ils nous manipulent assez bien pour qu’on les aime. Moi, je ne manipulerais pas. Je serais simplement laide et gentille. Personne ne veut de ça. Personne ne veut de ça et ma peau ne tombera pas.

12366532_10205329327728838_404779867_n

Texture

Peut-être suis-je née pendant une tempête de neige. Peut-être était-ce aussi le calme plat cette journée-là. Je ne sais pas. Mais, dans ma tête de kid, je me dis toujours que ça serait vraiment plus poétique, que ça fitterait bien ma personnalité de tempête. Mais je n’en sais rien. Je crois simplement qu’à ma naissance, il devait y avoir une tempête de flocons bleutés qui fendaient la noirceur du ciel. Que pendant ce temps-là, ma mère, au fond de sa peau frêle et pâle, sous ses longs cheveux doux et roux de femme torturée, criait de douleur et de bonheur, en expulsant de son long corps sa petite-fille-pour-toute-la-vie. Celle avec qui elle partagerait étroitement sa vie et tous les secrets du monde pendant 18 ans et plus encore. Celle de qui elle connaitrait les moindres détails, les moindres pensées, sans même avoir besoin de demander. Ma maman, c’était mon moule de vie, au départ, et même si j’ai construit mon propre moule, il découle un peu du sien.

Quand les soirs de tempête reviennent, que je me morfonds en boule dans les bras de mon amant qui me serrent fort et que j’aimerais mettre un cadenas au bout des bras pour que jamais ils ne se défassent de mon corps, je crois que ma mère à le pincement au ventre, dans son rêve. Peut-être la respiration un peu lourde aussi. Comme si elle m’avait tellement mise au monde souvent que le cordon avait jamais vraiment eu le temps de partir complètement.

Mon temps, comme tous les temps du monde, s’est écoulé et ma bette de nez en trompette s’est estompée dans les aléas de notre vie et, même si on remarque encore les restes de ce visage tendre et amoureux, je ne suis plus ce cœur pur qui court en dentelle blanche dans les champs de fraises avec ses petites jambes potelées. Je me suis dirigée vers mon adolescence, les pas peut-être un peu trop précipités, au risque de m’enfarger, poussée par le désir d’être libre et de ne plus avoir à subir personne.

Ça a commencé avec des conversations MSN, une paire de converse, mon premier lit double et mon radio-i-pod. Je me réveillais chaque matin avec Black Panther de Crystal Castles sur mon radio-i-pod pis j’avais les jambes qui shakaient tellement j’aimais ça. Le soir, sur MSN, j’activais la fonction où les autres peuvent voir ce que tu écoutes et quand mon crush se connectait, je faisais exprès de faire jouer de la musique qu’il aimait même si je trouvais ça mauvais, juste pour cruiser. Une fois j’avais même demandé à un gars s’il voulait sortir avec moi par MSN et il avait dit non et j’avais vraiment le cœur brisé. J’avais voulu manger de la crème glacée cachée sous mes couvertures pendant au moins deux ou trois jours mais finalement un seul avant-midi avait suffi étant donné que les love de sixième année ça compte pas vraiment. J’entretenais régulièrement mes comptes de Chapatiz, Bébé Vallée et Néopets pis des fois j’allais partager quelques tounes de Rihanna pis d’Alicia Keys sur mon Piczo. À bien y repenser, j’étais pas tant que ça une cool kid parce que j’allais jamais sur mon MySpace et j’avais pas de Skyrock. Par contre, j’allais tous les étés à Osheaga avec mon papa et ÇA c’était cool. J’étais tellement cool que quand ce fut le temps d’y aller avec mes ami-e-s parce qu’on avait l’âge pour vrai, je boycottais le festival, pas à cause des coiffe amérindienne mais parce que c’était plus assez de la musique alternative à mon gout. «Hipster». Oui, tu peux le dire.

Sur le side, et probablement pour renforcer mon coolness, je passais mes soirées sur Pitchfork pis AllMusic pour connaitre des nouveaux trucs et être capable de parler de musique pendant des heures. Mon groupe préféré de toute ma vie, à ce moment-là, c’était Yeah Yeah Yeahs avec Karen O pis une fois, pour ma fête, elle m’avait envoyé un texto et j’avais dû crier pendant au moins 30 secondes non-stop. Mon deuxième groupe préféré c’était Crystal Castles, j’allais tout le temps les voir en show et quand je touchais Alice Glass, je voulais plus laver ma main après. Même qu’une fois je me suis fait pousser par Ethan Kath pis j’étais presque contente. C’est à cause d’Alice Glass que j’ai commencé à porter que des jupes et plus particulièrement des jupes en velours et tout au long de mon secondaire trois, pas une fois j’ai mis des pantalons. J’agençais ça avec des collants déchirés pis des bottes de pluie du Canadian Tire. Ce fut la plus importante année de mon secondaire. Cette année-là, ma chatte Gilbert est née dans mon garde-robe et elle devint le chat le plus choyé et aimé de toute la planète, j’ai commencé à me tracer des énormes traits d’eye-liner un peu comme Amy Winehouse, je me suis procurée un énorme capuchon en faux poils dans lequel je me trouvais vraiment cute, je me suis bleaché les cheveux en blond platine, je me baladais avec des énormes écouteurs pour «mieux écouter ma musique», j’ai arrêté d’aller sur Omegle, j’ai découvert les bobettes en dentelle, je suis allée voir Jean Leloup en spectacle plusieurs fois, je me suis rendue compte que le manuscrit que j’avais écrit en secondaire deux dans lequel je pensais que je pouvais être la Juliette d’un Roméo un peu macho c’était de la merde, j’ai eu mon premier cellulaire et il avait un clavier qui glisse sur le côté, j’avais un walkman et une collection de cassette très impressionnante, mon repas préféré était les sushis, je rêvais de faire du Roller Derby mais j’ai abandonné après deux pratiques, je jouais Amélie Poulain au piano pendant au moins une heure par jour, j’ai écouté le film Little Miss Sunshine plusieurs fois pour me sentir mieux dans ma peau, je suis partie en camping seule avec des ami-e-s et il a plu toute la fin de semaine alors on a pas mal juste fumé des joints, mon bébé frère est né, j’ai eu ma première relation sexuelle avec mon premier love et j’ai découvert les condoms avec de la texture. Utilisez jamais ça.

Trip de bouffe – première partie

Je travaille dans un bureau. Un travail bien rangé. J’arrive à 8h le matin avec ma petite jupe et ma seule pair de collant pas troué. Avec mon cardigan piqué à ma mère, je salue les employés, leur donne leur courrier et réponds calmement à leurs questions agressives. Quand le rush de 9h est passé, que les employés n’ont plus vraiment besoin de mes services de réception, que les enveloppes sur la station de poste sont bien alignées, que tout le monde est entré et installé confortablement à son bureau, je m’installe derrière mon ordi avec ma tasse de café et je me matte les seins. Puis, je révise mes courriels et j’en envoie des nouveaux. Je retourne sur internet pour lire des textes érotiques. Parfois, le gars de la logistique vient me faire des petits sourires coquins et me jaser un peu.

J’aurais pensé être le genre de fille qui fantasmerait un peu sur ma job de bureau. Qui rêve que le gars de la logistique soit à quatre pattes sous mon bureau, la tête entre mes cuisses et que mes collants et mes bobettes soient descendus. Son visage dans mon humidité tropicale, le gars de la logistique se ferait aller la langue et les doigts pour parcourir tout le bas de mon corps, du nombril aux chevilles. Mon ventre se contracterait et mon sexe dégoulinerait sur ma chaise de bureau. Les employés continueraient à passer comme à l’habitude, personne ne remarquerait. Il me ferait jouir trois fois, il essuierait sa bouche sur l’intérieur de ma cuisse et il partirait sans rien dire. S’il m’embrassait, ce ne serait que l’intérieur des genoux. Je passerais ma main dans mon entrejambe ruisselant pour ensuite lécher mes doigts. Je remonterais mes bobettes et j’enverrais un autre courriel aux employés pour les aviser qu’il y aura une dégustation de produits sans gluten à la cafétéria ce midi. Mais je ne rêve pas vraiment à ça. Parce qu’avec le gars de la logistique, ça se passera pas. Il m’a donné une pomme l’autre jour, c’est pas mal toute. Quand même, j’ai essayé de me masturber une coupe de fois dans les toilettes. C’était pas concluant. Les toilettes ne m’excitent pas.

Reste que pendant que je me matte les seins en rêvant d’échapper mon café pas si chaud que ça dessus pour avoir une raison de bien les frotter avec de la crème en permanence, je vois des photos des enfants réfugiés syriens qui dorment dans des endroits crades et je me souviens que pendant qu’eux tentent de survivre, moi je me fais aller le corps dans un érotisme batard qui s’étend sur toute la nuit pour ensuite me plaindre que je n’ai dormi que deux heures et que je suis raquée.

Quand je me déshabille, mon sexe dégage l’odeur du sien et ma sueur sent son sommeil. Il se calque dans ma peau comme tous les autres avant. J’ai beau me laver, son corps est imprimé sur le miens. Peut-être c’est un truc d’hormones qui signifie que ma peau s’ennuie du contact rugueux de la sienne, de la façon qu’il a d’aimer mon corps et de sa voix grave qui me chuchote des choses indécentes à l’oreille : « J’aime ça quand tu te masturbes devant moi, j’aime me masturber en te regardant faire. » Peut-être est-ce ces hormones qui me poussent à toujours revenir contre son flan, à toujours laisser sa barbe mal rasée graffigner mon visage et mes bords de bouche, malgré nos problèmes de logistique. Peut-être on aurait besoin que le gars de la logistique vienne avec nous gérer nos problèmes d’hormones.

Mardi soir. Neuf heure quarante-cinq. Sur le pas de ta porte, mon téléphone reçoit un message : « Tu viens toujours? » Oui. Oui, clairement que je viens. Je rentre chez toi et me dirige vers ta chambre où tu m’attends, comme à l’habitude, pour m’enlacer. À peine ai-je le temps d’enlever mon manteau que je te vois ouvrir les bras. Tes bras grand ouverts m’attendent et je m’y glisse le plus simplement du monde. Ton visage se penche contre le mien, ta bouche au creux de mon cou. Pendant que tu t’affaires à presser mon dos de tes grandes mains, tu me demandes comment je vais. Je n’ose pas te dire que la journée était longue parce que j’avais la libido en montagne russe. « Ça va. » Je laisse tes doigts vagabonder sur mon visage, ton regard se poser fixement dans le mien et je ne sais pas quoi faire ; j’ai le bas ventre qui me crie de t’arracher la bouche avec mes lèvres. Nos baisers sont plutôt ceux timides mais prenants d’amants inavoués. Ton corps se presse contre le mien et je me sens sale. Je me sens sale surtout parce que j’ai envie que tu puisses me bouffer bien comme il le faut, de sentir ton corps contre le mien sous l’eau chaude de ta douche. Je t’invite d’un regard, tu acceptes d’un autre.

La pointe des pieds sur le tapis de douche humide, j’ai le cou cassé à essayer de t’embrasser. Je te déshabille en quelques mouvements et tu fais de même avec moi. Nus, face à face, nous nous regardons. Ton crâne rasé te donner l’air encore plus nu, c’est toujours ce que j’ai trouvé le plus drôle de toi. Tu as des correctes larges épaules, la peau très pâle et les mamelons foncés. Au centre de toi se tient ta honte et mon amour : ton ventre, ou plutôt ta bedaine. Ton pénis est mou, exactement comme je les trouve étrange, comme je ne les comprends pas. Tu fixes mon corps que je ne comprends pas et que je ne sais comment tu comprends avant de le prendre entre tes bras. J’allume l’eau et te laisse t’accrocher à moi, ta main malaxer mon sein droit pendant que l’autre vogue mon flan et ta bouche dévorer mon cou et mon dos. Sous l’eau, tu me regardes me laver. Je passe de l’eau dans mon visage, contre mes seins que je prends bien le temps de caresser puis entre mes cuisses, doucement mais fermement. L’eau chaude rend mes seins et mes mamelons plus mous malgré l’excitation provoqué par ton regard sur ma peau. Nous échangeons de place : c’est ton tour de te laver. Le contact de l’air froid aide mes seins à durcir, j’ai soudainement les mamelons qui pointent bien droit vers toi. Tu te laves en vitesse pendant que je te fixe, que j’étudie chaque grain de peau, que j’étudie ton visage. Rapidement, nous nous prenons l’un contre l’autre, l’eau chaude continue de fuir en chute sur nos épaules. Comme je te flatte et t’embrasse, je sens ton sexe durcir contre mon ventre et se presser contre mon nombril. L’eau sur tes lèvres coule dans ma bouche, je la recrache sur ton chest en l’embrassant. En un seul mouvement, ta main glisse le long de mon dos et de mes fesses jusqu’à mon entrejambe et ton majeur se pose directement contre mon clitoris. J’ai le désir qui éclate et revole dans tous les sens (la fille de la saint-valentin, le gars de la logistique, le dude du fromage sur le chest, la fille aux lèvres pulpeuses, le grand musicien avec les cheveux frisés, Lady Gaga pis toi). Ta main continue de s’agiter sur mon sexe et mes ongles s’enfoncent dans ta peau. Je descends le long de ton corps et ma bouche atterrit sur ta cuisse avant de remonter, en un mouvement conjoint avec ma main, vers ton sexe. Je le prends de ma main et le masse un peu pendant que je continue de t’embrasser le bas ventre puis je remonte le long de ta verge avec ma langue. J’enfonce ton gland dans ma bouche, te goute, tu goutes bon comme les chips au gratin. Je t’enfonce jusque bien profond entre mes lèvres tout en continuant de jouer avec ma langue. Tu te figes, tu attends, ta respiration halète et tes abdominaux se contractent. Je sens ton sexe grossir dans ma bouche et je continue quelques instants avant de remonter vers ta bouche pour t’embrasser. Je ne sais pas si ça t’écoeure, ça n’a pas l’air. Tu me plaques contre le mur de la douche et descends vers mon sexe, t’agenouilles devant moi. Tu soulèves ma jambe droite et la dépose sur ton épaule. Tu embrasses le bas de mon ventre, l’intérieur de mes cuisses puis mon sexe. Ta langue s’agite en un mouvement rapide contre mon clitoris qui expédie une sensation de chaleur et de frissons dans mon corps. C’est frais et chaud à la fois, je ne saurais comment décrire la sensation d’euphorie qui s’installe entre mes cuisses. Tu t’attardes au reste de ma vulve, l’encadre de tes lèvres, aime chacun de ses tissus. Ma main s’agrippe à ton épaule et un immense souffle partant de mon bas-ventre s’expulse par ma bouche. Je suis sur le bord de l’orgasme, tu t’arrêtes, me regarde avec ton petit sourire que je ne comprends pas. Je t’embrasse, tu goutes moi et j’adore ça. J’éteins l’eau pour te signifier qu’on va continuer ça ailleurs.

Nous nous baladons emmitouflés dans nos serviettes chaudes jusqu’à ta chambre et prenons des bagels et du fromage à la crème au passage. Assise sur ton lit, je déroule ma serviette et tartine mon bagels avec mes doigts que je lèche entre chaque étendue. Une fois que mon bagels est bien tartiné et que mes doigts sont bien lubrifiés, j’enfonce mon bagels dans ma bouche en commençant à me masturber. Je vois que tu aimes ça, que tu me regardes. Ça t’excite et ça m’excite. Tu déroules ta serviette à ton tour et tout en mangeant ton bagel à toi, tu agites ta main sur ton membre. Ta chambre se transforme en un espace vaste sans conception ni fonction particulière. La porte s’ouvre sur un autre, un grand mystérieux, qui entre le plus naturellement du monde et constate notre exercice. Je vois dans ses yeux qu’il a envie d’y prendre part lui aussi. Il défait son pantalon, sort un sexe déjà droit et dur et se met en branle. J’observe le bas de son corps nu sous son chandail. Tu enlèves son chandail et lui tend le pot de fromage à la crème. Il le prend et étend du fromage sur son chest. Ça m’excite, je vois que vous aussi. En t’entrainant avec moi, je chute vers lui et commence à lécher le fromage sur son torse. Toi aussi. Nos langues se croisent entre les vagues de fromage à la crème pendant que lui continue de se masturber. Tu descends doucement le long de son corps et enfourne son sexe bien profond dans ta bouche. Cheese-Chest capote, je le vois à ses yeux qui sortent de leur orbite. De ses mains tremblantes, il dirige mes cuisses autour de son visage et commence à mouvoir sa bouche dans mon entrejambe. Il est moins bon que toi et c’est plutôt l’idée de vous deux et du fromage autour de ma bouche qui m’excite. Je me retire d’un geste brusque et me tourne plutôt vers toi, te prend dans ma main et te branle. Tu halètes sur son sexe, manque de t’étouffer, relèves ta tête puis gueule de plaisir. Cheese-Chest m’embrasse puis me pénètre doucement par devant pendant que tu me prends par derrière. Je vous sens tous deux en moi et vous offre chacun une partie de mon cou sur lequel vous posez vos dents avec acharnement. Mais la position nous pose certains problèmes de logistique. Le gars de la logistique rentre dans la pièce, nous dit qu’il va nous aider.

Pendant que le gars de la logistique, nu, s’affaire à poser des hamacs dans la chambre je m’allonge sur le dos un peu épuisée. Je m’allume une clope, Chest-Cheese s’assoie en retrait pour fumer la sienne. Tes lèvres ont encore envie de moi. Tu embrasses mon sein puis pose tes lèvres contre mon sexe. Cette fois-ci, tu y vas plus doucement. Je regarde le ciel, les étoiles qui filent, pendant que tu t’occupes de mon entrejambe. J’ai le bonheur à la bonne place. J’ai le désir qui s’effrite en frisson le long de mes veines et qui renait au creux de ma gorge. Tout à coup, je remarque que quelqu’une est avec Chest-Cheese, elle gigote autour de lui, à son habitude. C’est la fille de la Saint-Valentin. Elle est très longue et elle bouge bien. Ses fesses son minuscules, ses seins sont plats et sa vulve est carrée. Ma peau n’a jamais senti la sienne, son corps a glissé sur le miens et entre mes doigts en stacato, ce sont plutôt les mots sur papier qui sont sortis de nos mains. Pendant qu’elle chevauche Chest-Cheese avec son allure dégringolante habituelle, je vois nos lettres douces et érotiques s’enfuir par ses longs cheveux. Son visage de marionnette déclame avec plaisir les mots qu’elle m’a un jour écrit. Mes sens littéraires et physiques son stimulés, je déclame mon plaisir en plusieurs petits cris qui me mènent à l’orgasme. Mon corps tremble, tu continues de prêter attention à mon clitoris qui vibre dans ta bouche et mes mains s’agrippent à ton épaule, j’y enfonce mes ongles, trop profond, mais tu ne sens pas grand-chose excepté mon plaisir qui t’active aussi. Tu te dresses comme un énorme pilier devant moi, empoigne ton sexe et te masturbe vite au-dessus de moi jusqu’à ce que ton sexe gicle en pluie chaude sur mon ventre. J’y trempe mon doigt, y goute. C’est sucré, je crois que tu es frère avec un érable.

Le gars de la logistique a fini d’installer les hamacs. Tu t’y couches, je me couche dans un autre. Dans le coin, Chest-Cheese et Saint-Valentin baisent toujours avec autant d’ardeur. Je les regarde, penche ma main vers mon entrejambe, agite habilement mes doigts et te fixe dans les yeux. Un grand musicien avec les cheveux frisés entre dans la pièce. Je le reconnais. Je l’invite à me rejoindre sans cesser de me masturber. Il se couche dans le hamac, je me mets par-dessus lui et je sens son sexe grossir dans son pantalon tandis-que je l’embrasse. Je glisse ma main dans son pantalon, sens son sexe plus gros que dans mon souvenir. J’enlève son pantalon, prend son sexe entre mes doigts et joue avec avant de l’enfoncer dans ma bouche, cette-fois-ci plus grossièrement qu’avec toi plus tôt. Un mélange de bave et de lui coule le long de son pénis jusqu’à sa base. Il est bien lubrifié, je l’invite à entrer en moi. Je m’assoie dans le hamac, il se met debout face à moi, j’ouvre mes jambes et il y entre. Je sens son mouvement jusque creux dans mon ventre, j’ai l’impression de flotter autour de son sexe qui me retient. Du coin de l’œil, je vois Chest-Cheese et Saint-Valentin qui ont terminé leurs activités et de l’autre œil, je te vois qui te masturbe en nous regardant. Saint-Valentin viens lécher mon sein, glisse quelques mots et sa langue dans le pli de mon oreille avant de s’enfuir par le ciel, fidèle à elle-même. Chest-Cheese passe sa main près de mon sexe et s’active sur mon clitoris pendant que Frisé continue de me pénétrer et que tu continues de te masturber en nous regardant. J’ai le désir qui monte en flèche pour un millième orgasme.

 

Glitters

C’est toujours entre les pailles roses de glitters en forme de mille tourbillons et les nuits de fou rire à en avoir mal au dos et s’en pisser dessus que j’ai trouvé ces joyaux que l’on appelle des bests. C’est avec ces mêmes personnes de velours que j’ai pratiqué mon premier french, avant de me rendre compte que j’avais un peu un penchant gouine. Ensemble, nous avons mis nos premiers tampons pendant que l’autre nous tenait le feuillet d’instructions. C’était mes faves et je voulais vivre avec elles.

Je me souviens bien de nos petites bettes attrapant les flocons avec notre langue, de nos minuscules jambes qui achetaient leur première minijupe et de nos discussions du petit tanant de la cour d’école avec ses petites fossettes autour d’un cornet de crème glacée. On s’amusait à se balancer le plus haut possible avec nos minijupes du Ardène avec comme plus gros soucis au fond de la conscience notre dernière discussion MSN avec notre crush.

C’était le temps des converses hauts et des gros chewing gums dans le fond de la cour d’école. Ça arrivait des mercredis soirs qu’on allait même jusqu’à voler un ou deux bonbons au dépanneur du coin et qu’on les mangeait dans la ruelle derrière la maison de mon crush de l’époque. C’était le temps des sucres, il y avait toujours quelque chose de sucré dans l’air. Je prenais encore le temps de ne pas écouter l’amertume qui me retient depuis mes racines depuis toujours. Il n’y avait pas vraiment de temps qui s’écoulait et je ne comprenais pas grand-chose à part la cloche d’école qui sonne à l’heure de la récré et les coups fancy à faire au ballon poire pour impressionner les grandes de sixième année.

Tout au long de mon adolescence, il y avait des jours où j’aurais voulu retourner à cette époque où le mot Bordeline ne voulait encore rien dire dans ma petite tête d’enfant avec le bout du nez gelé. À cette époque où j’avais des mauvais souvenirs sans pour autant comprendre le mot agression. J’effaçais de ma mémoire les traces de mains rouges sur les flancs de ma maman et j’allais m’acheter des petits sacs à la Sucrerie du Soleil. Je m’assoyais à mon piano et je pensais être l’enfant prodige. Je n’ai pas aimé mon adolescence parce que toutes ces choses que j’ignorais on reprit le dessus et j’ai fini par en mourir un peu. J’avais un peu des bests pour me recolorer le cerveau en rose-paillette-brillante et pour jouer à Just Dance Revolution. Jusque-là, je connaissais bien les bests de glitter et même si je les aimais d’amour, je connaissais pas encore les bests d’amour velouté. Oui, comme la soupe.

Je ne porte plus de robes à pois avec l’ourlet en froufrou et j’oublie volontairement de me raser. C’est la moi d’aujourd’hui. J’ai quand mêmes quelques ami.e.s bests glitters. Mais un jour, j’ai eu un coup de foudre de personnalité avec un homme. C’était ce fameux soir de rhum and coke et de monkey blaster. Entre deux regards croches, nos personnes se sont collées de ce chewing gum rose et dans ma tête, il y a eu quelques feux d’artifices de paillettes. Et même si souvent, je sens le temps s’effilocher entre nous, avec beaucoup de volonté, on est toujours assez rapide pour tricoter un nouveau morceau de temps. La laine, j’imagine qu’on la pond.

Après avoir laissé passer 5000km sous nos petits corps d’enfants excités, on a signé un contrat de BFF. Best friends forever. C’était pas vraiment un mot existant dans mon vocabulaire et je n’y croyais pas beaucoup. Parce que les deux, on a trop d’ambition pour ce qu’on est capable de faire pour vrai ensemble. C’est pour ça qu’on rechute toujours dans notre amour mal-propre. Reste que j’aimerais ça jouer au ballon poire avec lui des fois. Un jour de petit soleil de début de mai, on a été se balancer sur la place-des-arts et sans lui dire, j’ai fait le concours de celui qui s’envole le plus haut avec lui. J’ai gagné. Je gagne toujours. J’ai gagné avec la tête d’une enfant qui dessine la plus belle marelle de tous les temps. Sur notre tricot, ça a tracé la marelle de nos péripéties ; cette marelle de péripéties trop grande pour l’imaginaire.

Quand je le regarde, mon ami de paillettes, j’ai quatre ans. Il est trop grand pour moi, comme un grand-frère qui est toujours là pour me regarder tomber sur mes genoux, avec un sourire en coin de j’te l’avais dit, quand même. Il est vieux parce qu’il a l’âge de mes parents quand ils m’ont eu. Mais, pour dire un secret, mon ami de paillettes, il a quatre ans lui aussi. Je le sais parce que quand je le chatouille, son petit visage d’enfant bien enfouis au fond de lui transparait et parce qu’il rit quand on s’amuse à se prendre par les poignées d’amour. Sans pudeur, sans complexe. L’autre jour on a même écouté la finale de Série Noire tout nus en mangeant des chocolatines et on a ri avec nos rires d’enfants. Même qu’une fois, je lui ai fait un collage de photos de moi et il a presque pleuré de joie. Je crois que quand il pense à moi, dans sa tête, il voit une photo de moi dans un cadre rose brillant avec des petits cœurs.

Puis, mon meilleur ami, c’est celui qui lit tous mes articles de mon blogue et qui m’écrit après pour me dire qu’il a rien compris. Il pense aussi que la seule façon de me comprendre bien bien c’est de lire mon blogue. Tu dois me comprendre tout croche que je lui ai dit. Il a dit qu’il savait. Moi non plus je le comprends pas vraiment. Si j’avais à dessiner un portrait de lui, ça ressemblerait sûrement à un vomi de glitters multicolores avec quelques taches noires cachées en dessous et des mots stupides comme merveilleux, marelle, balançoire, star wars, kraft dinner et je t’aime. Je rajouterais une perle et des coquilles d’huitre parce que ça puerait un peu, comme son haleine du matin ou comme la fois où il a perdu sa brosse à dent en voyage. Même si je suis habituellement en faveur de la non-mixité pour ce qui est du partage de brosse à dent, j’ai partagé. C’est pour dire gros comment il prend de la place dans ma cage thoracique. Il est le lit-king-royal de ma cage thoracique avec des draps de flanelle.

J’avais toujours pensé qu’avoir un meilleur ami aussi powerfull, plus que les power rangers, que ça me permettrait d’écrire des cartes de fête et de Noël de malade parce que d’habitude, les gens pleurent toujours en lisant mes mots de tendresse. Mais je me rends compte que cultiver un meilleur ami, c’est vraiment plus difficile parce que je peux pas lui écrire : ‘’Merci maman de m’avoir mis au monde et d’être le pilier qui tient ma vie en un seul morceau depuis dix-huit ans tu es la plus belle de la terre et la femme la plus forte que je connaisse.’’ Aussi peut-être je m’étais overestimé parce que c’est pas difficile de faire pleurer ma mère : elle a pleuré quand j’ai joué de la guitare au spectacle de fin d’année de mon école secondaire même si c’était poche pis elle m’a déjà dit qu’elle pleurerait juste à me voir faire caca sur une scène. Je la crois. Je la crois d’autant plus parce que je me rends compte que c’est pas vrai que les gens pleurent quand on leur dit qu’on les aime, même si c’est dit avec beaucoup de tact : ‘’Tu es mon meilleur ami pour toute la vie et j’aime vraiment ton nombril’’. T’sais, faut savoir lire entre les lignes.

Mais au fond de mon petit corps, je le sais qu’il aime mes messages pas rapport et qu’il sait bien lire entre mes lignes. Il me laisse toujours mettre mon doigt dans son nombril et souffler dedans ; il comprend un peu que c’est parce que son ventre est ma partie préférée de son corps. L’autre jour, il a léché ma bouche et après il m’a embrassé pour rire et j’ai faké de trouver ça dégueu parce que je voulais avoir l’air d’une personne normale. Je sais que j’ai quatre ans parce que ça me dérangerait pas vraiment de chanter du Britney Spears en étant nue dans des positions toutes écartées devant lui. J’aurais jamais pensé qu’un homme cisgenre pouvait être aussi cool que ça.

Bonne fête à mon meilleur ami, merci d’aimer mes blagues misandres.