Grosse[s] Boule[s], etc.

Des histoires soft sexu de boules, par Salomé Landry

Month: February, 2017

sécrétions 2

Après l’éjaculation, vidés d’eux même, mes amants renouent avec leur besoin de virilité, leur déni d’amour. On ne tombe pas en amour avec une baise, encore moins avec une pétasse. Il arrive cependant, qu’entre la tension ultime et le relâchement brusque, ils laissent entrevoir une faille qui cisaille leur corps. Une faille douce et rose tapissée de velours noir. Creusée de mes ongles, de mon sexe, de ma bouche.

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sécrétions 1

Mes histoires de culs, vulgaires et moins vulgaires, sont nombreuses, variées. Parce que je suis poète, parce que je me suis putifiée. J’éprouve un malin plaisir à me faire venir sur la peau plutôt qu’en moi, à faire venir un homme avec les pulsions de mon vagin lorsque je jouis.

Cette nuit encore, un homme à mes côtés me flattait le corps tout entier, insistait sur mes fesses, glissait ses lèvres dans les plis de mon cou et contre mes joues. Il me chuchotait comme j’étais belle, comme il me voulait. Cette nuit encore, cet homme, en trois coups de reins, a tenté de faire son territoire dans mes muqueuses. Ce soir, un autre gobera ce dépôt en moi de sa grande gueule assoiffée, viendra y tremper sa queue, en espérant être le premier, en espérant sa semence plus puissante, plus odorante, peut-être. Or, les semences, à force de se mélanger, se ressemblent toutes et n’ont plus de particularité. Par la répétition et le nombre, chaque caresse est devenue vide, chaque pipe, chaque cri, chaque orgasme, tout. Seul le moment compte, seule leur soumission devant mon plaisir. Pourtant, je me souviens de chacun comme si c’était hier.

Hier encore ces hommes inconnus à qui j’ai confié mon corps en un élan de préoccupations inhibées. Leurs testicules qui, lorsque je leur demande de me prendre par derrière pour oublier leur visage, frappent contre mon pubis. Leurs énormes membres veinés qui éclatent entre mes doigts. Ma langue s’agitant sur leur gland. Le gout de leur sperme au fond de ma gorge, sur les côtés de ma langue. J’en viens pourtant à oublier ceux qui m’ont passé trop de fois sur le corps, trop de fois de la même manière, souvent une fois de trop. Je déteste les routines et c’est pourquoi j’aime tant l’adultère. Les hommes, un jour ou l’autre, apprennent à lire mon corps, mémorisent une routine pour le faire jouir. Alors, il n’y a plus de mérite. Je jouis, pareillement à hier et je suis prête à le parier, pareillement à demain.

Hier soir, un homme baratinait des promesses avec son corps, embrassait ma gravité, m’imposait la sienne, son corps sur le mien. Il me baisait avec délicatesse, bien mesurée, bien pesée, avec tact. Son sexe entrait en moi, en ressortait tout aussi précisément, mes ongles s’enracinaient dans son biceps comme je jouissais. Je me fais baiser aux antipodes de ce qu’on imaginerait pour une pétasse comme moi. Les hommes, lorsqu’ils pénètrent mon intimité, s’efforcent de mériter mes cris, de mériter quelques mots crachés du revers de la main sur le coin d’une feuille. Pas un ne manque, comme par défi, d’étaler sa langue contre mon sexe, de la faire agiter avec précision, goulument. Du coin de l’œil, je les vois m’observer, guetter ma réaction, mon cris qui sera, espérons-le, plus fort que le précédent. Certains ont joué le jeu trop longtemps, m’ont épuisé, tellement que mes jambes en on tremblées toute la nuit. J’aime les voir se perdre dans leur égo d’Homme, les regarder vouloir tellement qu’ils s’oublient un instant, qu’ils omettent de constater leur soumission devant mon sexe.

Lorsqu’ils finissent de se perdre en moi, lorsque, d’un coup de bassin, d’un coup de main, je les ramène à la réalité, leur urgence animale les pousse à faire leur territoire. Je les sens, entre mes bras, essayer de contrôler leurs pulsions d’affamés, de les faire taire, en vain. Leur épiderme, au contact de la mienne, se durcit, s’épaissit, de plus en plus, jusqu’à se relâcher complètement, sur moi. C’est ici que je pénètre dans l’Histoire, celle avec un grand H, qui appartient à l’Homme. Je porte contre ma peau une ADN volé, arraché à eux. Leur semence est venue troubler la mienne, au plus profond de mon être, est venu corrompre mes cellules, et alors ils pensent qu’ils ont gagné je ne sais quoi. Par instinct de survie, ils oublient qu’ils ont perdu au jeu ; ils oublient leur soumission, la vulnérabilité qu’ils m’ont offerte. Mon corps, barbouillé du leur, redeviens mien et c’est moi qui quitte avec ce barbeau, le leur. De moi, ils ne garderont qu’un souvenir marquant qu’ils rêveront encore mille fois, l’espoir d’un jour transcender un haïku.