Hibiscus et étoiles

by salomelandry

Mon corps est un néant, un de ces néants dont on ne vient pas à bout. Montent en tourbillon mes caprices, descendent en chute mes espérances. J’ai la tempête incessante au bas de mon ventre, un trou béant entre mes deux sourcils. Un trou de balle naturel. Il m’arrive d’avoir le vertige de ma propre hauteur, de ressentir la petitesse d’un moi qui ne touche rien vraiment. Il y a des mots qui coulent sur mon visage sans cesse, effleurent ma langue et le bout de mes doigts, mais quittent tout aussitôt.

J’ai mis ce matin mon rouge à lèvre pour ne pas être embrassé et je n’ai rien mis sur mes yeux pour pouvoir leur permettre de pleurer sans colorer mes joues. Une femme dont j’aurais voulu l’attachement maternel m’a parlé des enfants abandonnés, des enfants délaisses, de ceux qui ont des parents en dépression. J’ai eu envie de pleurer parce que j’ai pensé à ma tête en bouillie mais c’est pas grave. Je croise les doigts pour que ce ne soit pas toute la vie.

Je passe mes journées à ne pas comprendre ce que les gens me disent. Je comprends, un peu, que je suis dans une outre-vie. Pas vraiment la leur, pas vraiment la mienne. J’ai eu la chance d’avoir une bibliothèque dans ma vie pour me diagnostiquer l’outre-vie, pour vivre dans quelques lignes imprimées sur une vieille page jaunie. Au moins, je sais ça. Je sais que les mots guérissent pendant trois secondes peut-être et que ces instants valent plus que l’absence. Je vis, à garrocher mes espoirs et ma vie entre deux mots, dans ce millimètre qui sépare la phrase de son point. Il y en a qui savent placer ces mots, créer des instants de bonheur pur avec qu’un bout de papier et un peu d’encre, moi pas. J’ai le trou béant et ça sort mal.

Des matins, j’aimerais partir quelque part où je pourrais ouvrir ma fenêtre, chaque matin, sur un vent frais. Un vent frais qui caresserait mon visage, rincerait ma chambre de mes songes troubles, mais je ne sais pas dire au revoir. Je ne sais pas partir correctement, je marche toujours un peu croche. Je voudrais vivre quelque part où la mer cognerait mes genoux aussi souvent que possible, où je mènerais mon propre bateau, parce que j’ai un peu le mal de mère. Peut-être les chats roderaient sur la plage, mangeraient les restant de crustacés à la place des oiseaux et leurs poils se colleraient sur ma peau mouillée. J’aimerais que les émotions viennent à moi doucement, j’aimerais prendre le temps de sentir l’air salin sur ma langue, j’aimerais voir le reflet de la lune contre ma peau nacrée. Je voudrais être bien seule, être capable d’apprivoiser mon coin d’imagination, que doucement, s’entrouvre sur mon passage l’air sucré des hibiscus et celui salin de l’étoile.

J’aimerais voir clair même dans les racoins d’obscurité qui se tiennent partout, même au centre, mais je ne sais pas dire au revoir.

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