Sang titre

by salomelandry

Tu sens ma vulve qui sent les gâteaux. Le sucre que j’avale tous les jours, entre deux sacs de chips à saveur d’anxiété. Tu sens mon sang, celui que mon corps a échappé sur toi, en grande masse chaude et gluante sur ton bas ventre et que j’ai nettoyé, comme on nettoie un enfant. Tu sens mes larmes, salées et tièdes, qui ruinent mon visage et qui picotent mon cou chaque fois. Chaque fois.

J’ai l’impression que mon corps à moi ne sent pas ton pénis, sauf lorsque je me déshabille pour prendre ma douche le soir après un matin d’amour mouillé. Mon corps est un mélange d’artificiel et de négligé ; les produits pour les cheveux, les crèmes, le maquillage, le ranci et la sueur anxieuse. Mon corps qui se cache lui-même, qui sait cacher son gras, ses poignées d’amour et son ventre comme par honte de ne pas être celui des soeurs Kardashians, n’a pas d’odeur.

À l’aube de nos quatre vérités, j’ai eu besoin de nommer l’espace qui existe entre nos deux corps. Ce jardin, qui n’en est pas vraiment un puisqu’il n’a pas de limite, touffu, qu’on s’est permis de faire ensemble, avec le bois des arbres à souvenirs et le murmure des promesses oniriques. Ce jardin où le vent ne se tait jamais, où il bourdonne parfois entre nos nombrils, où le vent est maître. Sans trop le cloîtrer par peur de l’étouffer, j’ai eu besoin de mettre des mots sur cet espace malléable entre nous. Non pas pour le figer dans un temps et un espace, non pas pour qu’il cesse de grandir entre nous, pour mieux se rétrécir lorsque la distance entre nous est nulle, mais pour savoir. Pour savoir si le ruisseau qui relie ma cheville à la tienne est obligé de n’avoir qu’un seul courant. J’avais besoin d’un mot pour habiller le ciel entre nous, un mot sous lequel me couvrir en cas d’intempéries.

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