Netflix

by salomelandry

 

americanbeauty

J’aurais voulu être comme l’autre pis avoir les seins égaux pis les cuisses qui débordent pas de mes mini-shorts l’été. Comme l’autre avec ses petits cheveux noirs, ses yeux profond pis sa petite gueule qui donne juste le goût de frencher, qui donne le goût de la séduire pis de tomber en amour avec. J’aurais voulu être comme elle pis être cool en câliss avec des talons hauts, être fucken’ radz en talon haut. Elle, c’est la fille mieux que moi, celle qui écrit mieux que moi, qui est plus soignée mais en même temps tellement wild. Celle à qui tu penses quand t’es en voyage à l’autre bout du pays. Elle, c’est la fille qui me fait sentir en compétition même si je sais que c’est wrong, c’est elle que j’ai envie d’y dire hey criss celui-là tu m’le laisses parce que ça paraît pas vite de même mais j’suis fucken’ plusse forte que toi. C’est celle qui fait en sorte que je vire jalouse su’les bords. Parce que elle, a vire jamais jalouse parce qu’a le sait ben trop comment jouer du pinis pis faire tomber en amour. Elle, a sait faire les meilleurs cunis pis pogner les boules comme des nuages avec ses p’tites mains parfaites fak a s’inquiète pas. No need comme qu’on dit. Elle, a peut prendre une photo avec une face sensuelle pis ç’a pas l’air awkward. Elle, a fait pas de crises d’anxiétés pis elle, est indépendante. Elle, c’est la fille que j’haïs mais que j’voudrais quand même être son amie parce qu’a l’air tellement nice.

 

Moi, mes boules d’adultes sont pas de la même grosseur pis moi, j’sais pas comment qu’on fait pour cruiser. J’te bet que c’est tout le temps moi qui m’ennuie des autres pis que les autres y s’ennuient pas de moi. J’vide mon anxiété dans mon journal intime tout noir pour faire plus sérieuse pis j’me remémore la fois que si pis la fois que ça, comme si dans son livre à lui, ça avait un quelconque matter. Pis j’suis un peu nostalgique dans vie, ça m’arrive de pleurer en pensant à Vancouver alors que j’ai rien câlissé là bas à part voler du fromage pis aller à la plage nudiste.

 

J’pensais aussi que j’étais arrivée à uncertain point dans ma vie que j’étais quand même grown up parce que j’arrivais à être bien en mangeant du Kraft Dinner à tous les ostis de repas pis en dormant dans le ditch ou dans l’entrée d’un commerce. J’pensais que j’tais prête pour la grand’vie mais finalement j’t’encore pognée dans mon journal intime à boire le vin le moins cher de la SAQ. Quand j’y vais, j’dis au commis en bas de douze piasses steuplait pis il m’en sort un pas pire il me dit que ça va être bon pis comme jsuis noune pis que j’connais rien j’le bois pis j’me dis ah ouan c’est vrai que c’est bon. C’t’encore moins pire que le vin de dep, c’est ça ma consolation.

 

J’pensais que j’t’ais rendue à un certain point dans ma vie parce que quand je feelais riche je m’achetais un avocat pis que dans mon frigo j’avais un brita pour filtrer l’eau crasse de mon tuyau encrassé d’hochelag. J’pensais à sortir les poubelles pis le recyclage une fois de temps en temps pis je torchais l’appart au grand complet toute seule jusqu’à ce que ça sente aseptisé. J’t’ais tellement grown up, j’avais mes manière à moi, ma façon a moi de parler pis j’avais arrêté de calquer ma personnalité sur celle des autres. J’t’ais ben dans mon boutte avec mes sentiments cinématographiques de fille borderline pour mon amoureux bipolaire. Fallait j’rentre chez nous des fois pour nourrir le chat pis torcher sa marde, j’avais des responsabilités sérieuses. J’oubliais un peu de dormir la nuit parce que j’aimais ça lui parler pis y flatter la face mais sinon ma vie allait pas pire, ou en tout cas j’me le laissais croire. J’t’ai un peu la queen du love parce que je l’avais win over elle pis toutes les autres comme un trophée – je sais que c’est wrong– pis qu’on s’aimait pour vrai mais j’avais oublié de me souvenir que les sentiments c’est pas éternel pour vrai pis que je devais faire attention à mes comportements. Que c’est pas parce que je torchais la litière du chat chez nous une fois de temps en temps que j’t’ais immunisée à toute la marde du monde, que je pouvais vivre dans un film romantique avec mes sentiments trop intenses.

 

J’avais oublié que l’amour pis le romantisme avaient leurs limites, que ma patience calculée en ride de métro aussi avait ses limites. J’avais oublié que nos apparts’ étaient trop dégueus pour accueillir du love à long terme pis que sûrement que nos têtes d’enfants ratées aussi.

 

Finalement, j’pense que Netflix pis moi on est ben faite pour s’entendre.

 

 

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