Grosse[s] Boule[s], etc.

Des histoires soft sexu de boules, par Salomé Landry

Month: January, 2016

Sa main

Je n’ai rien compris à cette main qui se glissait entre mes cuisses pour s’agiter en rond sur mon clitoris. Cette main qui descendait sournoisement de son propriétaire après quelques allers-retours en vague sur le bas de mon ventre pour se glisser sous moi, étendre son majeur et l’agiter. Je me suis réveillée en sentant la main là. Le propriétaire de la main dormait à côté de moi. Je sais qu’il dormait car j’entendais de petits sons de sommeil s’échapper de sa bouche. Ce n’était pas les mêmes que lorsqu’il me fait l’amour. Je sentais dans le bas de mon dos son érection de sommeil qu’il presse souvent contre moi sans s’en rendre compte. Dans ce grand noir de ma chambre en grotte, j’ai poussé sa main et sans même se réveiller, il l’a remise sur mon ventre et m’a collée contre lui.

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Nelly

J’avais oublié à quel point le froid me coupait le souffle. Je ne me souvenais pas non plus de ce haut-le-cœur provoqué par cette coupure. J’avais oublié que le froid fendait mon visage à ce point, que les manteaux prenaient autant les odeurs de cigarette et que si l’on refusait catégoriquement de fumer avec des gants, on s’entêtait obligatoirement à avoir le bout des doigts endolori. Le temps glacial de janvier me rappelle que même si novembre est passé, les mois à venir ne seront pas plus faciles sur mon petit corps. J’ai replongé le nez dans Nelly Arcand parce que beaucoup m’avaient dit que mon écriture rejoignait la sienne, que quelque part, je lui ressemblais. Dans cette grande snoberie qui est mienne, je me disais que ces gens ne comprenaient tout simplement rien à la littérature et que la simple idée d’une femme qui écrit de manière crue et qui parle de son corps les renvoyait directement à Nelly Arcand. Je me disais que ces gens étaient de ces gens qui ne connaissent pas grand-chose, mais qui veulent avoir l’air d’en savoir beaucoup. Sinon que ces gens voulaient me complimenter. Je ne disais pas grand-chose en recevant ce compliment. Nelly Arcand m’intéressait parce qu’elle s’était suicidée et qu’elle avait réussi. Je me foutais du reste comme on se fout du chat de la tante du voisin. C’est que j’avais lu un seul Nelly Arcand plus jeune et que je ne l’avais pas aimé. Le montréalocentrisme et le rapport superficiel au corps d’À ciel ouvert m’avaient suffi pour éradiquer l’auteure de ma liste d’aimées.

Au moment où je me suis rendu compte que je ne sais pas écrire et qu’à défaut de savoir écrire, je pourrais me teindre les cheveux en blond platine, encore, rehausser mes seins et mettre de faux cils ; puisque si je ne sais pas écrire comme il le faut, je pourrais au moins être belle et recevoir des centaines de sexes sur mon corps, me plonger dans Nelly Arcand m’a aidé à comprendre. J’ai aussi compris un peu pourquoi les gens nous trouvent des ressemblances.

J’ai tout d’abord trouvé une utilité au montréalocentrisme de Nelly. J’ai vu chez elle un endroit qui la reliait au monde, un point d’attache dans sa vie. Puis j’ai compris que c’était pour cette raison que je n’ai jamais aimé mentionner des lieux de ma ville dans mes textes. Je ne me sens pas attachée à la rue Saint-Laurent, à la rue Sainte-Catherine, au carré Saint-Louis, ni même aux maisons dans lesquelles j’ai grandi. Je ne me suis jamais sentie à ma place dans un lieu ou même que j’avais une place dans un endroit précis. Je préfère les chamboulements, les bousculements, les changements, je changerais d’appartement tous les trois mois. Je passerais ma vie à vivre avec mon sac à dos. J’ai compris que je bâtis plutôt mes nids dans mes relations ; je me sens chez moi dans la vie des autres, dans les bras des autres.

Tous ces bousculements que j’inflige à ma vie ont aussi fait en sorte que mon corps est la seule chose qui me suit partout. Mes seins sont les seuls qui sont toujours avec moi. Ils sont l’élément qui revient dans chacune de mes maisons, dans chacune de mes relations. De là aussi me vient la nouvelle envie de vivre avec un amoureux, de transposer notre amour en un lieu pour que je puisse enfin me sentir chez moi. Mais cette envie m’emplit d’une énorme peur : je dois être sérieuse, me calmer, trouver quelqu’un qui prendra soin de moi. Je me retrouve donc face à une immense panique intérieure qui me pousse à me trouver un partenaire de vie, quelqu’un avec qui partager tous mes moments. Mais tout comme Nelly, je suis folle.

C’est dans cette même folie que celle qui habite Nelly que je me laisse détruire par toutes mes relations. Dans cette même folie que je m’amourache d’hommes de façon malsaine. – Les femmes n’ont pas la même influence sur moi. – C’est aussi dans cette même folie que j’ai songé et que je songerai toujours à devenir escorte. C’est que je me dis que je n’aurais plus à me soucier de baiser ou pas, cela arriverait plusieurs fois par jour. J’aurais au moins quatre livres à écrire mal sur mes clients et sur la mécanicité avenante de l’acte sexuel. Je pourrais m’entrainer à deviner ce que l’homme a mangé en fonction du gout de son sperme dans ma gorge. J’serais une pute et j’aurais enfin une raison de mettre mes jarretelles.

Mais si cette envie de banaliser ma sexualité est aussi forte chez moi, je crois que c’est justement parce que l’acte sexuel prend une trop grande place dans ma vie. Il habite mon corps plus que n’importe qui, n’importe quoi, me pèse sur les épaules et me permet de m’exalter autant qu’il m’enferme souvent dans un bocal lorsque j’en ressens la violence.

Puis, alors que chez Nelly le corps est un sujet principal, mon corps à moi est une porte d’entrée de mon écriture. L’omniprésence de mon corps n’en est pas moins marquante dans mon univers littéraire et imaginaire. Dans mon univers de vie aussi. Encore l’autre matin je me disais que je pourrais recommencer à me faire vomir, que l’on y verrait que du feu. C’est que j’ai l’atroce phobie que mes cuisses, un jour, se touchent quand je marche. J’ai horreur de mes cuisses, j’ai horreur de mon ventre qui n’était pas là avant. Je crois que j’aurais préféré être si mince que l’on me perde entre le mur et le sol. J’aurais voulu qu’on m’efface. Je me souviens sinon d’un temps où j’étais malade. Je venais de sortir de l’hôpital et j’étais devenue mince. Je m’entrainais et je devenais musclée. J’étais verte et fatiguée, mais mince et j’avais d’épais cheveux blonds. Je n’ai jamais eu autant de compliments sur mon apparence et je me sentais presque bien dans mon corps. Il y a des jours où j’aimerais être malade encore. Mais je crois que ma mère n’y survivrait pas. Un amant m’a dit que mon ventre était ce qui faisait mon charme et qu’il ne voyait pas mes cuisses. J’ai compris que je ne m’aimerais jamais complètement que dans le regard des autres. J’aime pourtant mettre des minishorts et des décolletés et faire semblant que j’assume ma graisse, que je me trouve sexy avec. Je me dis dans ma tête que je ressemble à Beyoncé et tant que je ne croise pas un miroir, ça va.

Ma plus grande différence avec Nelly est là ; Nelly est bien plus jolie.