Ce soir, j’aimerais que ma peau quitte mon corps

by salomelandry

J’ai le lit en bordel, j’ai étendu mes anxiétés et mes fantasmes sur mon mur à coup de crayon et de feuilles déchirées de mon journal intime. Ma poubelle pleine de vieux condoms et d’emballages de chips est renversée sur le côté, c’est Émilie qui a fait ça. Elle se plait à percer de ses petites dents de chatons les condoms remplis d’amour pas propre et de plaisirs de fond de vagin. Ma vie est étendue sur le sol parce que je ne dors jamais ici, de toute façon. Quand je dors ici, je mets ma vie en boule dans le coin et je me blottis avec mon grand toutou d’éléphant dans mon lit et souvent, je tremble. Je tremble parce que je n’arrive pas à chasser de ma tête les anxiétés qui y trottent, même si je les écris sur mon mur en espérant leur faire honte pour qu’elles s’enfuient. Je tremble parce que ce soir, j’aimerais que ma peau s’effrite et tombe au sol. Ce soir, j’aimerais que ma peau me quitte.

Si ma peau quittait mon corps, ça arrêterait peut-être de sentir le renfermé à l’intérieur. Mes larmes couleraient le long de mes os et nettoieraient tout bien comme il le faut à la place de couler le long de mes joues et de tacher mes oreillers et les épaules des autres de mon mascara cheap. Même s’il est supposément waterproof, j’en ai toujours plein la gueule. Si je n’avais plus de peau, je n’aurais plus de petit visage fatigué et bordelique quand je finirais de faire l’amour. Je n’aurais que mes cheveux en bataille sur le dessus de la tête avec l’élastique qui ne tient que par les pointes quand je finirais de faire l’amour. Sauf si mon scalp s’étendait au sol avec le reste de ma peau. Alors je n’aurais plus rien et les gens se rendraient compte qu’ils sont hypocrites parce que personne ne me baiserait pour mon âme. Parce qu’elle sent un mélange de renfermé, de kraft dinner et de noix de coco surie. Aussi, je n’aurais plus toute cette belle chaire pour les enlacer contre moi et les laisser se coucher en boule sur mon sein. Plus personne ne trouverait que je suis un papillon.

Ce soir, j’aimerais que ma peau quitte mon corps parce qu’il y aurait une raison à l’absence d’abondance d’hommes et de femmes qui passeraient par mon lit et mon corps avant de retourner errer dans la ville. Cette raison ne serait pas parce ces gens me font peur mais bien parce que moi je les dégouterais. Je pourrais être une bête, trouver une beauté, devenir la belle et la bête. Mais la bête serait plus belle que moi parce qu’elle est masculine, dans cette histoire. Les hommes violents, étrangement, ils nous manipulent assez bien pour qu’on les aime. Moi, je ne manipulerais pas. Je serais simplement laide et gentille. Personne ne veut de ça. Personne ne veut de ça et ma peau ne tombera pas.

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