Texture

by salomelandry

Peut-être suis-je née pendant une tempête de neige. Peut-être était-ce aussi le calme plat cette journée-là. Je ne sais pas. Mais, dans ma tête de kid, je me dis toujours que ça serait vraiment plus poétique, que ça fitterait bien ma personnalité de tempête. Mais je n’en sais rien. Je crois simplement qu’à ma naissance, il devait y avoir une tempête de flocons bleutés qui fendaient la noirceur du ciel. Que pendant ce temps-là, ma mère, au fond de sa peau frêle et pâle, sous ses longs cheveux doux et roux de femme torturée, criait de douleur et de bonheur, en expulsant de son long corps sa petite-fille-pour-toute-la-vie. Celle avec qui elle partagerait étroitement sa vie et tous les secrets du monde pendant 18 ans et plus encore. Celle de qui elle connaitrait les moindres détails, les moindres pensées, sans même avoir besoin de demander. Ma maman, c’était mon moule de vie, au départ, et même si j’ai construit mon propre moule, il découle un peu du sien.

Quand les soirs de tempête reviennent, que je me morfonds en boule dans les bras de mon amant qui me serrent fort et que j’aimerais mettre un cadenas au bout des bras pour que jamais ils ne se défassent de mon corps, je crois que ma mère à le pincement au ventre, dans son rêve. Peut-être la respiration un peu lourde aussi. Comme si elle m’avait tellement mise au monde souvent que le cordon avait jamais vraiment eu le temps de partir complètement.

Mon temps, comme tous les temps du monde, s’est écoulé et ma bette de nez en trompette s’est estompée dans les aléas de notre vie et, même si on remarque encore les restes de ce visage tendre et amoureux, je ne suis plus ce cœur pur qui court en dentelle blanche dans les champs de fraises avec ses petites jambes potelées. Je me suis dirigée vers mon adolescence, les pas peut-être un peu trop précipités, au risque de m’enfarger, poussée par le désir d’être libre et de ne plus avoir à subir personne.

Ça a commencé avec des conversations MSN, une paire de converse, mon premier lit double et mon radio-i-pod. Je me réveillais chaque matin avec Black Panther de Crystal Castles sur mon radio-i-pod pis j’avais les jambes qui shakaient tellement j’aimais ça. Le soir, sur MSN, j’activais la fonction où les autres peuvent voir ce que tu écoutes et quand mon crush se connectait, je faisais exprès de faire jouer de la musique qu’il aimait même si je trouvais ça mauvais, juste pour cruiser. Une fois j’avais même demandé à un gars s’il voulait sortir avec moi par MSN et il avait dit non et j’avais vraiment le cœur brisé. J’avais voulu manger de la crème glacée cachée sous mes couvertures pendant au moins deux ou trois jours mais finalement un seul avant-midi avait suffi étant donné que les love de sixième année ça compte pas vraiment. J’entretenais régulièrement mes comptes de Chapatiz, Bébé Vallée et Néopets pis des fois j’allais partager quelques tounes de Rihanna pis d’Alicia Keys sur mon Piczo. À bien y repenser, j’étais pas tant que ça une cool kid parce que j’allais jamais sur mon MySpace et j’avais pas de Skyrock. Par contre, j’allais tous les étés à Osheaga avec mon papa et ÇA c’était cool. J’étais tellement cool que quand ce fut le temps d’y aller avec mes ami-e-s parce qu’on avait l’âge pour vrai, je boycottais le festival, pas à cause des coiffe amérindienne mais parce que c’était plus assez de la musique alternative à mon gout. «Hipster». Oui, tu peux le dire.

Sur le side, et probablement pour renforcer mon coolness, je passais mes soirées sur Pitchfork pis AllMusic pour connaitre des nouveaux trucs et être capable de parler de musique pendant des heures. Mon groupe préféré de toute ma vie, à ce moment-là, c’était Yeah Yeah Yeahs avec Karen O pis une fois, pour ma fête, elle m’avait envoyé un texto et j’avais dû crier pendant au moins 30 secondes non-stop. Mon deuxième groupe préféré c’était Crystal Castles, j’allais tout le temps les voir en show et quand je touchais Alice Glass, je voulais plus laver ma main après. Même qu’une fois je me suis fait pousser par Ethan Kath pis j’étais presque contente. C’est à cause d’Alice Glass que j’ai commencé à porter que des jupes et plus particulièrement des jupes en velours et tout au long de mon secondaire trois, pas une fois j’ai mis des pantalons. J’agençais ça avec des collants déchirés pis des bottes de pluie du Canadian Tire. Ce fut la plus importante année de mon secondaire. Cette année-là, ma chatte Gilbert est née dans mon garde-robe et elle devint le chat le plus choyé et aimé de toute la planète, j’ai commencé à me tracer des énormes traits d’eye-liner un peu comme Amy Winehouse, je me suis procurée un énorme capuchon en faux poils dans lequel je me trouvais vraiment cute, je me suis bleaché les cheveux en blond platine, je me baladais avec des énormes écouteurs pour «mieux écouter ma musique», j’ai arrêté d’aller sur Omegle, j’ai découvert les bobettes en dentelle, je suis allée voir Jean Leloup en spectacle plusieurs fois, je me suis rendue compte que le manuscrit que j’avais écrit en secondaire deux dans lequel je pensais que je pouvais être la Juliette d’un Roméo un peu macho c’était de la merde, j’ai eu mon premier cellulaire et il avait un clavier qui glisse sur le côté, j’avais un walkman et une collection de cassette très impressionnante, mon repas préféré était les sushis, je rêvais de faire du Roller Derby mais j’ai abandonné après deux pratiques, je jouais Amélie Poulain au piano pendant au moins une heure par jour, j’ai écouté le film Little Miss Sunshine plusieurs fois pour me sentir mieux dans ma peau, je suis partie en camping seule avec des ami-e-s et il a plu toute la fin de semaine alors on a pas mal juste fumé des joints, mon bébé frère est né, j’ai eu ma première relation sexuelle avec mon premier love et j’ai découvert les condoms avec de la texture. Utilisez jamais ça.

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