Glitters

by salomelandry

C’est toujours entre les pailles roses de glitters en forme de mille tourbillons et les nuits de fou rire à en avoir mal au dos et s’en pisser dessus que j’ai trouvé ces joyaux que l’on appelle des bests. C’est avec ces mêmes personnes de velours que j’ai pratiqué mon premier french, avant de me rendre compte que j’avais un peu un penchant gouine. Ensemble, nous avons mis nos premiers tampons pendant que l’autre nous tenait le feuillet d’instructions. C’était mes faves et je voulais vivre avec elles.

Je me souviens bien de nos petites bettes attrapant les flocons avec notre langue, de nos minuscules jambes qui achetaient leur première minijupe et de nos discussions du petit tanant de la cour d’école avec ses petites fossettes autour d’un cornet de crème glacée. On s’amusait à se balancer le plus haut possible avec nos minijupes du Ardène avec comme plus gros soucis au fond de la conscience notre dernière discussion MSN avec notre crush.

C’était le temps des converses hauts et des gros chewing gums dans le fond de la cour d’école. Ça arrivait des mercredis soirs qu’on allait même jusqu’à voler un ou deux bonbons au dépanneur du coin et qu’on les mangeait dans la ruelle derrière la maison de mon crush de l’époque. C’était le temps des sucres, il y avait toujours quelque chose de sucré dans l’air. Je prenais encore le temps de ne pas écouter l’amertume qui me retient depuis mes racines depuis toujours. Il n’y avait pas vraiment de temps qui s’écoulait et je ne comprenais pas grand-chose à part la cloche d’école qui sonne à l’heure de la récré et les coups fancy à faire au ballon poire pour impressionner les grandes de sixième année.

Tout au long de mon adolescence, il y avait des jours où j’aurais voulu retourner à cette époque où le mot Bordeline ne voulait encore rien dire dans ma petite tête d’enfant avec le bout du nez gelé. À cette époque où j’avais des mauvais souvenirs sans pour autant comprendre le mot agression. J’effaçais de ma mémoire les traces de mains rouges sur les flancs de ma maman et j’allais m’acheter des petits sacs à la Sucrerie du Soleil. Je m’assoyais à mon piano et je pensais être l’enfant prodige. Je n’ai pas aimé mon adolescence parce que toutes ces choses que j’ignorais on reprit le dessus et j’ai fini par en mourir un peu. J’avais un peu des bests pour me recolorer le cerveau en rose-paillette-brillante et pour jouer à Just Dance Revolution. Jusque-là, je connaissais bien les bests de glitter et même si je les aimais d’amour, je connaissais pas encore les bests d’amour velouté. Oui, comme la soupe.

Je ne porte plus de robes à pois avec l’ourlet en froufrou et j’oublie volontairement de me raser. C’est la moi d’aujourd’hui. J’ai quand mêmes quelques ami.e.s bests glitters. Mais un jour, j’ai eu un coup de foudre de personnalité avec un homme. C’était ce fameux soir de rhum and coke et de monkey blaster. Entre deux regards croches, nos personnes se sont collées de ce chewing gum rose et dans ma tête, il y a eu quelques feux d’artifices de paillettes. Et même si souvent, je sens le temps s’effilocher entre nous, avec beaucoup de volonté, on est toujours assez rapide pour tricoter un nouveau morceau de temps. La laine, j’imagine qu’on la pond.

Après avoir laissé passer 5000km sous nos petits corps d’enfants excités, on a signé un contrat de BFF. Best friends forever. C’était pas vraiment un mot existant dans mon vocabulaire et je n’y croyais pas beaucoup. Parce que les deux, on a trop d’ambition pour ce qu’on est capable de faire pour vrai ensemble. C’est pour ça qu’on rechute toujours dans notre amour mal-propre. Reste que j’aimerais ça jouer au ballon poire avec lui des fois. Un jour de petit soleil de début de mai, on a été se balancer sur la place-des-arts et sans lui dire, j’ai fait le concours de celui qui s’envole le plus haut avec lui. J’ai gagné. Je gagne toujours. J’ai gagné avec la tête d’une enfant qui dessine la plus belle marelle de tous les temps. Sur notre tricot, ça a tracé la marelle de nos péripéties ; cette marelle de péripéties trop grande pour l’imaginaire.

Quand je le regarde, mon ami de paillettes, j’ai quatre ans. Il est trop grand pour moi, comme un grand-frère qui est toujours là pour me regarder tomber sur mes genoux, avec un sourire en coin de j’te l’avais dit, quand même. Il est vieux parce qu’il a l’âge de mes parents quand ils m’ont eu. Mais, pour dire un secret, mon ami de paillettes, il a quatre ans lui aussi. Je le sais parce que quand je le chatouille, son petit visage d’enfant bien enfouis au fond de lui transparait et parce qu’il rit quand on s’amuse à se prendre par les poignées d’amour. Sans pudeur, sans complexe. L’autre jour on a même écouté la finale de Série Noire tout nus en mangeant des chocolatines et on a ri avec nos rires d’enfants. Même qu’une fois, je lui ai fait un collage de photos de moi et il a presque pleuré de joie. Je crois que quand il pense à moi, dans sa tête, il voit une photo de moi dans un cadre rose brillant avec des petits cœurs.

Puis, mon meilleur ami, c’est celui qui lit tous mes articles de mon blogue et qui m’écrit après pour me dire qu’il a rien compris. Il pense aussi que la seule façon de me comprendre bien bien c’est de lire mon blogue. Tu dois me comprendre tout croche que je lui ai dit. Il a dit qu’il savait. Moi non plus je le comprends pas vraiment. Si j’avais à dessiner un portrait de lui, ça ressemblerait sûrement à un vomi de glitters multicolores avec quelques taches noires cachées en dessous et des mots stupides comme merveilleux, marelle, balançoire, star wars, kraft dinner et je t’aime. Je rajouterais une perle et des coquilles d’huitre parce que ça puerait un peu, comme son haleine du matin ou comme la fois où il a perdu sa brosse à dent en voyage. Même si je suis habituellement en faveur de la non-mixité pour ce qui est du partage de brosse à dent, j’ai partagé. C’est pour dire gros comment il prend de la place dans ma cage thoracique. Il est le lit-king-royal de ma cage thoracique avec des draps de flanelle.

J’avais toujours pensé qu’avoir un meilleur ami aussi powerfull, plus que les power rangers, que ça me permettrait d’écrire des cartes de fête et de Noël de malade parce que d’habitude, les gens pleurent toujours en lisant mes mots de tendresse. Mais je me rends compte que cultiver un meilleur ami, c’est vraiment plus difficile parce que je peux pas lui écrire : ‘’Merci maman de m’avoir mis au monde et d’être le pilier qui tient ma vie en un seul morceau depuis dix-huit ans tu es la plus belle de la terre et la femme la plus forte que je connaisse.’’ Aussi peut-être je m’étais overestimé parce que c’est pas difficile de faire pleurer ma mère : elle a pleuré quand j’ai joué de la guitare au spectacle de fin d’année de mon école secondaire même si c’était poche pis elle m’a déjà dit qu’elle pleurerait juste à me voir faire caca sur une scène. Je la crois. Je la crois d’autant plus parce que je me rends compte que c’est pas vrai que les gens pleurent quand on leur dit qu’on les aime, même si c’est dit avec beaucoup de tact : ‘’Tu es mon meilleur ami pour toute la vie et j’aime vraiment ton nombril’’. T’sais, faut savoir lire entre les lignes.

Mais au fond de mon petit corps, je le sais qu’il aime mes messages pas rapport et qu’il sait bien lire entre mes lignes. Il me laisse toujours mettre mon doigt dans son nombril et souffler dedans ; il comprend un peu que c’est parce que son ventre est ma partie préférée de son corps. L’autre jour, il a léché ma bouche et après il m’a embrassé pour rire et j’ai faké de trouver ça dégueu parce que je voulais avoir l’air d’une personne normale. Je sais que j’ai quatre ans parce que ça me dérangerait pas vraiment de chanter du Britney Spears en étant nue dans des positions toutes écartées devant lui. J’aurais jamais pensé qu’un homme cisgenre pouvait être aussi cool que ça.

Bonne fête à mon meilleur ami, merci d’aimer mes blagues misandres.

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