Toi, tes odeurs de brunch

by salomelandry

Je passe mes mots à m’épancher sur toi. Les pieds en chaufferette, le cœur derrière les genoux, ta bouche en forme d’indécision, nos mains sur le frein du guidon, mon corps qui déboule le tiens, les mots qui tailladent les coins de bouche, tes pensées qui coulent sur mes oreilles, tes entrailles en cavale au centre des miennes. Plus tu tapes dans ma tête, plus tu changes en restant le même. Toi, ne porte pas toujours le même nom dans la vraie vie. Sur papier c’est plus simple, c’est toujours Toi. Toi comme un nom propre, tu pour Toi comme j’utilise elle pour moi.

L’autre jour, j’écrivais en coin de napkin comment j’aimais que Toi fasse valser mes désirs en morceaux dans la pièce quand il me voguait dessus avec son mat bien droit pour ensuite me recoller de ses caresses sur mon visage et mon corps, quand le bordel était fini. Je me souviens d’une déclinaison de Toi qui, à l’ouest complet du pays, me faisait l’amour chaque matin et me caressait ensuite le visage et m’observait, m’admirait, je ne sais pas. Je fermais les yeux. Dans ma somnolence, je laissais son regard embrasser ma peau. C’était si simple que je ne voulais pas ouvrir les yeux. Encore, je vous épargne les détails des draps doux et frais et le soleil qui perçait à travers la pâleur des rideaux, des odeurs de brunch qui flottaient dans l’air, parce que toujours, je me centre sur Toi.

Quand les tourbillons de vide me martèlent les genoux, je me retourne toujours vers les anciens Toi, je pense à ceux et celles qui sont parties, qui ne font plus partie du Toi que j’aime encore endormir contre mon sein. Je pense encore au Toi qui m’a aimé sur du jazz toute une nuit. Au Toi qui m’a pleuré cent fois avant qu’on se claque la porte au nez. Au Toi qui m’a apprivoisée sur le bord du feu, le plus doucement possible. Au Toi qui se pâmait devant mes jambes qu’honnêtement, j’ai toujours trouvées moches. Ensuite je pense aux sœurs Boulay et je me dis que je suis aussi quétaine qu’elles. Je m’en fou un peu, de mes quétaineries ; j’ai écouté la nouvelle chanson d’Adèle toute la semaine. Je me dis juste qu’un jour on se lassera de mes histoires de Toi, de la même façon que l’on se lasse l’un-e de l’autre.

L’autre jour, j’ai commencé un texte sur le colonialisme de la littérature en expliquant à quel point je la déteste, cette littérature de merde. J’ai aussi écrit quelques mots sur les personnes aux prises seules avec un fœtus dans le ventre. J’ai eu des pensées pour ma mère aussi, je me suis demandée de quelle façon j’écrirais un livre à son sujet. Sur mon père aussi. Puis je me suis sentie seule. Je me suis ennuyée du Toi disparu la semaine précédente et j’ai pensée à ceux et celles d’avant. J’ai pleuré notre amitié de meilleur-e-s ami-e-s et je n’ai pas su comment le prendre dans mes bras pour lui dire que tout allait bien aller, pour lui parler de Toi et préparer ton arrivée.

Les Toi se succèdent, changent de nom, il y a des Toi moins important-e-s que d’autres. Quand tu me lis, peut-être que tu te penses Toi. Je ne saurais trop bien te dire que Toi est inconstant, que Toi est mélangé. Que même si mon Toi du moment porte ton nom et ton corps, Toi sur papier divague vers les autres Toi ; les futur-e-s, les passé-e-s, les imaginé-e-s.

Advertisements