Grosse[s] Boule[s], etc.

Des histoires soft sexu de boules, par Salomé Landry

Month: November, 2015

Trip de bouffe – première partie

Je travaille dans un bureau. Un travail bien rangé. J’arrive à 8h le matin avec ma petite jupe et ma seule pair de collant pas troué. Avec mon cardigan piqué à ma mère, je salue les employés, leur donne leur courrier et réponds calmement à leurs questions agressives. Quand le rush de 9h est passé, que les employés n’ont plus vraiment besoin de mes services de réception, que les enveloppes sur la station de poste sont bien alignées, que tout le monde est entré et installé confortablement à son bureau, je m’installe derrière mon ordi avec ma tasse de café et je me matte les seins. Puis, je révise mes courriels et j’en envoie des nouveaux. Je retourne sur internet pour lire des textes érotiques. Parfois, le gars de la logistique vient me faire des petits sourires coquins et me jaser un peu.

J’aurais pensé être le genre de fille qui fantasmerait un peu sur ma job de bureau. Qui rêve que le gars de la logistique soit à quatre pattes sous mon bureau, la tête entre mes cuisses et que mes collants et mes bobettes soient descendus. Son visage dans mon humidité tropicale, le gars de la logistique se ferait aller la langue et les doigts pour parcourir tout le bas de mon corps, du nombril aux chevilles. Mon ventre se contracterait et mon sexe dégoulinerait sur ma chaise de bureau. Les employés continueraient à passer comme à l’habitude, personne ne remarquerait. Il me ferait jouir trois fois, il essuierait sa bouche sur l’intérieur de ma cuisse et il partirait sans rien dire. S’il m’embrassait, ce ne serait que l’intérieur des genoux. Je passerais ma main dans mon entrejambe ruisselant pour ensuite lécher mes doigts. Je remonterais mes bobettes et j’enverrais un autre courriel aux employés pour les aviser qu’il y aura une dégustation de produits sans gluten à la cafétéria ce midi. Mais je ne rêve pas vraiment à ça. Parce qu’avec le gars de la logistique, ça se passera pas. Il m’a donné une pomme l’autre jour, c’est pas mal toute. Quand même, j’ai essayé de me masturber une coupe de fois dans les toilettes. C’était pas concluant. Les toilettes ne m’excitent pas.

Reste que pendant que je me matte les seins en rêvant d’échapper mon café pas si chaud que ça dessus pour avoir une raison de bien les frotter avec de la crème en permanence, je vois des photos des enfants réfugiés syriens qui dorment dans des endroits crades et je me souviens que pendant qu’eux tentent de survivre, moi je me fais aller le corps dans un érotisme batard qui s’étend sur toute la nuit pour ensuite me plaindre que je n’ai dormi que deux heures et que je suis raquée.

Quand je me déshabille, mon sexe dégage l’odeur du sien et ma sueur sent son sommeil. Il se calque dans ma peau comme tous les autres avant. J’ai beau me laver, son corps est imprimé sur le miens. Peut-être c’est un truc d’hormones qui signifie que ma peau s’ennuie du contact rugueux de la sienne, de la façon qu’il a d’aimer mon corps et de sa voix grave qui me chuchote des choses indécentes à l’oreille : « J’aime ça quand tu te masturbes devant moi, j’aime me masturber en te regardant faire. » Peut-être est-ce ces hormones qui me poussent à toujours revenir contre son flan, à toujours laisser sa barbe mal rasée graffigner mon visage et mes bords de bouche, malgré nos problèmes de logistique. Peut-être on aurait besoin que le gars de la logistique vienne avec nous gérer nos problèmes d’hormones.

Mardi soir. Neuf heure quarante-cinq. Sur le pas de ta porte, mon téléphone reçoit un message : « Tu viens toujours? » Oui. Oui, clairement que je viens. Je rentre chez toi et me dirige vers ta chambre où tu m’attends, comme à l’habitude, pour m’enlacer. À peine ai-je le temps d’enlever mon manteau que je te vois ouvrir les bras. Tes bras grand ouverts m’attendent et je m’y glisse le plus simplement du monde. Ton visage se penche contre le mien, ta bouche au creux de mon cou. Pendant que tu t’affaires à presser mon dos de tes grandes mains, tu me demandes comment je vais. Je n’ose pas te dire que la journée était longue parce que j’avais la libido en montagne russe. « Ça va. » Je laisse tes doigts vagabonder sur mon visage, ton regard se poser fixement dans le mien et je ne sais pas quoi faire ; j’ai le bas ventre qui me crie de t’arracher la bouche avec mes lèvres. Nos baisers sont plutôt ceux timides mais prenants d’amants inavoués. Ton corps se presse contre le mien et je me sens sale. Je me sens sale surtout parce que j’ai envie que tu puisses me bouffer bien comme il le faut, de sentir ton corps contre le mien sous l’eau chaude de ta douche. Je t’invite d’un regard, tu acceptes d’un autre.

La pointe des pieds sur le tapis de douche humide, j’ai le cou cassé à essayer de t’embrasser. Je te déshabille en quelques mouvements et tu fais de même avec moi. Nus, face à face, nous nous regardons. Ton crâne rasé te donner l’air encore plus nu, c’est toujours ce que j’ai trouvé le plus drôle de toi. Tu as des correctes larges épaules, la peau très pâle et les mamelons foncés. Au centre de toi se tient ta honte et mon amour : ton ventre, ou plutôt ta bedaine. Ton pénis est mou, exactement comme je les trouve étrange, comme je ne les comprends pas. Tu fixes mon corps que je ne comprends pas et que je ne sais comment tu comprends avant de le prendre entre tes bras. J’allume l’eau et te laisse t’accrocher à moi, ta main malaxer mon sein droit pendant que l’autre vogue mon flan et ta bouche dévorer mon cou et mon dos. Sous l’eau, tu me regardes me laver. Je passe de l’eau dans mon visage, contre mes seins que je prends bien le temps de caresser puis entre mes cuisses, doucement mais fermement. L’eau chaude rend mes seins et mes mamelons plus mous malgré l’excitation provoqué par ton regard sur ma peau. Nous échangeons de place : c’est ton tour de te laver. Le contact de l’air froid aide mes seins à durcir, j’ai soudainement les mamelons qui pointent bien droit vers toi. Tu te laves en vitesse pendant que je te fixe, que j’étudie chaque grain de peau, que j’étudie ton visage. Rapidement, nous nous prenons l’un contre l’autre, l’eau chaude continue de fuir en chute sur nos épaules. Comme je te flatte et t’embrasse, je sens ton sexe durcir contre mon ventre et se presser contre mon nombril. L’eau sur tes lèvres coule dans ma bouche, je la recrache sur ton chest en l’embrassant. En un seul mouvement, ta main glisse le long de mon dos et de mes fesses jusqu’à mon entrejambe et ton majeur se pose directement contre mon clitoris. J’ai le désir qui éclate et revole dans tous les sens (la fille de la saint-valentin, le gars de la logistique, le dude du fromage sur le chest, la fille aux lèvres pulpeuses, le grand musicien avec les cheveux frisés, Lady Gaga pis toi). Ta main continue de s’agiter sur mon sexe et mes ongles s’enfoncent dans ta peau. Je descends le long de ton corps et ma bouche atterrit sur ta cuisse avant de remonter, en un mouvement conjoint avec ma main, vers ton sexe. Je le prends de ma main et le masse un peu pendant que je continue de t’embrasser le bas ventre puis je remonte le long de ta verge avec ma langue. J’enfonce ton gland dans ma bouche, te goute, tu goutes bon comme les chips au gratin. Je t’enfonce jusque bien profond entre mes lèvres tout en continuant de jouer avec ma langue. Tu te figes, tu attends, ta respiration halète et tes abdominaux se contractent. Je sens ton sexe grossir dans ma bouche et je continue quelques instants avant de remonter vers ta bouche pour t’embrasser. Je ne sais pas si ça t’écoeure, ça n’a pas l’air. Tu me plaques contre le mur de la douche et descends vers mon sexe, t’agenouilles devant moi. Tu soulèves ma jambe droite et la dépose sur ton épaule. Tu embrasses le bas de mon ventre, l’intérieur de mes cuisses puis mon sexe. Ta langue s’agite en un mouvement rapide contre mon clitoris qui expédie une sensation de chaleur et de frissons dans mon corps. C’est frais et chaud à la fois, je ne saurais comment décrire la sensation d’euphorie qui s’installe entre mes cuisses. Tu t’attardes au reste de ma vulve, l’encadre de tes lèvres, aime chacun de ses tissus. Ma main s’agrippe à ton épaule et un immense souffle partant de mon bas-ventre s’expulse par ma bouche. Je suis sur le bord de l’orgasme, tu t’arrêtes, me regarde avec ton petit sourire que je ne comprends pas. Je t’embrasse, tu goutes moi et j’adore ça. J’éteins l’eau pour te signifier qu’on va continuer ça ailleurs.

Nous nous baladons emmitouflés dans nos serviettes chaudes jusqu’à ta chambre et prenons des bagels et du fromage à la crème au passage. Assise sur ton lit, je déroule ma serviette et tartine mon bagels avec mes doigts que je lèche entre chaque étendue. Une fois que mon bagels est bien tartiné et que mes doigts sont bien lubrifiés, j’enfonce mon bagels dans ma bouche en commençant à me masturber. Je vois que tu aimes ça, que tu me regardes. Ça t’excite et ça m’excite. Tu déroules ta serviette à ton tour et tout en mangeant ton bagel à toi, tu agites ta main sur ton membre. Ta chambre se transforme en un espace vaste sans conception ni fonction particulière. La porte s’ouvre sur un autre, un grand mystérieux, qui entre le plus naturellement du monde et constate notre exercice. Je vois dans ses yeux qu’il a envie d’y prendre part lui aussi. Il défait son pantalon, sort un sexe déjà droit et dur et se met en branle. J’observe le bas de son corps nu sous son chandail. Tu enlèves son chandail et lui tend le pot de fromage à la crème. Il le prend et étend du fromage sur son chest. Ça m’excite, je vois que vous aussi. En t’entrainant avec moi, je chute vers lui et commence à lécher le fromage sur son torse. Toi aussi. Nos langues se croisent entre les vagues de fromage à la crème pendant que lui continue de se masturber. Tu descends doucement le long de son corps et enfourne son sexe bien profond dans ta bouche. Cheese-Chest capote, je le vois à ses yeux qui sortent de leur orbite. De ses mains tremblantes, il dirige mes cuisses autour de son visage et commence à mouvoir sa bouche dans mon entrejambe. Il est moins bon que toi et c’est plutôt l’idée de vous deux et du fromage autour de ma bouche qui m’excite. Je me retire d’un geste brusque et me tourne plutôt vers toi, te prend dans ma main et te branle. Tu halètes sur son sexe, manque de t’étouffer, relèves ta tête puis gueule de plaisir. Cheese-Chest m’embrasse puis me pénètre doucement par devant pendant que tu me prends par derrière. Je vous sens tous deux en moi et vous offre chacun une partie de mon cou sur lequel vous posez vos dents avec acharnement. Mais la position nous pose certains problèmes de logistique. Le gars de la logistique rentre dans la pièce, nous dit qu’il va nous aider.

Pendant que le gars de la logistique, nu, s’affaire à poser des hamacs dans la chambre je m’allonge sur le dos un peu épuisée. Je m’allume une clope, Chest-Cheese s’assoie en retrait pour fumer la sienne. Tes lèvres ont encore envie de moi. Tu embrasses mon sein puis pose tes lèvres contre mon sexe. Cette fois-ci, tu y vas plus doucement. Je regarde le ciel, les étoiles qui filent, pendant que tu t’occupes de mon entrejambe. J’ai le bonheur à la bonne place. J’ai le désir qui s’effrite en frisson le long de mes veines et qui renait au creux de ma gorge. Tout à coup, je remarque que quelqu’une est avec Chest-Cheese, elle gigote autour de lui, à son habitude. C’est la fille de la Saint-Valentin. Elle est très longue et elle bouge bien. Ses fesses son minuscules, ses seins sont plats et sa vulve est carrée. Ma peau n’a jamais senti la sienne, son corps a glissé sur le miens et entre mes doigts en stacato, ce sont plutôt les mots sur papier qui sont sortis de nos mains. Pendant qu’elle chevauche Chest-Cheese avec son allure dégringolante habituelle, je vois nos lettres douces et érotiques s’enfuir par ses longs cheveux. Son visage de marionnette déclame avec plaisir les mots qu’elle m’a un jour écrit. Mes sens littéraires et physiques son stimulés, je déclame mon plaisir en plusieurs petits cris qui me mènent à l’orgasme. Mon corps tremble, tu continues de prêter attention à mon clitoris qui vibre dans ta bouche et mes mains s’agrippent à ton épaule, j’y enfonce mes ongles, trop profond, mais tu ne sens pas grand-chose excepté mon plaisir qui t’active aussi. Tu te dresses comme un énorme pilier devant moi, empoigne ton sexe et te masturbe vite au-dessus de moi jusqu’à ce que ton sexe gicle en pluie chaude sur mon ventre. J’y trempe mon doigt, y goute. C’est sucré, je crois que tu es frère avec un érable.

Le gars de la logistique a fini d’installer les hamacs. Tu t’y couches, je me couche dans un autre. Dans le coin, Chest-Cheese et Saint-Valentin baisent toujours avec autant d’ardeur. Je les regarde, penche ma main vers mon entrejambe, agite habilement mes doigts et te fixe dans les yeux. Un grand musicien avec les cheveux frisés entre dans la pièce. Je le reconnais. Je l’invite à me rejoindre sans cesser de me masturber. Il se couche dans le hamac, je me mets par-dessus lui et je sens son sexe grossir dans son pantalon tandis-que je l’embrasse. Je glisse ma main dans son pantalon, sens son sexe plus gros que dans mon souvenir. J’enlève son pantalon, prend son sexe entre mes doigts et joue avec avant de l’enfoncer dans ma bouche, cette-fois-ci plus grossièrement qu’avec toi plus tôt. Un mélange de bave et de lui coule le long de son pénis jusqu’à sa base. Il est bien lubrifié, je l’invite à entrer en moi. Je m’assoie dans le hamac, il se met debout face à moi, j’ouvre mes jambes et il y entre. Je sens son mouvement jusque creux dans mon ventre, j’ai l’impression de flotter autour de son sexe qui me retient. Du coin de l’œil, je vois Chest-Cheese et Saint-Valentin qui ont terminé leurs activités et de l’autre œil, je te vois qui te masturbe en nous regardant. Saint-Valentin viens lécher mon sein, glisse quelques mots et sa langue dans le pli de mon oreille avant de s’enfuir par le ciel, fidèle à elle-même. Chest-Cheese passe sa main près de mon sexe et s’active sur mon clitoris pendant que Frisé continue de me pénétrer et que tu continues de te masturber en nous regardant. J’ai le désir qui monte en flèche pour un millième orgasme.

 

Glitters

C’est toujours entre les pailles roses de glitters en forme de mille tourbillons et les nuits de fou rire à en avoir mal au dos et s’en pisser dessus que j’ai trouvé ces joyaux que l’on appelle des bests. C’est avec ces mêmes personnes de velours que j’ai pratiqué mon premier french, avant de me rendre compte que j’avais un peu un penchant gouine. Ensemble, nous avons mis nos premiers tampons pendant que l’autre nous tenait le feuillet d’instructions. C’était mes faves et je voulais vivre avec elles.

Je me souviens bien de nos petites bettes attrapant les flocons avec notre langue, de nos minuscules jambes qui achetaient leur première minijupe et de nos discussions du petit tanant de la cour d’école avec ses petites fossettes autour d’un cornet de crème glacée. On s’amusait à se balancer le plus haut possible avec nos minijupes du Ardène avec comme plus gros soucis au fond de la conscience notre dernière discussion MSN avec notre crush.

C’était le temps des converses hauts et des gros chewing gums dans le fond de la cour d’école. Ça arrivait des mercredis soirs qu’on allait même jusqu’à voler un ou deux bonbons au dépanneur du coin et qu’on les mangeait dans la ruelle derrière la maison de mon crush de l’époque. C’était le temps des sucres, il y avait toujours quelque chose de sucré dans l’air. Je prenais encore le temps de ne pas écouter l’amertume qui me retient depuis mes racines depuis toujours. Il n’y avait pas vraiment de temps qui s’écoulait et je ne comprenais pas grand-chose à part la cloche d’école qui sonne à l’heure de la récré et les coups fancy à faire au ballon poire pour impressionner les grandes de sixième année.

Tout au long de mon adolescence, il y avait des jours où j’aurais voulu retourner à cette époque où le mot Bordeline ne voulait encore rien dire dans ma petite tête d’enfant avec le bout du nez gelé. À cette époque où j’avais des mauvais souvenirs sans pour autant comprendre le mot agression. J’effaçais de ma mémoire les traces de mains rouges sur les flancs de ma maman et j’allais m’acheter des petits sacs à la Sucrerie du Soleil. Je m’assoyais à mon piano et je pensais être l’enfant prodige. Je n’ai pas aimé mon adolescence parce que toutes ces choses que j’ignorais on reprit le dessus et j’ai fini par en mourir un peu. J’avais un peu des bests pour me recolorer le cerveau en rose-paillette-brillante et pour jouer à Just Dance Revolution. Jusque-là, je connaissais bien les bests de glitter et même si je les aimais d’amour, je connaissais pas encore les bests d’amour velouté. Oui, comme la soupe.

Je ne porte plus de robes à pois avec l’ourlet en froufrou et j’oublie volontairement de me raser. C’est la moi d’aujourd’hui. J’ai quand mêmes quelques ami.e.s bests glitters. Mais un jour, j’ai eu un coup de foudre de personnalité avec un homme. C’était ce fameux soir de rhum and coke et de monkey blaster. Entre deux regards croches, nos personnes se sont collées de ce chewing gum rose et dans ma tête, il y a eu quelques feux d’artifices de paillettes. Et même si souvent, je sens le temps s’effilocher entre nous, avec beaucoup de volonté, on est toujours assez rapide pour tricoter un nouveau morceau de temps. La laine, j’imagine qu’on la pond.

Après avoir laissé passer 5000km sous nos petits corps d’enfants excités, on a signé un contrat de BFF. Best friends forever. C’était pas vraiment un mot existant dans mon vocabulaire et je n’y croyais pas beaucoup. Parce que les deux, on a trop d’ambition pour ce qu’on est capable de faire pour vrai ensemble. C’est pour ça qu’on rechute toujours dans notre amour mal-propre. Reste que j’aimerais ça jouer au ballon poire avec lui des fois. Un jour de petit soleil de début de mai, on a été se balancer sur la place-des-arts et sans lui dire, j’ai fait le concours de celui qui s’envole le plus haut avec lui. J’ai gagné. Je gagne toujours. J’ai gagné avec la tête d’une enfant qui dessine la plus belle marelle de tous les temps. Sur notre tricot, ça a tracé la marelle de nos péripéties ; cette marelle de péripéties trop grande pour l’imaginaire.

Quand je le regarde, mon ami de paillettes, j’ai quatre ans. Il est trop grand pour moi, comme un grand-frère qui est toujours là pour me regarder tomber sur mes genoux, avec un sourire en coin de j’te l’avais dit, quand même. Il est vieux parce qu’il a l’âge de mes parents quand ils m’ont eu. Mais, pour dire un secret, mon ami de paillettes, il a quatre ans lui aussi. Je le sais parce que quand je le chatouille, son petit visage d’enfant bien enfouis au fond de lui transparait et parce qu’il rit quand on s’amuse à se prendre par les poignées d’amour. Sans pudeur, sans complexe. L’autre jour on a même écouté la finale de Série Noire tout nus en mangeant des chocolatines et on a ri avec nos rires d’enfants. Même qu’une fois, je lui ai fait un collage de photos de moi et il a presque pleuré de joie. Je crois que quand il pense à moi, dans sa tête, il voit une photo de moi dans un cadre rose brillant avec des petits cœurs.

Puis, mon meilleur ami, c’est celui qui lit tous mes articles de mon blogue et qui m’écrit après pour me dire qu’il a rien compris. Il pense aussi que la seule façon de me comprendre bien bien c’est de lire mon blogue. Tu dois me comprendre tout croche que je lui ai dit. Il a dit qu’il savait. Moi non plus je le comprends pas vraiment. Si j’avais à dessiner un portrait de lui, ça ressemblerait sûrement à un vomi de glitters multicolores avec quelques taches noires cachées en dessous et des mots stupides comme merveilleux, marelle, balançoire, star wars, kraft dinner et je t’aime. Je rajouterais une perle et des coquilles d’huitre parce que ça puerait un peu, comme son haleine du matin ou comme la fois où il a perdu sa brosse à dent en voyage. Même si je suis habituellement en faveur de la non-mixité pour ce qui est du partage de brosse à dent, j’ai partagé. C’est pour dire gros comment il prend de la place dans ma cage thoracique. Il est le lit-king-royal de ma cage thoracique avec des draps de flanelle.

J’avais toujours pensé qu’avoir un meilleur ami aussi powerfull, plus que les power rangers, que ça me permettrait d’écrire des cartes de fête et de Noël de malade parce que d’habitude, les gens pleurent toujours en lisant mes mots de tendresse. Mais je me rends compte que cultiver un meilleur ami, c’est vraiment plus difficile parce que je peux pas lui écrire : ‘’Merci maman de m’avoir mis au monde et d’être le pilier qui tient ma vie en un seul morceau depuis dix-huit ans tu es la plus belle de la terre et la femme la plus forte que je connaisse.’’ Aussi peut-être je m’étais overestimé parce que c’est pas difficile de faire pleurer ma mère : elle a pleuré quand j’ai joué de la guitare au spectacle de fin d’année de mon école secondaire même si c’était poche pis elle m’a déjà dit qu’elle pleurerait juste à me voir faire caca sur une scène. Je la crois. Je la crois d’autant plus parce que je me rends compte que c’est pas vrai que les gens pleurent quand on leur dit qu’on les aime, même si c’est dit avec beaucoup de tact : ‘’Tu es mon meilleur ami pour toute la vie et j’aime vraiment ton nombril’’. T’sais, faut savoir lire entre les lignes.

Mais au fond de mon petit corps, je le sais qu’il aime mes messages pas rapport et qu’il sait bien lire entre mes lignes. Il me laisse toujours mettre mon doigt dans son nombril et souffler dedans ; il comprend un peu que c’est parce que son ventre est ma partie préférée de son corps. L’autre jour, il a léché ma bouche et après il m’a embrassé pour rire et j’ai faké de trouver ça dégueu parce que je voulais avoir l’air d’une personne normale. Je sais que j’ai quatre ans parce que ça me dérangerait pas vraiment de chanter du Britney Spears en étant nue dans des positions toutes écartées devant lui. J’aurais jamais pensé qu’un homme cisgenre pouvait être aussi cool que ça.

Bonne fête à mon meilleur ami, merci d’aimer mes blagues misandres.

Toi, tes odeurs de brunch

Je passe mes mots à m’épancher sur toi. Les pieds en chaufferette, le cœur derrière les genoux, ta bouche en forme d’indécision, nos mains sur le frein du guidon, mon corps qui déboule le tiens, les mots qui tailladent les coins de bouche, tes pensées qui coulent sur mes oreilles, tes entrailles en cavale au centre des miennes. Plus tu tapes dans ma tête, plus tu changes en restant le même. Toi, ne porte pas toujours le même nom dans la vraie vie. Sur papier c’est plus simple, c’est toujours Toi. Toi comme un nom propre, tu pour Toi comme j’utilise elle pour moi.

L’autre jour, j’écrivais en coin de napkin comment j’aimais que Toi fasse valser mes désirs en morceaux dans la pièce quand il me voguait dessus avec son mat bien droit pour ensuite me recoller de ses caresses sur mon visage et mon corps, quand le bordel était fini. Je me souviens d’une déclinaison de Toi qui, à l’ouest complet du pays, me faisait l’amour chaque matin et me caressait ensuite le visage et m’observait, m’admirait, je ne sais pas. Je fermais les yeux. Dans ma somnolence, je laissais son regard embrasser ma peau. C’était si simple que je ne voulais pas ouvrir les yeux. Encore, je vous épargne les détails des draps doux et frais et le soleil qui perçait à travers la pâleur des rideaux, des odeurs de brunch qui flottaient dans l’air, parce que toujours, je me centre sur Toi.

Quand les tourbillons de vide me martèlent les genoux, je me retourne toujours vers les anciens Toi, je pense à ceux et celles qui sont parties, qui ne font plus partie du Toi que j’aime encore endormir contre mon sein. Je pense encore au Toi qui m’a aimé sur du jazz toute une nuit. Au Toi qui m’a pleuré cent fois avant qu’on se claque la porte au nez. Au Toi qui m’a apprivoisée sur le bord du feu, le plus doucement possible. Au Toi qui se pâmait devant mes jambes qu’honnêtement, j’ai toujours trouvées moches. Ensuite je pense aux sœurs Boulay et je me dis que je suis aussi quétaine qu’elles. Je m’en fou un peu, de mes quétaineries ; j’ai écouté la nouvelle chanson d’Adèle toute la semaine. Je me dis juste qu’un jour on se lassera de mes histoires de Toi, de la même façon que l’on se lasse l’un-e de l’autre.

L’autre jour, j’ai commencé un texte sur le colonialisme de la littérature en expliquant à quel point je la déteste, cette littérature de merde. J’ai aussi écrit quelques mots sur les personnes aux prises seules avec un fœtus dans le ventre. J’ai eu des pensées pour ma mère aussi, je me suis demandée de quelle façon j’écrirais un livre à son sujet. Sur mon père aussi. Puis je me suis sentie seule. Je me suis ennuyée du Toi disparu la semaine précédente et j’ai pensée à ceux et celles d’avant. J’ai pleuré notre amitié de meilleur-e-s ami-e-s et je n’ai pas su comment le prendre dans mes bras pour lui dire que tout allait bien aller, pour lui parler de Toi et préparer ton arrivée.

Les Toi se succèdent, changent de nom, il y a des Toi moins important-e-s que d’autres. Quand tu me lis, peut-être que tu te penses Toi. Je ne saurais trop bien te dire que Toi est inconstant, que Toi est mélangé. Que même si mon Toi du moment porte ton nom et ton corps, Toi sur papier divague vers les autres Toi ; les futur-e-s, les passé-e-s, les imaginé-e-s.