Automne

by salomelandry

Sur le quai du métro il y avait des petites feuilles jaunes. Comme si le toit vitré du métro préfontaine s’était ouvert un instant pour laisser tomber une pluie de petites feuilles jaunes. J’ai pensé que moi aussi, il m’arrivait d’oublier de fermer mes fenêtres et que j’avais perdu pas mal de feuilles ces derniers temps, sauf que c’était moins beau sinon que c’était même pas poétique.

Il y a quelques jours, une amie m’a écrit ‘’C’est difficile de se laisser être quelqu’un pour quelqu’un d’autre’’. Je ne sais pas exactement ce que j’en comprends mais j’en comprends quelque chose et c’est triste, un peu. Ensuite elle m’a dit de prendre soin de mes amours et je n’ai pas su quoi en penser ; elle a toujours eu le don de lire en moi, même à 5000 km à l’est. Je n’ai rien dit mais elle avait raison ; j’ai un peu le corps en papier de soie en boule au creux de sa main.

Le seul corps en papier que j’ai chiffonné, moi, c’est l’emballage de frites du restaurant orange et brun. C’était pas son corps. Mais son corps il était en face de moi et j’avais envie de le marteler à grand coup de poings que je pratique pour ne plus avoir peur la nuit. Je ne l’ai pas fait parce qu’il y avait des gens qui auraient pu nous voir mais surtout parce que mon corps était figé par les larmes qui menaçaient de sortir. Je préférais que ces larmes restent des non-dits ; il le savait qu’elles étaient là.

Ce soir-là j’en ai voulu à la planète entière.

J’aurais pu éclater les murs de mon appartement. J’aurais pu taillader la vie. J’aurais pu exploser le patriarcat. Mais je me suis couchée dans mon lit en boule et j’ai essayé d’attendre. Je me suis souvenue que l’automne ça a une fin, que les feuilles qui tombent aussi. Je me suis souvenue que le papier de soie ça défroissait, si on travaillait bien. Je me suis souvenue que la veille il avait les pieds froids, que c’était un signe que je m’étais dit à ce moment-là. J’ai réussi à respirer comme du monde même si j’en avais contre tout le monde. Je me suis dit que le torrent, il avait une fin quelque part dans ma vie, quelque part dans le monde.

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