Pieds de fraicheur lourde

by salomelandry

Il fait toujours froid chez toi.

 

Il fait toujours froid chez toi et je tremble quand je vais aux toilettes entre deux somnolences, toujours. Heureusement que t’as les pieds en chaufferette, presque toujours.

 

Dans la noirceur de ta chambre, tu me dis en blaguant que le dernier métro n’est pas encore passé, que j’ai encore le temps de rentrer chez moi. Je sais bien que tu blagues. Je sais que tu blagues et pourtant, j’ai la soudaine envie de rentrer chez moi. Parce que je me déteste un peu et que je te déteste de plus en plus depuis qu’on s’est dit qu’on s’aimait. J’ai peur de toi.

 

J’ai peur parce que je me demande comment tu fais pour m’aimer encore, dans ma complexité de fille complexe. Mais tu sais, malgré la peur qui m’envahit quand tu glisses des baisers au creux de mon cou et de mes hanches, quand je me dis que je te déteste, je crois que c’est faux. Quand je t’ai chuchoté que je t’haïssais, je t’ai dit que je t’aimais tout de suite après.

 

Dans la pénombre de nos chambres, j’ai toujours les mots qui glissent facilement sur nos hanches. J’ai le désir qui coule de ta bouche quand tu m’arraches la libido à coup de langue. Je crois que nos corps s’aiment parce que quand je te déteste, j’ai envie que tu me prennes contre toi. J’ose croire que tu m’aimes assez pour me prendre dans tes bras un peu, toujours, et pour m’endurer. T’es patient, je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi tu m’aimes quand je me transforme en diablesse de l’insécurité, quand je tilts sur un mot que tu as dit, quand je pleure ton toi tout entier. C’est parce que je te déteste.

 

Je te déteste quand tu m’aimes et je te déteste quand tu ne m’aimes plus, quand je sens que tu t’éloignes. Je te déteste parce que tu as aimé cette personne. Je te déteste parce qu’on se serait oublié si les choses avaient été différentes. Je te déteste parce qu’on est incapable de se quitter. Je te déteste parce que je n’ai pas envie de te quitter. Je te déteste parce que tu es dur à suivre. Je te déteste parce que je suis dur à suivre. Je te déteste parce que certains jours, je suis amicalement amoureuse de toi.

 

Tu m’as un jour dit que poétiquement, toi et moi, on se complétait mais qu’en pratique, notre mélange était explosif. Je suis hypersensible et toi, tu es trop capable d’en prendre. Tu as mis le doigt sur le bobo. J’ai la poésie qui fructifie entre nos bas-ventres et j’ai ton toi qui explose dans ma bouche et entre mes mains. Pourtant, je ne comprends pas ce qui nous séparera un jour.

 

J’ai le tatou qui s’efface et je t’aime tes pieds parce qu’ils sont presque jamais froids.

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