Blancheur compulsive

by salomelandry

            Dans le coin de mon lit, dans ma chambre sombre, tu es là. Je sens ton souffle chaud se répandre près de ma peau froide et j’envie ta chaleur. Je ne sais pas quand tu es arrivé ni quand tu repartiras. Tu n’as pas de couleur, tu n’as rien, tu n’es rien ; tu es un canevas sur lequel je glisse. Tu n’es rien, personne, nous n’avons pas d’histoire ; juste une histoire qui s’efface au fur et à mesure que je m’épanche sur toi pour l’écrire.

Sur mon corps tu ne laisses que des marques blanches et vides jusqu’à ce que ta tête en brouillon gribouille d’un gris qui s’efface bien mes cuisses et mon sexe pendant que ta main en coin de feuille glisse le long de mon ventre en me taillant une papercut parfaitement rouge et droite. Tu n’es ni beau ni laid ; aussi beau que laid et c’est moi qui t’écris, c’est moi qui compose ta trame sonore.

Les pages de ton corps défilent devant moi à la vitesse de mes pensées et tu me suis dans ma réflexion, tu me laisses revenir en arrière pour gribouiller des détails de mon encre noire et profonde. Ta peau boit mon encre et laisse ruisseler mes effluves le long de tes cuisses que je dessine. Tes mains fouillent mon corps et n’oublient aucun centimètre, aucune parcelle de ma peau qui frémit sous ton contact. Mes ongles te déchirent et le sang qui se retrouve sous mes ongles est étrangement rouge. – Tu as pris un souffle de vie, tu respires, tu es là devant moi et je te connais. C’est quand tu prends vie, quand je t’insuffle le droit d’être mon canevas que tu prends des permissions que je ne t’ai pas écrites ; que tu oses m’immobiliser entre tes crocs et m’enfoncer ton dard bien droit entre les omoplates. Tu le tournes, le fait s’agiter dans ma colonne jusqu’à ce que je sente sa pointe percer entre mes deux seins. Quand finalement tu le retires de moi et me laisse m’écrouler au sol, je tombe sur ton canevas. Il est taché, mais au moins ce n’est plus le toi précédent et je peux continuer de t’écrire, en repassant par-dessus les taches.

De nouveau, tes pages défilent devant moi et je prends le temps de les savourer, de poser mes lèvres sur chacune de tes fibres en admirant tes images se poser sur tes grands flancs. Tu es tout le monde et personne à la fois, tu prends mon corps comme ta vénus et je m’extasie sous tes coups de dents et de langues. Je t’aime comme tu n’es rien, comme tes coins de page blanche ne feront jamais qu’effleurer le bout de mes seins sans m’infliger de plus grand mal qu’une simple papercut bien profonde.

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