matin bocal d’entrailles séchées

by salomelandry

J’aime pisser dans les ruelles. J’ai toujours aimé ça. Encore plus quand je suis ivre, encore plus depuis que je ne suis plus supposée être ivre.

Peut-être pour ça que mes crises-de-je-sais-pas-quoi incontrôlable de personne qui gère pas sa vie se règlent avec l’alcool. Ça calme, t’sais. Ça me permet surtout d’oublier que je gère pas rien, que je gère pas mes émotions même si des gens croient que oui. Ça me fâche quand mon ami me dit que je gère toute parce que j’écris. Il a pas idée à quel point j’écris n’importe quoi. Comme là.

Dans une crise d’ivresse, j’ai fait des détours pour rentrer chez moi et passer pisser par la ruelle. Il y avait un défilement de personnes dans la ruelle; j’avais pas été mise au courant qu’hochelag ça donnait dans le chilling de ruelle tant que ça. J’me suis trouvée un buisson et c’était partit : un long, très long, infini jet puissant avec la clope dans bouche et la musique qui déchire mes tympans. J’ai déambulé encore un peu parce que les mots coulaient dans ma tête, que les textes s’écrivaient tout seuls et j’ai fini par me dépêcher de rentrer chez moi pour accoucher de mon élan créateur mais rendue chez nous, j’me suis rendue compte que j’avais les oreilles qui sillaient pis j’ai plus vomi mes émotions qu’autre chose. J’ai rien écrit; j’ai fixé le mur en attendant que mon vide de corps et de vie passe.

Le vide de corps il est passé parce que ça se peut pas que je reste juste toujours vide et que je me déverse des mes liquides corporels; je suis pas vraiment rendue à mourir d’écoulements de partout. Le vide de vie, il passe moins. Le vide de vie, il fait le mouvement des vagues, le mouvement de ce qui m’emporte. Pour ça je blâme la vie qui a fait de moi une fucked up, qui me pousse à faire des choses dangereuses. J’aurais pas dû écouter Love songs for robot dans son lit, on aurait pas dû avoir envie comme ça l’un de l’autre après que ce soit fini. Ou peut-être on a juste jamais fini ça comme du monde parce qu’on sait pas comment faire, parce qu’on est vraiment poches.

Et je vois les gens, mes ami.e.s qui forment des couples sérieux et beaux, des couples affirmés qui durent longtemps et je comprends rien. Je comprends pas comment c’est possible de s’aimer ouvertement et simplement, de se le dire. Pourtant j’ai déjà eu ça. Mais ça m’a un peu écœurée. J’aimerais ça être bien, c’est tout ce que je veux; être bien. Je ne sais pas comment, je ne sais pas ce que ça voudrait dire. Être bien, libre, sans jalousie avec quelqu’un, j’me dis. J’sais pas. J’sais rien.

Je sais pas ce que ça voulait dire quand on s’est laissés parce que ça a changé mais qu’on est encore poches pour être juste ami.e.s et c’est pour ça que je m’en suis crissé, je crois. Sont revenues les envies irrésistibles et excitantes du corps de l’autre et le problème c’est que c’est encore plus excitant vu que c’est interdit. Ça arrive qu’on fasse juste dormir, en meilleur.e.s-ami.e.s-bff-inséparables mais on s’échappe souvent des baisers somnambules. Des petites fuites dans notre amitié comme les petites fuites dans ma sobriété. Oups. Encore. Fuck off. Je comprends pas ce que ça veut dire d’être ami.e.s si notre amitié c’est pas de l’amitié; c’est toute ce qui existe, toute ce qui nous compose, toi pis moi, dans notre complexité universelle. Je comprends rien de toute façon de ce que toute veut dire.

Toute c’est moi, c’est toi, c’est toi pis moi, c’est moi pis ma rage, c’est mon incompréhension, c’est mon entre-jambe qui comprends absolument fucken’ rien pis c’est mon cœur derrière mon genoux qui essaie de suivre la cadence et qui fait juste s’arrêter, à la place. J’ai les tripes à terre pis c’est pas possible de les remonter. Au pire elles sécheront et je t’oublierai.

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