Grosse[s] Boule[s], etc.

Des histoires soft sexu de boules, par Salomé Landry

Month: October, 2015

Automne

Sur le quai du métro il y avait des petites feuilles jaunes. Comme si le toit vitré du métro préfontaine s’était ouvert un instant pour laisser tomber une pluie de petites feuilles jaunes. J’ai pensé que moi aussi, il m’arrivait d’oublier de fermer mes fenêtres et que j’avais perdu pas mal de feuilles ces derniers temps, sauf que c’était moins beau sinon que c’était même pas poétique.

Il y a quelques jours, une amie m’a écrit ‘’C’est difficile de se laisser être quelqu’un pour quelqu’un d’autre’’. Je ne sais pas exactement ce que j’en comprends mais j’en comprends quelque chose et c’est triste, un peu. Ensuite elle m’a dit de prendre soin de mes amours et je n’ai pas su quoi en penser ; elle a toujours eu le don de lire en moi, même à 5000 km à l’est. Je n’ai rien dit mais elle avait raison ; j’ai un peu le corps en papier de soie en boule au creux de sa main.

Le seul corps en papier que j’ai chiffonné, moi, c’est l’emballage de frites du restaurant orange et brun. C’était pas son corps. Mais son corps il était en face de moi et j’avais envie de le marteler à grand coup de poings que je pratique pour ne plus avoir peur la nuit. Je ne l’ai pas fait parce qu’il y avait des gens qui auraient pu nous voir mais surtout parce que mon corps était figé par les larmes qui menaçaient de sortir. Je préférais que ces larmes restent des non-dits ; il le savait qu’elles étaient là.

Ce soir-là j’en ai voulu à la planète entière.

J’aurais pu éclater les murs de mon appartement. J’aurais pu taillader la vie. J’aurais pu exploser le patriarcat. Mais je me suis couchée dans mon lit en boule et j’ai essayé d’attendre. Je me suis souvenue que l’automne ça a une fin, que les feuilles qui tombent aussi. Je me suis souvenue que le papier de soie ça défroissait, si on travaillait bien. Je me suis souvenue que la veille il avait les pieds froids, que c’était un signe que je m’étais dit à ce moment-là. J’ai réussi à respirer comme du monde même si j’en avais contre tout le monde. Je me suis dit que le torrent, il avait une fin quelque part dans ma vie, quelque part dans le monde.

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Fusain, cicatrices et esquisses

J’ai des bouts de phrases que me trottent dans la tête quelques fois :

  • La peau saccagée de toi
  • Le corps en papier de soie au creux de la main
  • Des images imprimées sur des flancs blancs
  • Tu me dessines au fusain / Je t’écris en cicatrices / Elles sont tracées, nos esquisses.

Pieds de fraicheur lourde

Il fait toujours froid chez toi.

 

Il fait toujours froid chez toi et je tremble quand je vais aux toilettes entre deux somnolences, toujours. Heureusement que t’as les pieds en chaufferette, presque toujours.

 

Dans la noirceur de ta chambre, tu me dis en blaguant que le dernier métro n’est pas encore passé, que j’ai encore le temps de rentrer chez moi. Je sais bien que tu blagues. Je sais que tu blagues et pourtant, j’ai la soudaine envie de rentrer chez moi. Parce que je me déteste un peu et que je te déteste de plus en plus depuis qu’on s’est dit qu’on s’aimait. J’ai peur de toi.

 

J’ai peur parce que je me demande comment tu fais pour m’aimer encore, dans ma complexité de fille complexe. Mais tu sais, malgré la peur qui m’envahit quand tu glisses des baisers au creux de mon cou et de mes hanches, quand je me dis que je te déteste, je crois que c’est faux. Quand je t’ai chuchoté que je t’haïssais, je t’ai dit que je t’aimais tout de suite après.

 

Dans la pénombre de nos chambres, j’ai toujours les mots qui glissent facilement sur nos hanches. J’ai le désir qui coule de ta bouche quand tu m’arraches la libido à coup de langue. Je crois que nos corps s’aiment parce que quand je te déteste, j’ai envie que tu me prennes contre toi. J’ose croire que tu m’aimes assez pour me prendre dans tes bras un peu, toujours, et pour m’endurer. T’es patient, je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi tu m’aimes quand je me transforme en diablesse de l’insécurité, quand je tilts sur un mot que tu as dit, quand je pleure ton toi tout entier. C’est parce que je te déteste.

 

Je te déteste quand tu m’aimes et je te déteste quand tu ne m’aimes plus, quand je sens que tu t’éloignes. Je te déteste parce que tu as aimé cette personne. Je te déteste parce qu’on se serait oublié si les choses avaient été différentes. Je te déteste parce qu’on est incapable de se quitter. Je te déteste parce que je n’ai pas envie de te quitter. Je te déteste parce que tu es dur à suivre. Je te déteste parce que je suis dur à suivre. Je te déteste parce que certains jours, je suis amicalement amoureuse de toi.

 

Tu m’as un jour dit que poétiquement, toi et moi, on se complétait mais qu’en pratique, notre mélange était explosif. Je suis hypersensible et toi, tu es trop capable d’en prendre. Tu as mis le doigt sur le bobo. J’ai la poésie qui fructifie entre nos bas-ventres et j’ai ton toi qui explose dans ma bouche et entre mes mains. Pourtant, je ne comprends pas ce qui nous séparera un jour.

 

J’ai le tatou qui s’efface et je t’aime tes pieds parce qu’ils sont presque jamais froids.

Blancheur compulsive

            Dans le coin de mon lit, dans ma chambre sombre, tu es là. Je sens ton souffle chaud se répandre près de ma peau froide et j’envie ta chaleur. Je ne sais pas quand tu es arrivé ni quand tu repartiras. Tu n’as pas de couleur, tu n’as rien, tu n’es rien ; tu es un canevas sur lequel je glisse. Tu n’es rien, personne, nous n’avons pas d’histoire ; juste une histoire qui s’efface au fur et à mesure que je m’épanche sur toi pour l’écrire.

Sur mon corps tu ne laisses que des marques blanches et vides jusqu’à ce que ta tête en brouillon gribouille d’un gris qui s’efface bien mes cuisses et mon sexe pendant que ta main en coin de feuille glisse le long de mon ventre en me taillant une papercut parfaitement rouge et droite. Tu n’es ni beau ni laid ; aussi beau que laid et c’est moi qui t’écris, c’est moi qui compose ta trame sonore.

Les pages de ton corps défilent devant moi à la vitesse de mes pensées et tu me suis dans ma réflexion, tu me laisses revenir en arrière pour gribouiller des détails de mon encre noire et profonde. Ta peau boit mon encre et laisse ruisseler mes effluves le long de tes cuisses que je dessine. Tes mains fouillent mon corps et n’oublient aucun centimètre, aucune parcelle de ma peau qui frémit sous ton contact. Mes ongles te déchirent et le sang qui se retrouve sous mes ongles est étrangement rouge. – Tu as pris un souffle de vie, tu respires, tu es là devant moi et je te connais. C’est quand tu prends vie, quand je t’insuffle le droit d’être mon canevas que tu prends des permissions que je ne t’ai pas écrites ; que tu oses m’immobiliser entre tes crocs et m’enfoncer ton dard bien droit entre les omoplates. Tu le tournes, le fait s’agiter dans ma colonne jusqu’à ce que je sente sa pointe percer entre mes deux seins. Quand finalement tu le retires de moi et me laisse m’écrouler au sol, je tombe sur ton canevas. Il est taché, mais au moins ce n’est plus le toi précédent et je peux continuer de t’écrire, en repassant par-dessus les taches.

De nouveau, tes pages défilent devant moi et je prends le temps de les savourer, de poser mes lèvres sur chacune de tes fibres en admirant tes images se poser sur tes grands flancs. Tu es tout le monde et personne à la fois, tu prends mon corps comme ta vénus et je m’extasie sous tes coups de dents et de langues. Je t’aime comme tu n’es rien, comme tes coins de page blanche ne feront jamais qu’effleurer le bout de mes seins sans m’infliger de plus grand mal qu’une simple papercut bien profonde.

matin bocal d’entrailles séchées

J’aime pisser dans les ruelles. J’ai toujours aimé ça. Encore plus quand je suis ivre, encore plus depuis que je ne suis plus supposée être ivre.

Peut-être pour ça que mes crises-de-je-sais-pas-quoi incontrôlable de personne qui gère pas sa vie se règlent avec l’alcool. Ça calme, t’sais. Ça me permet surtout d’oublier que je gère pas rien, que je gère pas mes émotions même si des gens croient que oui. Ça me fâche quand mon ami me dit que je gère toute parce que j’écris. Il a pas idée à quel point j’écris n’importe quoi. Comme là.

Dans une crise d’ivresse, j’ai fait des détours pour rentrer chez moi et passer pisser par la ruelle. Il y avait un défilement de personnes dans la ruelle; j’avais pas été mise au courant qu’hochelag ça donnait dans le chilling de ruelle tant que ça. J’me suis trouvée un buisson et c’était partit : un long, très long, infini jet puissant avec la clope dans bouche et la musique qui déchire mes tympans. J’ai déambulé encore un peu parce que les mots coulaient dans ma tête, que les textes s’écrivaient tout seuls et j’ai fini par me dépêcher de rentrer chez moi pour accoucher de mon élan créateur mais rendue chez nous, j’me suis rendue compte que j’avais les oreilles qui sillaient pis j’ai plus vomi mes émotions qu’autre chose. J’ai rien écrit; j’ai fixé le mur en attendant que mon vide de corps et de vie passe.

Le vide de corps il est passé parce que ça se peut pas que je reste juste toujours vide et que je me déverse des mes liquides corporels; je suis pas vraiment rendue à mourir d’écoulements de partout. Le vide de vie, il passe moins. Le vide de vie, il fait le mouvement des vagues, le mouvement de ce qui m’emporte. Pour ça je blâme la vie qui a fait de moi une fucked up, qui me pousse à faire des choses dangereuses. J’aurais pas dû écouter Love songs for robot dans son lit, on aurait pas dû avoir envie comme ça l’un de l’autre après que ce soit fini. Ou peut-être on a juste jamais fini ça comme du monde parce qu’on sait pas comment faire, parce qu’on est vraiment poches.

Et je vois les gens, mes ami.e.s qui forment des couples sérieux et beaux, des couples affirmés qui durent longtemps et je comprends rien. Je comprends pas comment c’est possible de s’aimer ouvertement et simplement, de se le dire. Pourtant j’ai déjà eu ça. Mais ça m’a un peu écœurée. J’aimerais ça être bien, c’est tout ce que je veux; être bien. Je ne sais pas comment, je ne sais pas ce que ça voudrait dire. Être bien, libre, sans jalousie avec quelqu’un, j’me dis. J’sais pas. J’sais rien.

Je sais pas ce que ça voulait dire quand on s’est laissés parce que ça a changé mais qu’on est encore poches pour être juste ami.e.s et c’est pour ça que je m’en suis crissé, je crois. Sont revenues les envies irrésistibles et excitantes du corps de l’autre et le problème c’est que c’est encore plus excitant vu que c’est interdit. Ça arrive qu’on fasse juste dormir, en meilleur.e.s-ami.e.s-bff-inséparables mais on s’échappe souvent des baisers somnambules. Des petites fuites dans notre amitié comme les petites fuites dans ma sobriété. Oups. Encore. Fuck off. Je comprends pas ce que ça veut dire d’être ami.e.s si notre amitié c’est pas de l’amitié; c’est toute ce qui existe, toute ce qui nous compose, toi pis moi, dans notre complexité universelle. Je comprends rien de toute façon de ce que toute veut dire.

Toute c’est moi, c’est toi, c’est toi pis moi, c’est moi pis ma rage, c’est mon incompréhension, c’est mon entre-jambe qui comprends absolument fucken’ rien pis c’est mon cœur derrière mon genoux qui essaie de suivre la cadence et qui fait juste s’arrêter, à la place. J’ai les tripes à terre pis c’est pas possible de les remonter. Au pire elles sécheront et je t’oublierai.