Les couteaux volent bas

La plage est belle. Il fait noir. Un doux vent balaye l’orée du petit bois. On est arrivé-e-s sur le pouce, perdu-e-s. On a tout laissé tomber. On a pas quitté notre toute pour rien, la preuve c’est qu’on est là, ce soir, sur la plage. Je pisse dans le buisson un peu plus loin. Les trois chefs-bandits sont nu-e-s dans l’eau. Les trois chefs-bandits c’est nous. L’Amie, Lui, moi. L’eau caresse nos corps pendant que nous on fume nos clopes. C’est le genre de moment où c’est poétique et beau de fumer. Tous les trois, on est bien. Je dirais qu’on est heureuses et heureux.

Sans toucher les autres, je sais que nos peaux frémissent, que nos tétons sont pointés et que nos bas ventres se contractent un peu. C’est beau, je suis bien et là, la vie est belle. J’aime L’Amie et Lui d’un amour incongru. À nous voir les corps nus qui glissent sur les roches, j’ai la libido qui s’émoustille.

Les tentes sont montées. L’Amie va se coucher dans la sienne. Lui et moi nous retrouvons seul-e-s sur la plage. Je ne suis pas romantique mais avec le bruit des vagues, ça frôle la romance. Ce soir, j’ai envie de Lui, peut-être un peu à cause de la situation et parce que je sens que cette soirée restera longtemps dans ma tête.

Assis sur nos t-shirts pour éviter d’avoir la craque sablonneuse, on discute. Je sais qu’il a envie de moi lui aussi. C’est juste impossible de pas en avoir envie en ce moment. J’ai envie de me faire prendre tout de suite, sur la plage, les corps sur le sable et les pieds dans l’eau. On se prend dans nos bras. On s’embrasse. On se flatte les corps, c’est doux. On est bien ensemble, on se le dit. C’est impossible d’arrêter de s’embrasser, d’arrêter de se mordre le cou et les seins. Les couteaux volent bas.

Nos cuisses s’ouvrent à l’autre. On a des choses à toucher, on a des choses à prendre, on a des choses à aimer. On prend notre temps, on y met tout notre soin. Les respirations haletantes, je monte sur Lui. Il me pénètre parfaitement. On se pogne la chair fort, les ongles s’enfoncent et les dents croquent. On se goûte, j’aime ça.

La tête dans le sable, je sens le sable s’immiscer entre mes deux fesses. On s’en fout, elles sont bien dans sa main. Quatre cinq revirements de bord plus tard, quelques jambes en l’air mal placées et mon corps écrasé, la décharge de plaisir arrive. On jouit ensemble, fort parce que c’est plus agréable.

Essouflé-e-s on se regarde, on se serre fort, on s’embrasse longuement, on est bien ensemble, on se le redit. Les couteaux volent vraiment bas.

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