Bombes et trous

by salomelandry

J’me sens toute trouée, c’est vrai. Un trou derrière les genoux là où je cache mon cœur, un trou dans mes pieds qui ne savent plus où ils vont, un trou dans l’estomac qui se recroqueville en petite boule, un trou dans le dos qui ne sait plus se tenir, un trou entre mes deux seins qui perdent tous leurs sens, un trou dans les bras qui ne savent plus prendre comme il le faut et un énorme trou dans la tête qui ne sait plus quoi penser.

Je ne sais pas faire de la poésie. Je ne sais pas parler de lèvres en bataille, ni de flanc blanc et sinueux. Je ne sais pas décrire le vent qui bardasse les maisons ni les charmes des autres qui me défoncent l’estomac. J’aimerais pourtant. J’aimerais m’arracher le ventre par écrit et parler de mes entrailles en feu qui se déballent par terre sous mes yeux ébahis. Je voudrais faire des parallèles entre mes vagues à l’âme et la mer. Je voudrais être capable de décrire tout comment j’ai mal quand j’ai mal pour de vrai, pour me faire du bien à moi et aux autres. Je voudrais, pour une fois, arrêter de parler de mes boules et d’amour cute. Parce que j’ai épuisé mes histoires cutes et parce que mes boules ne servent plus à rien depuis que j’ai peur.

Je ne sais pas si c’est correct d’avoir mal comme je peux avoir mal, je ne sais pas si c’est normal. Je ne le saurai jamais, peut-être. Parce que je ne sais pas dire, je ne sais pas comment écrire la douleur physique qui vient du mal du cœur. Ce n’est pas comme une crise cardiaque et c’est pire que la respiration qui halète, que la respiration qui stoppe complètement. C’est des larmes sur les joues qui brûlent un peu toutes tes joues, c’est les pieds qui flanchent et les genoux engourdis, c’est la boule dans le ventre qui te prend toute ton énergie, c’est ta tête qui ne peut pas penser à autre chose mais le pire de tout, c’est de se demander si j’aurai mal comme ça toute ma vie, si un jour ça passera, si un jour je n’aurai plus mal. Et même si on se rend compte, au bout de sa vie d’aujourd’hui que oui, les vagues à l’âme portent bien leur nom car elles reviennent et quittent pour mieux revenir et, éventuellement, mieux quitter, quand elles sont là, vraiment là, qu’elles t’emprisonnent dans leur torrent, dans leurs remous incroyables, que tu ne peux plus respirer ni voir plus loin que l’écume des vagues qui est là, dans tes yeux, il prend une force d’esprit impossible pour penser que oui, ça passera, que non, la douleur ne sera pas aussi intense pour toujours.

Il arrive des fois où mon grand corps rempli d’amour ne peut plus donner ni recevoir, même si il le veut. Il arrive des fois où mon grand corps, à force de donner de l’amour, se sent comme la pute de service. J’suis vulgaire, j’sais. Je suis celle que l’on appelle pour mieux repousser ensuite, pour mieux quitter, sans un mot, sans rien dire. Je suis celle à qui l’on promet l’impossible pour ensuite mieux aimer quelqu’un d’autre. Je suis une pratique, une pratique et rien d’autre. Je suis celle que l’on peut avorter de tout, même de son amour et de ses plus grandes passions pour un moment aux côtés de quelqu’un qui ne m’aime pas pour de vrai. On m’avorte de tout parce que je ne sais rien gérer, parce que la moindre parcelle de responsabilité est trop grande pour moi, parce que tout le monde sait que mes épaules flanchent facilement, parce que personne n’a envie de gérer ça. Je suis facile à flusher, plusieurs fois. J’aurais, pour une fois, envie de tout sacrer-là, de LE sacrer-là. Parce que je ne veux pas être une pute de service et pourtant, c’est ce que je suis, alors je me résigne. J’essaie de me faire croire que c’est pas grave, que oui, peut-être au fond, on s’aime. Et c’est faux. Je le sais très bien que c’est faux. Il ne m’aime pas. Ou en tout cas, pas comme les autres, pas comme L’autre.

Tout le monde se gère mal dans cette histoire. C’est des malaises par dessus des malaise, des cœurs brisés par dessus cœurs brisés et tout le monde endure, même après les bières en braillant dans le char sous la pluie. Même après les besoins d’avoir quelqu’un avec toi toute la nuit parce que c’est juste trop difficile, trop difficile de tenir la route, parce que je suis tombée à côté du train de la vie et que maintenant il commence à me rouler tranquillement dessus. Maintenant mes genoux se sont cassés, maintenant mes petits bouts de cœur commencent à gicler, à saigner, à se vider de leur jus sur les rails rouillés parce que ce qu’on pourrait appeler «amour», c’est pas pour les peureux et que je n’ai jamais voulu être peureuse. J’aurais voulu être la plus grande guerrière de tous les temps, j’aurais voulu être la plus forte, j’aurais voulu être fière de moi. J’aurais voulu être celle qui brise les cœurs plutôt que d’être celle qui se fait tout le temps couper le cœur en rondelles même si c’est ingrat comme rôle. Le rôle de la gentille est difficile, ils en ont de la chance, les méchants, les grands crétins.

Advertisements