Les hommes, les hognes, la hargne

by salomelandry

Je me retrouve dans «mes affaires». T’sais quoi ? C’est quoi, «mes affaires» ? J’étais bien avec ma tente, mes quatre paires de bobette, mes deux camisoles, mon t-shirt, mes shorts, ma jupe et ma veste de patch. J’me sentais plus complète que dans «mes affaires». Parce que j’ai toute jeté avant de partir anyway. Une commode, un lit, un garde robe et une bibliothèque. J’avoue que ça me manquait, surtout la bibliothèque. Sentir les livres et les écrire. Reste que rendue icitte, ça me manquait pas tant que ça et la vie m’angoisse. Je dresse chaque nuit la liste des choses qui m’angoissent :

  • Me trouver un endroit où vivre ;
  • Me trouver un travail ;
  • Régler mes papiers de sous ;
  • M’inscrire à l’école ;
  • Vivre ;
  • Les hommes.

Surtout eux. Parce que j’ai connu des hommes pro-féministes, des hommes alliés, qui avaient l’air legits. Laisse moi te dire qu’une fois l’agression passée, c’est dur de pas tous les mettre dans le même panier. Je les déteste un peu, j’ai un peu peur d’eux et je les aime un peu.

Je lui ai parlé de mes agressions, il avait l’air de comprendre, il avait l’air solidaire. Il m’a aidé à passer par dessus. Je lui ai raconté comment mes agresseurs, suite à l’agression, avait été des mardes. À quel point ils avaient été encore plus poches qu’ils ne l’étaient déjà. Il les maudissait, lui aussi. J’ai quand même été agressée quatre mois plus tard. Même s’il s’est pas sauvé par la fenêtre sur le coup, même s’il m’a écouté et m’a proposé une justice réparatrice, il est devenu une marde. Encore plus parce que je lui faisais confiance. Fucken’ confiance.

Moi, de mon bord, je veux pas en parler. J’en ai parlé à deux personnes ressources et à lui. J’avais confiance que ça se réglerait vite. Ben non. Même s’il est ouvert à toute, même si on reste «proche» d’un accord des deux bords, même s’il veut faire réparation, il devient une marde. Parce que comme les autres fois, c’est moi qui écope toute. C’est moi qui me coupe complètement de ma vie sociale et sexuelle. C’est moi qui vis dans la peur. Toujours la survivante qui écope. J’ai mal de voir que lui, sa vie sociale et sexuelle continuent comme avant. Que lui, il n’a pas plus mal que ça. Que quand je lui demande de m’appeler parce que j’ai à lui parler, il ne retourne pas mes appels.

J’aime pourtant les hommes lorsqu’ils s’endorment entre mes deux seins, leurs bras autour de ma taille après l’amour. J’aime pourtant leurs histoires, leurs caresses et nos rires. Oui, j’aime les hommes, de tout mon cœur. Mais oui, je déteste les hommes lorsque, le soir, j’ai peur d’eux. J’ai horreur d’avoir à gérer mes trous quand ils sont autour de moi. J’ai honte de mon corps devant leur regard. J’ai honte de moi lorsque je n’ai pas autant de connaissances qu’eux, lorsque je n’ai pas la parole aussi facile. Je déteste les hommes lorsqu’ils me coupent l’égo en petites rondelles, qu’ils me poignardent la confiance, qu’ils saignent ma vie pour ensuite s’en aller de bon train et que l’on dise : «Ah, pauvre de lui, il a des restrictions.» Ah ben oui, et moi, j’suis juste anéantie.

Trop minée pour «être dans mes affaires».

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