Grosse[s] Boule[s], etc.

Des histoires soft sexu de boules, par Salomé Landry

Month: August, 2015

Bombes et trous

J’me sens toute trouée, c’est vrai. Un trou derrière les genoux là où je cache mon cœur, un trou dans mes pieds qui ne savent plus où ils vont, un trou dans l’estomac qui se recroqueville en petite boule, un trou dans le dos qui ne sait plus se tenir, un trou entre mes deux seins qui perdent tous leurs sens, un trou dans les bras qui ne savent plus prendre comme il le faut et un énorme trou dans la tête qui ne sait plus quoi penser.

Je ne sais pas faire de la poésie. Je ne sais pas parler de lèvres en bataille, ni de flanc blanc et sinueux. Je ne sais pas décrire le vent qui bardasse les maisons ni les charmes des autres qui me défoncent l’estomac. J’aimerais pourtant. J’aimerais m’arracher le ventre par écrit et parler de mes entrailles en feu qui se déballent par terre sous mes yeux ébahis. Je voudrais faire des parallèles entre mes vagues à l’âme et la mer. Je voudrais être capable de décrire tout comment j’ai mal quand j’ai mal pour de vrai, pour me faire du bien à moi et aux autres. Je voudrais, pour une fois, arrêter de parler de mes boules et d’amour cute. Parce que j’ai épuisé mes histoires cutes et parce que mes boules ne servent plus à rien depuis que j’ai peur.

Je ne sais pas si c’est correct d’avoir mal comme je peux avoir mal, je ne sais pas si c’est normal. Je ne le saurai jamais, peut-être. Parce que je ne sais pas dire, je ne sais pas comment écrire la douleur physique qui vient du mal du cœur. Ce n’est pas comme une crise cardiaque et c’est pire que la respiration qui halète, que la respiration qui stoppe complètement. C’est des larmes sur les joues qui brûlent un peu toutes tes joues, c’est les pieds qui flanchent et les genoux engourdis, c’est la boule dans le ventre qui te prend toute ton énergie, c’est ta tête qui ne peut pas penser à autre chose mais le pire de tout, c’est de se demander si j’aurai mal comme ça toute ma vie, si un jour ça passera, si un jour je n’aurai plus mal. Et même si on se rend compte, au bout de sa vie d’aujourd’hui que oui, les vagues à l’âme portent bien leur nom car elles reviennent et quittent pour mieux revenir et, éventuellement, mieux quitter, quand elles sont là, vraiment là, qu’elles t’emprisonnent dans leur torrent, dans leurs remous incroyables, que tu ne peux plus respirer ni voir plus loin que l’écume des vagues qui est là, dans tes yeux, il prend une force d’esprit impossible pour penser que oui, ça passera, que non, la douleur ne sera pas aussi intense pour toujours.

Il arrive des fois où mon grand corps rempli d’amour ne peut plus donner ni recevoir, même si il le veut. Il arrive des fois où mon grand corps, à force de donner de l’amour, se sent comme la pute de service. J’suis vulgaire, j’sais. Je suis celle que l’on appelle pour mieux repousser ensuite, pour mieux quitter, sans un mot, sans rien dire. Je suis celle à qui l’on promet l’impossible pour ensuite mieux aimer quelqu’un d’autre. Je suis une pratique, une pratique et rien d’autre. Je suis celle que l’on peut avorter de tout, même de son amour et de ses plus grandes passions pour un moment aux côtés de quelqu’un qui ne m’aime pas pour de vrai. On m’avorte de tout parce que je ne sais rien gérer, parce que la moindre parcelle de responsabilité est trop grande pour moi, parce que tout le monde sait que mes épaules flanchent facilement, parce que personne n’a envie de gérer ça. Je suis facile à flusher, plusieurs fois. J’aurais, pour une fois, envie de tout sacrer-là, de LE sacrer-là. Parce que je ne veux pas être une pute de service et pourtant, c’est ce que je suis, alors je me résigne. J’essaie de me faire croire que c’est pas grave, que oui, peut-être au fond, on s’aime. Et c’est faux. Je le sais très bien que c’est faux. Il ne m’aime pas. Ou en tout cas, pas comme les autres, pas comme L’autre.

Tout le monde se gère mal dans cette histoire. C’est des malaises par dessus des malaise, des cœurs brisés par dessus cœurs brisés et tout le monde endure, même après les bières en braillant dans le char sous la pluie. Même après les besoins d’avoir quelqu’un avec toi toute la nuit parce que c’est juste trop difficile, trop difficile de tenir la route, parce que je suis tombée à côté du train de la vie et que maintenant il commence à me rouler tranquillement dessus. Maintenant mes genoux se sont cassés, maintenant mes petits bouts de cœur commencent à gicler, à saigner, à se vider de leur jus sur les rails rouillés parce que ce qu’on pourrait appeler «amour», c’est pas pour les peureux et que je n’ai jamais voulu être peureuse. J’aurais voulu être la plus grande guerrière de tous les temps, j’aurais voulu être la plus forte, j’aurais voulu être fière de moi. J’aurais voulu être celle qui brise les cœurs plutôt que d’être celle qui se fait tout le temps couper le cœur en rondelles même si c’est ingrat comme rôle. Le rôle de la gentille est difficile, ils en ont de la chance, les méchants, les grands crétins.

Kouna

Quand mon père est venu me chercher, j’avais la tête dans le cul. Dans l’auto, j’avais envie de sauter à tout le monde dans ’face. J’voulais juste voir Keith. J’regardais les blocs de bétons gris passer par la fenêtre, j’avais juste hâte d’arriver au show. C’était une des nombreuses journées où c’est que les choses allaient pas comme j’le voulais, j’attendais juste Keith pour faire baisser mon temper parce que ses tounes sont un peu comme un gros baume pour tous mes bobos. Mettez-y pas du poly, mettez-y Du Plaisir et des Bombes. Rien que pour ouvrir un peu ton bobo, pour jouer dedans pour qu’il se referme mieux. J’avais hâte de me faire jouer dans les bobos en live.

La première partie était plate, j’avais presque pitié du gars. C’était un type typique Canadian style avec le petit chapeau laitte, les cheveux roux, la barbe, les grosses lunettes laittes et le style un peu hipster-prepy-chic pour faire semblant de nous mind blown. La foule de hipster-trop-cool-pour-ça-moi-je-connais-tout s’en calissait ben raide et mon vieux côté hipster est ressorti parce que moi avec je m’en calissait. Le gars a voulu jouer au petit jeu hipster en lâchant de douces vacheries entre ses tounes. C’était malaisant comme le criss, tellement qu’il a dit son nom en le marmonnant. Je crois pas qu’il a vendu des albums c’te soir-là avec ses tounes patriotiques calmes sur le Canada. Ça a beau être swell pis toute, ça reste une toune patriotique. Come on dude, lâche le colonialisme.

Comme c’était plate, j’ai eu le temps d’étudier la crowd. C’était des hipsters mais au moins c’était pas le genre d’hipsters avec des apparats de malade qui essaient de voler le show ou de je sais pas trop quoi, d’avoir l’air trop cool parce que toute façon ils ont tout le temps l’air bête. Je me suis rendue compte que ce que j’aime des hipsters, c’est qu’ils boivent de la Pabst. C’était pas de la dry mais tout le monde dans la salle buvait de la Pabst, me suis sentie moins seule. Parce que oui, je bois tout le temps de la Pabst. C’est pas cher et pour vrai, on s’y habitue et ça devient taste, ça devient réconfortant. Vive la Pabst.

Pendant la brève pause entre le canadien épais pis Keith, j’ai jasé insurrectionnalisme et activisme avec des gens pas pire cool qui me posaient des questions qui respectaient pas full la culture de sécurité. J’les aimais bien pareil parce qu’ils étaient down avec mon tatou fuck patriarchy sur ma cheville. Ces gens-là ont généralement un bon fond. En plus ils trippaient sur Keith, j’me suis dit qu’ils avaient probablement trouvé le même remède que moi pour tous les petits maux de l’intérieur.

Keith, il avait juste lui, sa guitare pis un dude avec un piano et un moment donné, une petite machine de beat. C’était tout petit, c’était tout simple. J’avais raison, se faire jouer dans les bobos en live c’était magique. J’étais vraiment touchée, je saurais pas comment dire, comment expliquer ce que je feelais tout en dedans de moi. J’ai rarement été aussi touchée. J’étais tellement touchée que je suis tombée en amour, quand même un peu pour vrai. C’était pareil que quand je veux passer ma vie avec quelqu’un ; je voulais passer ma vie à l’écouter, je voulais lui faire l’amour, sérieusement. J’avais plus peur, j’avais pas peur de lui, peu importe comment soul il aurait pu être. Je l’aimais de cette façon malsaine que j’ai de m’attacher aux gens et de vouloir m’accrocher à eux pour toujours, de vouloir un peu devenir des cygnes. En plus, assis sur son tabouret, il était beau dans ses petits vêtements un peu crotté. Il avait l’air de sentir le swing qui sent bon, un peu épicé, qui chatouille un peu mes narines, qui dégage des phéromones qui me font devenir les genoux tellement tout mous que pour une fois, je sens mon cœur devenir trop gros. J’le sens devenir trop gros et je m’en criss parce que c’est trop beau, je m’en criss d’avoir mal après. Assis sur son tabouret, quand il enlevait sa guitare pour juste chanter par dessus le piano, je voyais sa bedaine. Une raison de plus pour tomber sur mes petits genoux et pour les écorcher encore un bon coup. Il a chanté Pas de panique, je voulais l’embrasser, le mordre fort et enfoncer mes ongles trop courts dans son dos. Je sais c’t’intense, mais tu peux pas comprendre, je crois. Tu le sais pas comment je tombe en amour tout le temps. Et pas de panique il reste encore un kilo de champignon magique.

Quand c’était terminé, j’étais comme sur un petit nuage. J’aurais voulu courir vers lui et le prendre très fort dans mes bras, lui dire l’effet que ses plaisirs, ses bombes et ses années monsieur ont sur moi, sur mes bobos et sur mes genoux tout écorchés qui cache un cœur dans leur creux. C’était ma première ellipse dans le temps depuis mon retour de voyage qui était en soi une immense ellipse dans le temps. Un grand trou qu’on pourra jamais plus toucher. Un grand nid doux et chaud. Mais j’ai pas couru vers lui, je l’ai pas pris dans mes bras, je me suis retenue, j’ai encore beaucoup de gêne pis je voulais pas avoir l’air groupie.

Après le show, j’écoutais un dude jaser de comment Keith était son meilleur ami et de comment il avait entendu Batiscan avant tout le monde et de comment au début c’était pas trop supposé être sur l’album. Il racontait comment il avait pris la photo pour son album. Ça m’énervait : je me fou qu’il soit ton ami, moi j’suis en amour, foutez-moi la paix. J’ai quand même dû quitter mon nuage un moment donné pour finir la soirée dans une genre de date. J’suis pas douée en date, je m’en rend compte. J’suis plus une fille à coup de foudre, j’ai trop de plaisir à avoir mal aux genoux et au cœur, dans le même mouvement idiot. Les crocs de tes charmes mordent les os de mes jambes.

Même si je suis tombée en amour ce soir-là, j’ai eu envie de me fâcher après tout le monde. Parce que j’ai fini avec trop d’alcool dans le sang à boire un yop à la place d’une bière parce qu’il y avait pu de bière chez lui. Aussi parce que dans le bus j’ai croisé un gars qui se pense meilleur que tout le monde: son but dans la vie c’est de basher des groupes de musique je crois et de m’expliquer à quel point les Black Lips chillent chez lui. J’ai fini la soirée à pas savoir comment baiser. J’avais tout oublié. J’me suis sentie poche. Peut-être j’avais trop de choses dans la tête. Fuck off. J’me sens trou de cul / j’me sens minable / j’me sens un petit petit peu mal.

P’tit blues

Depuis quelques jours, je bute, je bloque, je bogue. Ça marche juste pas. Je voulais parler de mes péripéties pour devenir adulte ou du moins, plus mature. J’arrive pas à synthétiser, j’arrive pas à faire ça beau. D’habitude j’écris mes textes one shot vite comme ça et je ne me relis pas tout de suite, je le relis des semaines ou des jours après l’avoir mis en ligne. Ça sortait pas one shot, j’ai abandonné. J’suis poche comme ça, incapable de surmonter les montagnes de ma création. J’suis une créatrice vedge.

Je voulais vous parler du changement que j’ai fait dans ma couleur de cheveux qui fait en sorte que j’ai l’air plus vulgaire quand ils sont détachés. J’ai l’impression qu’on voit plus mes seins parce que c’est ce que tout le monde regarde ces temps-ci. J’le sais qu’ils sont correct gros, j’le sais qu’on les voit tout le temps, j’le sais que je m’habille sexy. En attendant de sauter dans le lit avec moi, j’ai quand même des choses intelligentes à dire et de la conversation à faire. J’te montrerai mes seins plus tard, peut-être. En attendant, fuck off.

Je voulais aussi parler de mes dates que je me suis settée cette semaine pour être un peu plus adulte. Une belle sortie gratos au biodôme qui se termine en petite tristesse de sentiments confus qui me donnent envie de brailler, un peu beaucoup. Une fois où il y a pas grand chose à dire, tellement que la petite chatte chez lui m’intéressait plus. Il était cool, il me rendait juste très indifférente. J’avais pas le gout d’être là. Et une dernière sortie qu’on repousse parce que finalement, ça fitte pas dans nos horaires. Jamais eu beaucoup de succès dans ces affaires-là. Peut-être finalement les boys c’est trop complicated pour moi. Un peu comme la tune d’Avril Lavigne.

J’avais aussi envie de mentionner la grande gueule que je me cultive depuis le début de l’été. Elle s’en vient grande en tabarnack. Je crie aux gens ce que je pense. J’ai l’impression que ça fâche les gens. Non mais. On peut tu se parler ? On peut tu se le dire que ça va pas ? Parce que ça va pas. Non. Ça va pas.

Ça va pas aussi parce que grandir et sortir de ma petite adolescence qui me tient prisonnière, c’est comme un gros down. J’suis juste pas là, je suis juste pu, j’arrive pas à keep it up comme on dit même si j’ai jamais dit ça. Parce que j’avais juste oublié de m’inscrire à l’école et que quand j’ai été, ben je m’étais trompé de journée. J’ai voulu brailler.

Je voulais écrire un truc de bon parce que j’avais envie de mettre quelque chose en ligne et finalement je me ramasse à écrire des choses que j’aurais voulu écrire mais que j’ai pas pu écrire. Des choses que je vais essayer d’écrire plus tard pour faire un texte béton mais que ça arrivera pas, ça arrive jamais ces affaires-là. Je suis trop toute tout croche à cause des élections qui me font me chicaner avec tout le monde. À cause des causes féministes qui se font barouetter de tous bords tout côté et qui barouettent mon p’tit cœur dans le même mouvement. Je suis toute tout croche parce que j’me sens tout le temps deuxième, parce que «ses sentiments pour moi ont changé» et que je sais pas ce que ça veut dire. J’ai pas envie d’être en stand by, je veux tout, tout de suite et ici, comme dans la tune d’Ariane Moffat, sauf que je rajouterais tout le temps. Je suis un peu toute tout croche aussi parce que ce matin, à la place de faire des choses constructives et d’écrire mon texte, justement, j’ai écouté des vidéos d’Avril Lavigne et j’ai trouvé ça absurde, mais ça m’a donné des frissons, t’sais, quand rien marche comme il l‘faut. Peut-être ça me fait juste trop penser à quand j’aspirais à devenir Avril pis que je m’habillais exactement pareil. J’t’ai swag avec ma cravate. Ça m’a pas aidé à avoir des relations saines par contre. J’suis encore toute pognée à chercher mon cœur en arrière de mes genoux et à la cruncher à chaque fois que je marche. Pour ça que mon chat sur ma cuisse il fait saigner un cœur. Mon âme jute, j’suis pas encore assez grande pour me protéger.

Étoiles, coeur, étoiles, coeur, étoiles.

Les étoiles étaient belles mais j’ai pas vu la lune. Couchée dans le hammac, un pied au sol, j’ai plongé ma tête dans le paysage qui s’offrait à moi: des grands arbres, comme en érection, qui s’enfoncent doucement dans la grande touffe sombre formée par les feuilles. Dans les quelques trous de feuilles: des bribes de la voie lactée, un écran d’étoiles foisonnantes. Me suis laissée aller malgré les conversations qui se tenaient autour de moi. J’ai laissé tombé mon féminisme quelques instants, toute mis de côté pour regarder devant moi et me dire que c’était beau. Simple de même, niaiseux de même. Peut-être tu peux pas comprendre cette capacité que j’ai de m’enfermer un moment à l’intérieur de ce qui m’entoure; prendre un peu le temps de toucher et de regarder ce qui m’entoure, de le sentir, de sentir mon bas ventre, mon obsession, mais j’te jure que c’est fantastique, que si je pouvais je t’y emmènerais avec moi. Mais ça marche pas de même. Ça marche jamais simple de même. Tu peux juste me croire pis chercher ton univers à toi. Le seul problème c’est qu’après c’est dur de partir, c’est dur d’aimer les autres, de pas les trouver caves.

Un moment je suis même aller plus loin. J’savais pas trop pourquoi mais fallait que je me lève, ça me poussait dans le cul: «Aweille reste pas icitte c’est plusse beau là bas.» Je marchais un peu croche avec toutes les racines pis toute mais je me suis rendue où c’est que c’était beau: me suis couchée sur un tronc d’arbre à l’horizontal avec un immense écran d’étoile devant moi; pas d’arbre pour cacher. Y’avait trop de choses, je savais pu où regarder. Je voyais la voie lactée comme un ruban dans le ciel et les milliards d’étoiles autour comme des flocons de neige qui te tombent dans face pendant les tempêtes où c’est que toute ce que tu peux faire pour rendre ça moins pire c’est de sortir la langue pour attraper quelques flocons fondants. Je cherchais la petite ourse parce que c’est la seule que je connais pis je la trouvais pas, je savais pas où regarder, alors j’ai chercher l’étoile polaire pour savoir où c’est qu’était le nord mais il y avait trop d’étoiles belles et assez brillantes pour me crever les yeux alors je l’ai pas trouvé. Je me suis demandée si c’était parce que j’étais à l’envers comme je me trouvais à l’autre boutte du dit Canada-marde. Je sais que ça a pas rapport, je sais que c’est pas intelligent de penser comme ça mais dans mon scénario de livre de film de ma vie ça marchait. Parce que toujours dans pleins de chansons ils parlent d’avoir la tête à l’envers, parfois même dans les étoiles. Sur le coup ça fittait, c’était presque scientifique. Qu’est-c’est que tu veux, c’était comme ça. Les ondulations fittaient sur le plat de la petite vie plate de tous les jours.

L’univers magique dont j’te parle il est là, dans les bosses formées par les ondulations. Ça sert à rien de chercher en dessous des roches et entre l’écorce et le troncs des arbres. Moi il est entre ma craque de correct gros sein, sous mes côtes en forme de vagues pas d’allure, dans mes cuisses trop grosses, dans mon entre cuisse un peu traumatisé un peu mouillé. Parce que ils et elles avaient tous et toutes quelque chose qui me faisait tripper jusqu’à ce que les autres choses rattrapent le reste et m’écoeurent. Au début, c’est la grandeur, la bedaine, le mullet, les bouttes de cheveux absents, les mamelons cutes, les mollets musclés, les becs mouillés pas bien mais jolis quand même, les mains qui farfouillent un peu partout, les seins lousses pas de brassières, la naissance des seins sous les décolletés, les lettres d’amour, la frivolité, les mots doux au téléphone et les cuisses en tronc d’arbre poilues. -Avant il y avait aussi leur regard quand je savais que mon petit jeux marchait quand je savais qu’ils pouvaient pas se retenir d’avoir envie de moi, quand je les excitais trop. Quand je tenais à avaler, à être sur le top pour faire mon show de seins. Pis j’ai pogné un coup de gêne, je fais pu ces affaires-là. – Après il y a leur façon de se tenir qui m’écoeure, tous leurs défauts corporels qui me flashent dans face, leur intelligence que je remets en doute jusqu’à les trouver complètement débile, leur haleine du matin qui commence à me déranger, leurs mains que je trouve qu’ils-elles utilisent pas comme du monde pis toute les reste qui me fait rire jaune jusqu’à les trouver poche ou juste me dire que je peux passer par dessus ça parce que anyway c’est stupide toute ce que je me dis comme ça dans ma tête. Mais faudrait juste arrêter quand c’est rendu là parce que leur façon de marcher et leurs mimiques commencent à m’irriter comme le christ.

C’est souvent à ce moment là que mes envies de petits shows reviennent. Je veux les sentir accrochés, attirés, excités pour mieux les repousser, pour croquer leur pomme d’adam. C’est méchant oui, mais c’est parce que quelque part au fond de moi, je les déteste un peu, ils et elles me font du mal souvent. Peut-être parce que ils et elles savent pas regarder les étoiles comme moi, parce qu’ils et elles ont pas d’histoires cachées à me raconter, que je me suis lassée des tounes qui me faisaient penser à eux, parce qu’ils et elles comprennent pas ce que c’est d’être moi, parce qu’ils et elles voient pas mon univers magique duquel je leur lance quelques bribes, quelques flashs. Pis s’ils et elles s’intéressent pas à ce que j’écris je m’échoue encore plus loin d’eux, j’ai pas envie d’eux, je veux rien savoir d’eux, sont pas bens les pauvres malheureux, ils et elles pourront jamais me connaitre s’ils et elles savent pas regarder les étoiles comme moi.

Les hommes, les hognes, la hargne

Je me retrouve dans «mes affaires». T’sais quoi ? C’est quoi, «mes affaires» ? J’étais bien avec ma tente, mes quatre paires de bobette, mes deux camisoles, mon t-shirt, mes shorts, ma jupe et ma veste de patch. J’me sentais plus complète que dans «mes affaires». Parce que j’ai toute jeté avant de partir anyway. Une commode, un lit, un garde robe et une bibliothèque. J’avoue que ça me manquait, surtout la bibliothèque. Sentir les livres et les écrire. Reste que rendue icitte, ça me manquait pas tant que ça et la vie m’angoisse. Je dresse chaque nuit la liste des choses qui m’angoissent :

  • Me trouver un endroit où vivre ;
  • Me trouver un travail ;
  • Régler mes papiers de sous ;
  • M’inscrire à l’école ;
  • Vivre ;
  • Les hommes.

Surtout eux. Parce que j’ai connu des hommes pro-féministes, des hommes alliés, qui avaient l’air legits. Laisse moi te dire qu’une fois l’agression passée, c’est dur de pas tous les mettre dans le même panier. Je les déteste un peu, j’ai un peu peur d’eux et je les aime un peu.

Je lui ai parlé de mes agressions, il avait l’air de comprendre, il avait l’air solidaire. Il m’a aidé à passer par dessus. Je lui ai raconté comment mes agresseurs, suite à l’agression, avait été des mardes. À quel point ils avaient été encore plus poches qu’ils ne l’étaient déjà. Il les maudissait, lui aussi. J’ai quand même été agressée quatre mois plus tard. Même s’il s’est pas sauvé par la fenêtre sur le coup, même s’il m’a écouté et m’a proposé une justice réparatrice, il est devenu une marde. Encore plus parce que je lui faisais confiance. Fucken’ confiance.

Moi, de mon bord, je veux pas en parler. J’en ai parlé à deux personnes ressources et à lui. J’avais confiance que ça se réglerait vite. Ben non. Même s’il est ouvert à toute, même si on reste «proche» d’un accord des deux bords, même s’il veut faire réparation, il devient une marde. Parce que comme les autres fois, c’est moi qui écope toute. C’est moi qui me coupe complètement de ma vie sociale et sexuelle. C’est moi qui vis dans la peur. Toujours la survivante qui écope. J’ai mal de voir que lui, sa vie sociale et sexuelle continuent comme avant. Que lui, il n’a pas plus mal que ça. Que quand je lui demande de m’appeler parce que j’ai à lui parler, il ne retourne pas mes appels.

J’aime pourtant les hommes lorsqu’ils s’endorment entre mes deux seins, leurs bras autour de ma taille après l’amour. J’aime pourtant leurs histoires, leurs caresses et nos rires. Oui, j’aime les hommes, de tout mon cœur. Mais oui, je déteste les hommes lorsque, le soir, j’ai peur d’eux. J’ai horreur d’avoir à gérer mes trous quand ils sont autour de moi. J’ai honte de mon corps devant leur regard. J’ai honte de moi lorsque je n’ai pas autant de connaissances qu’eux, lorsque je n’ai pas la parole aussi facile. Je déteste les hommes lorsqu’ils me coupent l’égo en petites rondelles, qu’ils me poignardent la confiance, qu’ils saignent ma vie pour ensuite s’en aller de bon train et que l’on dise : «Ah, pauvre de lui, il a des restrictions.» Ah ben oui, et moi, j’suis juste anéantie.

Trop minée pour «être dans mes affaires».

Bulle d’aimants

Revenir de voyage, c’est comme une grosse peine d’amour avec un immense coup de poing dans la face, le tout mélangé avec un sentiment de satisfaction incertaine de retrouver tes petites affaires et ton monde. À soir, j’ai le cœur gros. J’ai le cœur qui a un peu envie de péter pareil comme les beignes fourrés qui splashent par le trou quand tu mords trop fort de l’autre bord. Oui, j’suis fourrée ben raide. Dans tous les sens du terme, à part de ça. Pis j’suis écoeurée de parler du temps qu’il faisait à tel ou tel moment quand je raconte des histoires. Parce que la température c’est pas important, c’est le temps qu’il fait à l’intérieur de soi qui est plus important. Je sais bien que c’est quétaine mais c’est un peu comme ça pareil. Who cares que quand on s’est engueulés cette fois-là il pleuvait dehors. Ça changera pas le dialogue pour autant.

Mais bref, reste qu’à matin, le lever du soleil sur les nuages c’était beau. Une dernière petite poésie de voyage après les 26 anecdotes notées dans un carnet qui constituent même pas le millième de toutes les anecdotes qu’on aurait pu écrire. Parce que c’était toute une anecdote au complet ; c’était un peu comme pas réel. J’sais pas c’était quoi l’idée de partir pour le classique on-sait-pas-combien-de-temps avec une personne avec qui tu partages des sentiments sales, mélangés et fucked up. J’sais pas c’était quoi l’idée mais c’était une christie de bonne idée. On a créée une bulle dans le temps. Notre bulle. Une bulle qu’on a partagée avec d’autres gens mais c’était notre bulle à nous autre pareil. Une ellipse temporelle qui reviendra plus jamais mais qui était belle, pas mal tout le temps.

Je recommencerais toute pareil, je changerais rien, même si je pourrais pas dire quelque chose de plus quétaine en ce moment. Parce que j’ai aimé piquer des clopes à des danoises et les fumer couchée dans le lit de leur van en écoutant Pumped up kicks, ou quelque chose de même, même si je trouve cette toune là à chier d’habitude. Pis y’a aussi eu la fois du jeep avec la toune quétaine qui me donnait envie d’embrasser tout le monde juste parce que ça disait «I want to kiss you, make you feel alright». Le nudisme aussi était exquis parce que même si le BC ça m’a fait engraisser, j’étais un peu plus à l’aise dans ma peau. Pis en quittant la bulle, en quittant celui qui a été un peu mon autre moitié pendant deux mois, j’ai pas mal eu envie de brailler, j’avoue.

Chez nous, je retrouve mes pestes, mes ami.e.s, ma famille pis mes chats. Je retrouve surtout la vie que j’ai laissé en plan avant de partir. C’est un peu vide parce que j’avais pas mal toute jeté avant de partir. J’me suis rendue compte que j’avais pu de bobettes du tout, ça fait que ma mère a été m’en acheté 10 en rabais chez La vie en rose. C’était sweet de sa part pis en plus elles sont sexy, juste comme je les aime. J’ai pas défait mon sac, j’étais trop occupée à faire des câlins à une de mes meilleure amie et à boire des coupes de vino pour me rappeler que je suis de retour dans mon quotidien vino-études. J’ai mis ma robe à fleur dans laquelle j’ai l’air encore plus grosse que je le suis déjà, genre 15 ou 20 livres en plus, mais qui me donne l’air d’avoir des seins vraiment cool. J’avais reçu pas mal de courrier. Pleins d’affaires d’administration, j’ai rien compris à mes finances pis à comment j’étais supposée recevoir mes crédits d’impôt pour solidarité. La vie d’adulte, ou plutôt la vie réelle, c’est encore un peu compliqué pour moi ça fait que j’ai acheté un bracelet à 3 piasses home made sur etsy d’une fille très cool. J’sais pas pourquoi j’ai fait ça, peut-être pour marquer le fait que je suis devenue une adulte pas responsable qui se fait tatouer fuck patriarchy sur les chevilles.

Le retour est rough.

La fin était rough.

Qu’est-ce qu’il y a d’autre à dire ? Rien.

Si lui se souviendra de mon dos quand il pensera à moi, toute sa vie ou pas je sais pas, et de mes tresses qui me rendaient cute en date de révolution, moi je vais me souvenir de son odeur et de sa douceur tendre cachée sous tout le reste. Ses histoires aussi. Celles que t’apprends à connaître par cœur. Y’a aussi l’histoire du voyage qu’on partage un peu. Beaucoup. Mais cette histoire-là, elle est trop longue et complexe pour que je vous la raconte au complet. J’peux seulement vous dire que c’était chaud ; ça change rien.