Les infidèles

by salomelandry

Sous le soleil trop chaud qui soule et qui enlève le gout de se coller, mon bronzage s’et troué. Une mappemonde sur mes bras, les grands lacs dans son dos. Entre nos conversations désagréables, nos conversations agréables, les orages et les siestes ponctué-e-s, j’ai compris que j’avais pas toute toute réglé dans ma vie mais que j’avais l’esprit haltérophile. Que même si le vent était encore capable de m’emporter avec lui comme il le fait avec les nuages ici, mes racines s’encraient. Que si mes relations sont toujours aussi malsaines, c’est que je ne suis pas prête à venir en paquet de deux; que j’ai dix-huit ans et que j’aime encore les tounes d’amour en cachette; que j’expérimente encore ma féminité-rose-paillette-brillante. Les orges m’emportent encore, malheureusement ou heureusement. Je suis quand même capable de fermer les fenêtres pour que les rideaux se mouillent pas trop. 

 Notre petite maison dans l’Okanagan et un peu comme moi; pleine de fuites. L’eau s’infiltre et fait des flaques au sol, aux rebords des fenêtres et sur les rideaux. Lors des gros orages, on perd le courant et on voit plus rien. Mais les flaque ça sèche et le courant ça revient. Le temps il passe, oui il passe. Il faut savoir étendre les serviettes pour arrêter les hémorragies internes et allumer la chandelle. Ensuite ça passe, les belles choses reviennent. 

 L’Okanagan c’est aussi la sécheresse intense, la chaleur écrasante qui fait fondre mes cuisses et tout le reste. C’est le cidre Grower qui rentre trop vite une fois sur deux. C’est mes partners de voyage qui, même dans nos silences, sont agréables. 

 J’ai appris la route autrement; les arbres immobiles et les voitures qui passent. J’ai fait l’impossible Ontario, la malédiction de Wawa, les ennuyantes prairies et les impressionnantes rocheuses. Entre les rides courtes mais sympathiques et marquantes et les longues rides qui tournent au vinaigre, j’ai appris à connaitre un ami pas comme les autres; quelqu’un que je voudrais de tous les combats, quelqu’un que je n’ai pas peur de remettre à sa place, quelqu’un de réconfortant, quelqu’un qui a toujours une histoire à raconter mais qui sait se fermer la gueule; quelqu’un avec qui je suis bien. J’ai boudé, j’ai braillé, j’ai été en criss. C’était beau quand même; j’ai traversé 4000 km presque seule, chaque kilomètre m’éloignant un peu plus de tout ce que je connaissais. Les cannes de thon sont devenues presque bonnes et les bords d’autoroutes sont devenus une bonne place de dodo. J’ai appris la vie autrement et j’ai découvert une belle simplicité. Je me suis aussi, par moment, ennuyée de mes ami-e-s, de ma famille, de ma chambre pour écrire, mais jamais de mes affaires.  

Même si je me trouve maman et que mes instincts me déchirent, j’ai rencontré des personnes incroyables; mon ami et une amie qui est vite devenue complice de tous mes moments. Entre les histoires de flattages et de craquages de dos, je me complais à regarder les montagnes endormies et à endurer les maux de ventre qui arrivent sans prévenir.  

Je me suis rendue compte, à travers nos mots, que nous sommes des infidèles. Des infidèles de couple, de paroles et de mode de vie. Que mes scénarios pré-préparés étaient infidèles, que tout foutait le camp tout le temps comme moi et que cette beauté là me forçait à continuer juste comme ça et à me rapprocher des gens qui m’entourent. Les plans infidèles rapprochent. Nos infidélités rythment nos relations. Nos infidélités blessent et font mal, par moment. Nos infidélités sot magnifiques même si elles me fouettent en pleine face. 

 Elles me fouettent en pleine face comme le vent des décapotables, comme dans le jeep décapotable. La musique à fond “I wanna kiss you, make you feel alright”. Sans savoir pourquoi cette toune m’a attirée. Les petits moments parfaits de la route.  

Au fond la vie c’est l’impression d’être libre, c’est la possibilité de ranger sa vie en deux minutes et de partir n’importe où. C’est sa tente et son sac qui constituent tout ce qu’on a. C’est la confrontation à soi-même et la possibilité de toute crisser là, quand tu veux. C’est les petits moments silencieux et complices qui font oublier tout le reste. C’est de prendre soin des autres et de les laisser prendre soin de toi. C’est la longue aventure interminable que tu entretiens un peu à ton gré. C’est aussi de lire les autres, de développer de nouvelles complicités, de nouvelles amitiés qu’on a envie de garder longtemps, malgré les acros. 

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