La route sur ma peau

by salomelandry

Je combats aujourd’hui ce qui a un jour été ma plus grande peur. Pas celle de tomber enceinte, ni celle de me faire avorter, pas même celle de mourir. Celle de tout quitter et de partir, pour un boutte, loin, sans ma famille. J’en ai rêvé des nuits entières sans jamais être capable de sortir de chez moi, comme une ermite. J’ai appris avec le temps que les envies de mourir passent souvent et que même si elles reviennent, elles passeront encore. J’ai appris que le temps passe et qu’il ne faut pas le laisser s’emparer de nous et devenir long. J’ai appris que l’on peut toujours faire quelque chose de beau de ses démons. J’ai compris que j’étais pas bien et ça m’a fait du bien.

J’ai eu envie de lever les voiles comme on dit et de me péter la gueule. Pas littéralement ; je trippe pas trop automutilation. J’ai eu envie de me dire que cette fois-ci, mon anxiété ne me paralyserait pas. Parce que même si la peur et la mort frenchent crissement bien, j’ai trouvé des affaires que j’ai plus envie de frencher avant de les retrouver, celles-là. J’ai envie de sentir la pluie m’inonder au mauvais moment, de sentir le petit voile de vent frais sur mon visage et la chaleur écrasante sur mes épaules. J’ai un chapeau pis de la crème solaire, inquiète toi pas maman. J’ai aussi envie d’aller voir jusqu’au bout de mes relations et au bout de ma relation avec moi-même. Ben trop spirituelle, la fille.

J’pense que je vais brailler. C’est clair que je vais brailler, je braille tout le temps. Je vais trembler, je peux pas m’en empêcher. Mais il paraît que dormir collé ça aide. On fera dodo comme ça, peut-être le vent nous trouvera un peu cute dans nos sleeping bag nauséabond.

Mais je vais être seule, un peu libre. La liberté me rend anxieuse. Peut-être parce que je l’aime trop. Peut-être parce que entre les médocs forcés et la paralysie des émotions, j’ai oublié ce que c’était de choisir pour soi. La petite anémique tout le temps su’l bord du gouffre dans sa robe d’hôpital, elle était juste contente de bouffer du chocolat. Esti de liberté à marde quand t’as pu le droit de quitter ton lit pareil. La petite, a me fait honte. Aujourd’hui, je la prends par la main et je la traine l’autre bout du continent, en espérant qu’elle grandisse encore. En espérant qu’elle se révolte contre les barreaux sur sa fenêtre. Révolte toi contre ta fucken’ prison. Au fond, elle est pas si folle. Les fous, ils essaient de les cacher pis de les enfermer. Juste un peu space. Mais je vais la sortir un peu, lui faire voir le soleil. Qu’elle le trouve beau ou laitte, l’important c’est qu’elle le voit. Inquiète toi pas Poupette, je vais te mettre de la crème solaire sur ta peau transparente. Si elle choisi de plus jamais revenir parce qu’elle aime trop ça la liberté, je vais la laisser là bas, vagabonder où c’est qu’elle veut. P’tit-ange.

J’vais bien. Faut que j’aille vivre un peu.

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