Grosse[s] Boule[s], etc.

Des histoires soft sexu de boules, par Salomé Landry

Month: June, 2015

La route sur ma peau

Je combats aujourd’hui ce qui a un jour été ma plus grande peur. Pas celle de tomber enceinte, ni celle de me faire avorter, pas même celle de mourir. Celle de tout quitter et de partir, pour un boutte, loin, sans ma famille. J’en ai rêvé des nuits entières sans jamais être capable de sortir de chez moi, comme une ermite. J’ai appris avec le temps que les envies de mourir passent souvent et que même si elles reviennent, elles passeront encore. J’ai appris que le temps passe et qu’il ne faut pas le laisser s’emparer de nous et devenir long. J’ai appris que l’on peut toujours faire quelque chose de beau de ses démons. J’ai compris que j’étais pas bien et ça m’a fait du bien.

J’ai eu envie de lever les voiles comme on dit et de me péter la gueule. Pas littéralement ; je trippe pas trop automutilation. J’ai eu envie de me dire que cette fois-ci, mon anxiété ne me paralyserait pas. Parce que même si la peur et la mort frenchent crissement bien, j’ai trouvé des affaires que j’ai plus envie de frencher avant de les retrouver, celles-là. J’ai envie de sentir la pluie m’inonder au mauvais moment, de sentir le petit voile de vent frais sur mon visage et la chaleur écrasante sur mes épaules. J’ai un chapeau pis de la crème solaire, inquiète toi pas maman. J’ai aussi envie d’aller voir jusqu’au bout de mes relations et au bout de ma relation avec moi-même. Ben trop spirituelle, la fille.

J’pense que je vais brailler. C’est clair que je vais brailler, je braille tout le temps. Je vais trembler, je peux pas m’en empêcher. Mais il paraît que dormir collé ça aide. On fera dodo comme ça, peut-être le vent nous trouvera un peu cute dans nos sleeping bag nauséabond.

Mais je vais être seule, un peu libre. La liberté me rend anxieuse. Peut-être parce que je l’aime trop. Peut-être parce que entre les médocs forcés et la paralysie des émotions, j’ai oublié ce que c’était de choisir pour soi. La petite anémique tout le temps su’l bord du gouffre dans sa robe d’hôpital, elle était juste contente de bouffer du chocolat. Esti de liberté à marde quand t’as pu le droit de quitter ton lit pareil. La petite, a me fait honte. Aujourd’hui, je la prends par la main et je la traine l’autre bout du continent, en espérant qu’elle grandisse encore. En espérant qu’elle se révolte contre les barreaux sur sa fenêtre. Révolte toi contre ta fucken’ prison. Au fond, elle est pas si folle. Les fous, ils essaient de les cacher pis de les enfermer. Juste un peu space. Mais je vais la sortir un peu, lui faire voir le soleil. Qu’elle le trouve beau ou laitte, l’important c’est qu’elle le voit. Inquiète toi pas Poupette, je vais te mettre de la crème solaire sur ta peau transparente. Si elle choisi de plus jamais revenir parce qu’elle aime trop ça la liberté, je vais la laisser là bas, vagabonder où c’est qu’elle veut. P’tit-ange.

J’vais bien. Faut que j’aille vivre un peu.

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La prose de salle de bain

Je suis poche à la guitare. J’aime ça en jouer pareil. C’est juste parce que j’aime chanter, en fait. Quand je chante toute seule, je me trouve poche. Avec la guitare, je peux faire semblant que je chante du folk sale pis me faire à croire que je suis bonne. Mais ça, c’est un next level d’intimité : tu me verras jamais faire ça. Je suis aussi vraiment poche pour écrire des lettres et des histoires d’amour, même si j’aimerais ça être bonne. J’aimerais ça être capable de dire à quelqu’un que son visage en soleil me donne des envies pas possibles sans que ça soit quétaine. Pis j’aimerais ça être capable de vous parlez des mains et des nez des amants. Ils ont souvent des belles mains et des nez incroyables. J’aimerais ça être capable de dire à quelqu’un que dans mon cœur, pour le moment, il est le plus beau sans avoir l’air d’une adolescente attardée qui écrit de la poésie de mur de salle de bain.

Des fois, je suis encore une adolescente attardée qui écrit de la poésie de salle de bain. J’essaye d’être un peu plus adulte, mais dans mes amours ça marche pas. Je suis encore au stade prépubert d’espérer qu’un jour on va juste se dire «je t’aime» pis que ça va être cute pis réciproque. Je le sais bien que ça se passe pas de même. C’est pour ça que je mets des brassières en dentelle toutes molles : pour avoir l’air de comprendre le shit. Mais je comprends rien. Toute ce que je fais, c’est me perdre dans mes pensées de petite fille qui veut devenir écrivaine pis oublier de parler aux autres. C’t’ait clair dans me tête, je l’avais même écrit. Pourquoi ils comprennent jamais rien ? Je prends des photos imaginaires de mes seins dans toutes les situations que je vis pis après j’écris. Cette fois-là, j’avais les boules retroussées pis elle, elle avait les seins plus mous. J’écris de la poésie de mur de toilette pour raconter comment on a baisé sur le bord du feu sur le bord de la rivière sous un pont d’autoroute. Et après j’oublie de mettre mes virgules à la bonne place pis je trouve ça beau, parce que dit à voix haute, ça sonne bien. Pour que quelqu’un comprenne enfin mon univers perdu, faudrait que je lui lise tous mes textes à voix haute. Mais je suis trop gênée pour parler, imagine lire toutes mes affaires. T’es tu fou ? Je serais sur les pins ben raide, je le suis déjà à chaque fois que j’écris.

Parce que oui, quand j’écris, je suis une petite adolescente de cabine de salle de bain. Sur mon ordi, j’ai une playlist de tounes cutes pour écrire pis habituellement, je me mets une brassière en dentelle molle pour me faire à croire que je sais de quoi je parle. Pas de chandail, ça sert à rien. Après je vomis mes pensées. Si vous comprenez pas cette démarche artistique niaiseuse, c’est que vous savez pas ce qu’il se passe entre les quatre murs d’une cabine de salle de bain. Moi je sais. Dans ces cabines il y a des jeunes filles comme moi dans ma crise d’adolescence qui essaient de se faire vomir leur repas. Il y en a d’autres qui ont juste pas mangé pantoute et qui attendent que la période de dîner soit terminée. Il y a des gangs de filles qui se crient des secrets entre les cabines en pensant que personne va l’entendre et aller le raconter à tout le monde. Il y a celles qui ne sont pas là parce qu’elles ont un pénis. Et il y a ceux qui sont là, mais qui aimeraient être de l’autre bord, avec les garçons. Et dans cette toilette-là, celle des garçons, je sais pas ce qu’il se passe : j’y ai jamais été. Tout ce que je sais, c’est qu’entre le mouvement de celles qui passent en coup de vent pour changer leur tampon ou pour se refaire une beauté précipitée, il y a celles qui restent dans la cabine longtemps. Trop longtemps. Elles ont rien d’autre à faire que de vomir et que de pratiquer leur prose de mur de salle de bain. Et quand tu te retrouves face à toi-même, il te reste juste ta honte, ton mal de vivre pis tes amours déchus. C’est ça de la prose de salle de bain. J’ai déjà été de même ça fait que le monde des toilettes, je connais ça. Mais il y a aussi la prose de salle de bain heureuse de celles qui passent en coup de vent et qui n’ont rien d’autre à faire que de penser à leur amoureux qui leur fait oublier leur honte et leur mal de vivre. Parce que je peux pas croire qu’il y ait quelqu’une qui n’ait pas un peu de honte et de mal de vivre bien cachés. Maintenant, je me retrouve dans cette catégorie là de prose de salle de bain.

Dans la catégorie de prose de salle de bain heureuse, la palme d’or revient à celle qui réussit à faire croire aux autres que son septième ciel à elle est une couple de kilomètre plus haut que celui des autres. Toutes les figures de style et métaphores poches sont permises et même encouragées. Il faut faire croire aux autres que vous pourriez pas vivre l’un sans l’autre et qu’il est le plusse beau et le plusse meilleur. T’as aussi le droit d’aller titiller les fantasmes des autres en parlant de son chest musclé pis de son chemin du bonheur. Toute, toute, toute pour écraser les compétitrices, c’est pire que les olympiques.

Sauf que moi, j’ai jamais trippé sur les muscles et j’ai jamais été capable de mentir. Alors je fais de la prose de salle de bain qui essaye de faire avaler aux autres filles de prose de salle de bain que les bedaines c’est vraiment ce qu’il y a de plus cute pis que les pas responsables et pas romantiques sont les meilleurs amoureux de la terre. J’ai jamais gagné la palme d’or de la poésie de salle de bain. J’aurais aimé ça avoir le journal intime en minou rose avec le cadenas pis toute, mais j’ai échoué à la poésie de salle de bain.

J’ai jamais dû décrocher parce que mes lettres pis mes histoires d’amour ressemblent encore à des lettres de petite fille de 15 ans. Même si j’ai envie de dire des belles affaires pis toute. Genre que le ciel il est un peu plus bleu quand je pense à eux, même si dans la réalité il est gris. Sauf que c’est quétaine de faire semblant qu’on est dans un rêve. Pis c’est quétaine de leur dire qu’ils ont un visage de soleil. Ou peut-être c’est juste pas un compliment. J’aimerais ça leur dire que quand ils me disent que j’écris bien, j’ai quinze orgasmes amoureux en même temps et que j’ai envie de serrer leur visage entre mes mains pendant soixante secondes. J’aimerais aussi ça leur dire que quand j’écoute des chansons d’amour en cachette, je pense un peu à eux. Pis qu’ils paralysent tellement mes pensées que mes cahiers que je fais semblant que j’écris des belles affaires pour vrai dedans, ils sont pleins de poèmes de salle de bain à leur effigie. Aimerais-tu ça savoir que j’ai écrit des poèmes de toilette sur toi ? C’est juste que je sais pas comment l’écrire, à quel point je les trouve extraordinaire.