L’introspection

by salomelandry

Tous les jours, je marche. Quand je marche, je pense aux choses que je pourrais écrire. Mais c’est pas vrai que j’y pense juste quand je marche. J’y pense aussi dans mes cours, quand je parle avec des gens et quand je m’amuse à rien faire. Je pense toujours aux mots et ensuite je les écris dans ma tête. Je les écris dans ma tête et après je les oublis et je me fâche. Contre moi-même. Je pense toujours quand même à ce que j’aurais envie d’écrire. Pour les gens ou pour moi, ça n’a pas vraiment d’importance.

Je pense que j’aime ça écouter de la musique quétaine quand je me lève le matin et quand il fait beau dehors. Que j’ai perdu le pot de sauce marinara de mon amie dans lequel j’avais un thé-take-out un matin que j’avais le cœur à terre. Je pense que j’ai tout le temps des réunions pour toutes sortes de comité et que je suis tannée. Je pense aux nombreux textes érotiques que j’ai donnés à mes profs quand je savais pas quoi écrire pour la création littéraire qu’ils me demandaient. Je pense qu’il ne me reste plus qu’un livre à lire avant de finir ma session. Je pense à mon seul caprice d’auteur : que les gens me sollicitent pour leur écrire des choses. Je pense que j’aimerais écrire des lettres aux gens, plus souvent. Je pense aux petits mots que je laisse chez les gens quand je quitte et qu’ils dorment. Je pense à tous ces petits mots qui sont rendus sur les frigos et sur les murs de chambre. Je pense à mon ami que j’embrasse tout le temps sur la bouche, même quand on a pas couché ensemble. Je pense aux chapeaux de pêcheur. Je pense à mes collants qui sont tous troués. Je pense à l’appropriation de mon corps par le poil : juste sous les bras, le reste est travaillé ou rasé. Je pense que j’aime ça de même. Je pense que j’ai peur que les gens me trouvent trop féminine. Je pense que j’ai peur que les gens me trouvent trop masculine. Je pense que je sais pas pourquoi c’est dix-point-UN, pourquoi pas juste dix. Je pense à tous les mots que j’ai oubliés. Je pense à mes angoisses nocturnes et à mes insomnies. Je pense aux chansons qui me font tomber en amour. Je pense à mon kimono qui a été témoin de toutes mes relations plus ou moins sérieuses. Je pense que je suis tout le temps jalouse même si je trouve pas ça beau. Je pense que la vie c’est pas toujours beau. Je pense que moi non-plus je suis pas toujours belle. Je t’aime, moi non-plus.

Un jour j’ai pensé que je pouvais écrire toute ma vie sur la même personne. Un jour j’ai pensé que je pouvais écrire toute ma vie sur mon amoureux. Un jour je me suis rendue compte que ça marchait plus. Un jour je me suis rendue compte que ça n’avait pas de bon sens. Un jour c’était plus mon amoureux. Un jour j’ai arrêté d’écrire sur lui parce que je me foutais de lui. Un jour j’ai compris que je pouvais écrire sur moi. Un jour j’ai écris sur mon sexe et j’ai aimé ça. Un jour j’ai jamais arrêté. Un jour aussi j’ai écris sur la mort et j’ai trouvé ça beau. Un jour aussi j’ai écris que la vie était laide et j’ai trouvé ça beau, aussi. Un jour j’ai arrêté de penser aux autres et je suis devenue moi. Un jour je me suis rendue compte que je pensais encore aux autres. Un jour beaucoup de gens m’ont dit que j’écrivais bien. Un jour je les ai cru. Un jour j’ai commencé à écrire pour moi pour de vrai. Il fait beau. Nous n’avons pas d’histoire.

Ce jour-là, je me suis demandée si je pourrais tomber en amour et garder mon écriture intacte. Ce même jour j’ai compris que non. Ce jour-là j’ai compris que c’était pas grave. Ce jour-là j’ai compris que les relations très saines et simples m’intéressaient rarement. Le jour d’après, j’ai presque trouvé une relation saine. Le jour d’après, la relation était plus ou moins saine. Le jour d’après j’ai quand même aimé cette relation. Le jour d’après je suis devenue voyageuse. Mais toujours le temps passe, qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ?

Finalement, je me rends compte que ma vie est une introspection. Que je suis en constante réflexion sur moi-même et sur les autres. Ma grand-mère, avant de mourir, m’a dit que je pourrais faire ce que je voudrais de ma vie et que ça irait bien. Je me rends compte que j’ai choisi de la croire aveuglément et que je ne veux pas arrêter de la croire. Je me rends compte que peut-être je suis naïve. Je m’en fou. Je vais rester naïve. Je me rends compte que je me fou de mes textes politiques. Je me rends compte que mes introspections sont toute ce que j’ai. Que Grosse Boule, c’est toute.

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