petite broue

by salomelandry

Le liquide fait frémir mes parois buccales. Elles se retroussent et se laissent baigner par le gout d’abord acre et sec qui envahit ma bouche. Mes dents, ma langue, mes gencives et mon palais sont baignés par l’élixir. Ah, ce palais. Je pense à Proust, aux larmes, aux souvenirs. Mais je n’ai pas de madeleine pour me rappeler mon enfance, je n’ai que mon breuvage enivrant pour oublier et me réfugier. Un verre, puis deux, puis trois. Ma tête tourne un peu, alors je danse. Je danse, et je suis bien avec mon corps. Ma peau frémit au contact du son et mon corps me berce tout doucement, je me fais l’amour à moi même.

Le liquide dans ma bouche devient plus doux, plus désirable. Comme un carré de velours, il caresse ma gorge et descend en moi. Un verre, puis deux, puis j’en ai assez. Il faut continuer de bouger pour que la douleur s’en aille et pour que mon corps oublie. Quand mon corps amnésique ne se souvient plus des bleus intérieurs, il peut continuer. Une rousse s’ouvre miraculeusement et descend seule, sans rien faire. Le corps est amnésique, il ne se souvient plus qu’il doit être ivre. Il absorbe, il absorbe et la tête est toujours intacte. Je marche droit, je danse bien, je parle bien. Une bouchée dans les plats de tout le monde, il est temps de retourner me faire l’amour.

Routine. Boire puis boire. Pas pour oublier. Pour me souvenir de mon paradis.

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