Bibittes de nuites

by salomelandry

Parfois je me demande si ça fait tripper le monde de voir mes boules en vrai. Parce qu’elles ont quand même pleins de textes écrits sur elles. Pis que moi quand je lis sur un truc, j’aime ça le voir en vrai. Mais je pense que les gens s’en foutent pis je les comprends. Parce que c’est pas parce que mes boules sont romancées qu’elles sont nécessairement plus belles.

Les gens nus sont beaux de toute façon. Qu’ils soient nus pour faire l’amour ou juste pour le bain de minuit en groupe. Les petits poils, les mamelons et les belles fesses. J’ai oublié pendant un instant que j’étais nue, que c’était pas l’habitude. J’ai oublié pendant un instant que j’étais gênée. J’ai fait la paix avec mes seins pas égaux parce que personne a ri, personne a rien dit, tout le monde s’en est foutu de mes seins. Tout le monde s’en est foutu de mes seins pas égaux et de mes grosses fesses et ça a fait du bien. Parce que c’était beau, qu’on était beau, qu’on était bien. Mille fois encore je serais nue avec vous, vous êtes beaux.

Je vous ai aimé parce qu’on s’est touché les seins et que ça n’avait rien de sexuel. Ça m’a fait du bien d’être nue sans rien de sexuel. Je n’ouvre pas facilement ma sexualité, de toute façon. Parce que certaines personnes qui prônent le consentement ne le pratiquent pas et n’ont pas besoin d’accepter de refus puisque personne ne leur dit non. Parce que c’est oui tout le temps et que ça me fatigue. Parce que ceux qui dénoncent les critères de beauté reproduisent le même schéma. Parce que certains ont le monopole du sexe. Parce que j’ai peur d’essuyer des défaites ou d’être plate. Parce que je suis mal dans ma peau. Parce que j’ai peur de toute. Parce que j’ai peur d’être agressée. Parce que t’as beau pas vouloir te l’avouer, le féminisme ça repousse.

Entre les contradictions, j’ai compris que les «one-night-stand» c’est cool mais pas autant qu’une relation à long terme. Parce que je ferais pas de l’anal avec un «one-night-stand». Alors entre les contradictions, j’ai appris à m’en foutre un peu. Anyway, j’ai toute faite.

J’ai toute faite pis je me fait proposer de jouer dans des films érotiques ou pornos, je sais jamais. La faute à Grosse boule. «Je suis acteur et réalisateur, je peux te montrer comment jouer dans un film de tes propres textes érotiques.» C’est pas parce que tu as lu sur mes Grosse[s] boule[s] que j’ai envie de coucher avec toi. Tu peux juste me dire que j’écris bien pis ça va faire la job. Peut-être sinon t’as envie de coucher avec moi pour avoir un texte rien qu’à toi. Ils et elles en ont tous un, pis ils le savent pas. T’en auras pas, sauf une mention dans mes courants de conscience que j’écris tous les jours.

M’en fout.

M’en fout parce que c’était beau, cette fois-là. Il faisait tiède, le genre de tiède de fin de printemps où, avec mon manteau de patch féministe, je suis juste bien. Le genre de tiède que tu mets des collants fins en dessous de ton vieux pantalon coupé en short et que t’es juste bien. Le genre de tiède où c’est agréable de faire du vélo. On avait pris, plus tôt, des décisions déchirantes mais c’était comme si jamais on en avait parlé. C’était comme si, plus tôt, on avait pas argumenté et on s’étaient pas tapé sur les nerfs pendant quatre heures. C’était aussi comme si j’avais pas essuyé des refus plus tôt, comme si j’avais pas passé la semaine à me faire un sang d’encre. Parce qu’on avait eu l’Hémisphère gauche juste pour nous autre le temps d’un spectacle et qu’avec nos dix-point-un cachées sous les branches dans la ruelle ils avaient fait zéro dollar avec nous. On avait un taux d’alcoolémie beaucoup trop élevé et c’est aussi pour ça que l’ambiance était légère. Qu’on avait beaucoup trop d’amour à se donner et qu’on avait envie de s’en foutre. De s’en foutre du regards des uns et des autres, du poste de police à 30 secondes à pied, des souvenirs cocasses du lendemain, des maux de tête du petit matin pis des touristes de fin de soirée de parc qui nous regardaient. L’eau, elle avait l’air bonne.

Trop de jokes de baignade tout nu dans le p’tit lac pis de défis lancés, on s’est vraiment ramassés tout nu tout le monde ensemble. C’était frette. Y’avait les foufounes qui gambadaient au dessus de l’eau et les seins qui ballotaient entre nos bras qui essayaient de pogner nos entre-jambes respectifs.

À ce moment-là, j’ai tout oublié. Même mes promesses d’arrêter de boire qui se sont transformées en «boire moins». J’me sentais dans un film, dans le film de ma vie. Celui que j’écris un peu tous les jours dans mon cahier de «Antisexistische aktion». Mais je retranscris que les plus beaux moments. Ceux des quels on a pas besoin de pré-écrire le dialogue parce qu’il est déjà parfait. – Et en écrivant je pense au p’tit Jean au nom un peu canin qui dit que les moments parfaits ne reviennent jamais. Pis que j’en pense pas grand chose. Que cette tune là c’est vraiment pas ma pref’.

Advertisements