Grosse[s] Boule[s], etc.

Des histoires soft sexu de boules, par Salomé Landry

Month: May, 2015

L’introspection

Tous les jours, je marche. Quand je marche, je pense aux choses que je pourrais écrire. Mais c’est pas vrai que j’y pense juste quand je marche. J’y pense aussi dans mes cours, quand je parle avec des gens et quand je m’amuse à rien faire. Je pense toujours aux mots et ensuite je les écris dans ma tête. Je les écris dans ma tête et après je les oublis et je me fâche. Contre moi-même. Je pense toujours quand même à ce que j’aurais envie d’écrire. Pour les gens ou pour moi, ça n’a pas vraiment d’importance.

Je pense que j’aime ça écouter de la musique quétaine quand je me lève le matin et quand il fait beau dehors. Que j’ai perdu le pot de sauce marinara de mon amie dans lequel j’avais un thé-take-out un matin que j’avais le cœur à terre. Je pense que j’ai tout le temps des réunions pour toutes sortes de comité et que je suis tannée. Je pense aux nombreux textes érotiques que j’ai donnés à mes profs quand je savais pas quoi écrire pour la création littéraire qu’ils me demandaient. Je pense qu’il ne me reste plus qu’un livre à lire avant de finir ma session. Je pense à mon seul caprice d’auteur : que les gens me sollicitent pour leur écrire des choses. Je pense que j’aimerais écrire des lettres aux gens, plus souvent. Je pense aux petits mots que je laisse chez les gens quand je quitte et qu’ils dorment. Je pense à tous ces petits mots qui sont rendus sur les frigos et sur les murs de chambre. Je pense à mon ami que j’embrasse tout le temps sur la bouche, même quand on a pas couché ensemble. Je pense aux chapeaux de pêcheur. Je pense à mes collants qui sont tous troués. Je pense à l’appropriation de mon corps par le poil : juste sous les bras, le reste est travaillé ou rasé. Je pense que j’aime ça de même. Je pense que j’ai peur que les gens me trouvent trop féminine. Je pense que j’ai peur que les gens me trouvent trop masculine. Je pense que je sais pas pourquoi c’est dix-point-UN, pourquoi pas juste dix. Je pense à tous les mots que j’ai oubliés. Je pense à mes angoisses nocturnes et à mes insomnies. Je pense aux chansons qui me font tomber en amour. Je pense à mon kimono qui a été témoin de toutes mes relations plus ou moins sérieuses. Je pense que je suis tout le temps jalouse même si je trouve pas ça beau. Je pense que la vie c’est pas toujours beau. Je pense que moi non-plus je suis pas toujours belle. Je t’aime, moi non-plus.

Un jour j’ai pensé que je pouvais écrire toute ma vie sur la même personne. Un jour j’ai pensé que je pouvais écrire toute ma vie sur mon amoureux. Un jour je me suis rendue compte que ça marchait plus. Un jour je me suis rendue compte que ça n’avait pas de bon sens. Un jour c’était plus mon amoureux. Un jour j’ai arrêté d’écrire sur lui parce que je me foutais de lui. Un jour j’ai compris que je pouvais écrire sur moi. Un jour j’ai écris sur mon sexe et j’ai aimé ça. Un jour j’ai jamais arrêté. Un jour aussi j’ai écris sur la mort et j’ai trouvé ça beau. Un jour aussi j’ai écris que la vie était laide et j’ai trouvé ça beau, aussi. Un jour j’ai arrêté de penser aux autres et je suis devenue moi. Un jour je me suis rendue compte que je pensais encore aux autres. Un jour beaucoup de gens m’ont dit que j’écrivais bien. Un jour je les ai cru. Un jour j’ai commencé à écrire pour moi pour de vrai. Il fait beau. Nous n’avons pas d’histoire.

Ce jour-là, je me suis demandée si je pourrais tomber en amour et garder mon écriture intacte. Ce même jour j’ai compris que non. Ce jour-là j’ai compris que c’était pas grave. Ce jour-là j’ai compris que les relations très saines et simples m’intéressaient rarement. Le jour d’après, j’ai presque trouvé une relation saine. Le jour d’après, la relation était plus ou moins saine. Le jour d’après j’ai quand même aimé cette relation. Le jour d’après je suis devenue voyageuse. Mais toujours le temps passe, qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ?

Finalement, je me rends compte que ma vie est une introspection. Que je suis en constante réflexion sur moi-même et sur les autres. Ma grand-mère, avant de mourir, m’a dit que je pourrais faire ce que je voudrais de ma vie et que ça irait bien. Je me rends compte que j’ai choisi de la croire aveuglément et que je ne veux pas arrêter de la croire. Je me rends compte que peut-être je suis naïve. Je m’en fou. Je vais rester naïve. Je me rends compte que je me fou de mes textes politiques. Je me rends compte que mes introspections sont toute ce que j’ai. Que Grosse Boule, c’est toute.

Bibittes de nuites

Parfois je me demande si ça fait tripper le monde de voir mes boules en vrai. Parce qu’elles ont quand même pleins de textes écrits sur elles. Pis que moi quand je lis sur un truc, j’aime ça le voir en vrai. Mais je pense que les gens s’en foutent pis je les comprends. Parce que c’est pas parce que mes boules sont romancées qu’elles sont nécessairement plus belles.

Les gens nus sont beaux de toute façon. Qu’ils soient nus pour faire l’amour ou juste pour le bain de minuit en groupe. Les petits poils, les mamelons et les belles fesses. J’ai oublié pendant un instant que j’étais nue, que c’était pas l’habitude. J’ai oublié pendant un instant que j’étais gênée. J’ai fait la paix avec mes seins pas égaux parce que personne a ri, personne a rien dit, tout le monde s’en est foutu de mes seins. Tout le monde s’en est foutu de mes seins pas égaux et de mes grosses fesses et ça a fait du bien. Parce que c’était beau, qu’on était beau, qu’on était bien. Mille fois encore je serais nue avec vous, vous êtes beaux.

Je vous ai aimé parce qu’on s’est touché les seins et que ça n’avait rien de sexuel. Ça m’a fait du bien d’être nue sans rien de sexuel. Je n’ouvre pas facilement ma sexualité, de toute façon. Parce que certaines personnes qui prônent le consentement ne le pratiquent pas et n’ont pas besoin d’accepter de refus puisque personne ne leur dit non. Parce que c’est oui tout le temps et que ça me fatigue. Parce que ceux qui dénoncent les critères de beauté reproduisent le même schéma. Parce que certains ont le monopole du sexe. Parce que j’ai peur d’essuyer des défaites ou d’être plate. Parce que je suis mal dans ma peau. Parce que j’ai peur de toute. Parce que j’ai peur d’être agressée. Parce que t’as beau pas vouloir te l’avouer, le féminisme ça repousse.

Entre les contradictions, j’ai compris que les «one-night-stand» c’est cool mais pas autant qu’une relation à long terme. Parce que je ferais pas de l’anal avec un «one-night-stand». Alors entre les contradictions, j’ai appris à m’en foutre un peu. Anyway, j’ai toute faite.

J’ai toute faite pis je me fait proposer de jouer dans des films érotiques ou pornos, je sais jamais. La faute à Grosse boule. «Je suis acteur et réalisateur, je peux te montrer comment jouer dans un film de tes propres textes érotiques.» C’est pas parce que tu as lu sur mes Grosse[s] boule[s] que j’ai envie de coucher avec toi. Tu peux juste me dire que j’écris bien pis ça va faire la job. Peut-être sinon t’as envie de coucher avec moi pour avoir un texte rien qu’à toi. Ils et elles en ont tous un, pis ils le savent pas. T’en auras pas, sauf une mention dans mes courants de conscience que j’écris tous les jours.

M’en fout.

M’en fout parce que c’était beau, cette fois-là. Il faisait tiède, le genre de tiède de fin de printemps où, avec mon manteau de patch féministe, je suis juste bien. Le genre de tiède que tu mets des collants fins en dessous de ton vieux pantalon coupé en short et que t’es juste bien. Le genre de tiède où c’est agréable de faire du vélo. On avait pris, plus tôt, des décisions déchirantes mais c’était comme si jamais on en avait parlé. C’était comme si, plus tôt, on avait pas argumenté et on s’étaient pas tapé sur les nerfs pendant quatre heures. C’était aussi comme si j’avais pas essuyé des refus plus tôt, comme si j’avais pas passé la semaine à me faire un sang d’encre. Parce qu’on avait eu l’Hémisphère gauche juste pour nous autre le temps d’un spectacle et qu’avec nos dix-point-un cachées sous les branches dans la ruelle ils avaient fait zéro dollar avec nous. On avait un taux d’alcoolémie beaucoup trop élevé et c’est aussi pour ça que l’ambiance était légère. Qu’on avait beaucoup trop d’amour à se donner et qu’on avait envie de s’en foutre. De s’en foutre du regards des uns et des autres, du poste de police à 30 secondes à pied, des souvenirs cocasses du lendemain, des maux de tête du petit matin pis des touristes de fin de soirée de parc qui nous regardaient. L’eau, elle avait l’air bonne.

Trop de jokes de baignade tout nu dans le p’tit lac pis de défis lancés, on s’est vraiment ramassés tout nu tout le monde ensemble. C’était frette. Y’avait les foufounes qui gambadaient au dessus de l’eau et les seins qui ballotaient entre nos bras qui essayaient de pogner nos entre-jambes respectifs.

À ce moment-là, j’ai tout oublié. Même mes promesses d’arrêter de boire qui se sont transformées en «boire moins». J’me sentais dans un film, dans le film de ma vie. Celui que j’écris un peu tous les jours dans mon cahier de «Antisexistische aktion». Mais je retranscris que les plus beaux moments. Ceux des quels on a pas besoin de pré-écrire le dialogue parce qu’il est déjà parfait. – Et en écrivant je pense au p’tit Jean au nom un peu canin qui dit que les moments parfaits ne reviennent jamais. Pis que j’en pense pas grand chose. Que cette tune là c’est vraiment pas ma pref’.

petite broue

Le liquide fait frémir mes parois buccales. Elles se retroussent et se laissent baigner par le gout d’abord acre et sec qui envahit ma bouche. Mes dents, ma langue, mes gencives et mon palais sont baignés par l’élixir. Ah, ce palais. Je pense à Proust, aux larmes, aux souvenirs. Mais je n’ai pas de madeleine pour me rappeler mon enfance, je n’ai que mon breuvage enivrant pour oublier et me réfugier. Un verre, puis deux, puis trois. Ma tête tourne un peu, alors je danse. Je danse, et je suis bien avec mon corps. Ma peau frémit au contact du son et mon corps me berce tout doucement, je me fais l’amour à moi même.

Le liquide dans ma bouche devient plus doux, plus désirable. Comme un carré de velours, il caresse ma gorge et descend en moi. Un verre, puis deux, puis j’en ai assez. Il faut continuer de bouger pour que la douleur s’en aille et pour que mon corps oublie. Quand mon corps amnésique ne se souvient plus des bleus intérieurs, il peut continuer. Une rousse s’ouvre miraculeusement et descend seule, sans rien faire. Le corps est amnésique, il ne se souvient plus qu’il doit être ivre. Il absorbe, il absorbe et la tête est toujours intacte. Je marche droit, je danse bien, je parle bien. Une bouchée dans les plats de tout le monde, il est temps de retourner me faire l’amour.

Routine. Boire puis boire. Pas pour oublier. Pour me souvenir de mon paradis.

Les papillons de nuit

Petite, on a omis de me dire qu’on m’aimait. C’est arrivé, quelques fois, plus vieille, quand j’ai commencé à le demander. Un petit peu de mots et des cadeaux pour compenser. Des sorties au cinéma et au St-Hubert pour me féliciter de mes A dans mon beau bulletin. L’amour reçu dépendait de mon intelligence, de ma beauté. «T’es belle» qu’on me disait. «Merci, c’est gentil» que je répondais avec mon grand sourire, toute fière de recevoir ces paroles vides de sens.

Parce que un «t’es belle» vaut pas d’être prise dans des grands bras avec un petit «je t’aime». «Oui mais on t’a fait une belle chambre dans notre nouvel appart’.» Ok. Au moins j’ai pu devenir une matante à chat et une grande dépendante affective.

Oui, j’en suis venue à capoter quand mon amant ne me prend pas dans ses bras toute la nuit. Quand rien de nos deux corps ne se touche pendant la nuit. J’en suis venue à avoir peur qu’on ne m’embrasse pas tous les matins en me levant. À avoir peur quand on ne m’appelle pas pour prendre de mes nouvelles. À le prendre personnel si on ne m’invite pas dans sa douche. À avoir envie que toujours quelqu’un soit accroché à moi.

J’en suis surtout venue à me fermer la gueule. À ne pas dire «je t’aime». Même le plus innocent des «je t’aime». Comme s’il était incriminant, parce qu’il fait fuir les autres. J’en suis aussi venue à ne pas démontrer d’affection. À avoir peur de coller quelqu’un toute la nuit, à ne pas toucher les gens, à ne pas embrasser les gens, à ne pas appeler personne, à ne pas inviter personne dans ma douche et à essayer de ne pas m’attacher aux gens. Pour éviter le décisif moment où il va falloir que je m’ouvre la gueule. Et je n’arrive pas à l’éviter. Je finis toujours par rester passé le premier métro, par écouter des films à deux toutes les fins de semaine, à embrasser les gens et à les coller. Une fois de temps en temps, qu’on ne s’y m’éprenne.

Alors j’ai envie de le dire. Rien d’incriminant. Rien de sérieux. Rien de trop gros. Rien qui veuille dire «on va se marier, avoir des enfants et dormir ensemble six pieds sous terre». Juste parce que je suis bien. Juste parce que je suis attachée. Juste parce que j’ai envie que ça dure plus que deux semaines. Juste parce que peut-être, après l’été, on pourrait se revoir.

Ça bloque. Ça sort pas. Fuck. Fuck toute. J’crois. Je comprends pas. J’comprends pas pourquoi ça repousse les gens. «Chtaime» un peu, caliss, ça peut tu s’arrêter là ? Au pire on est pas obligé de s’aimer tous les jours. Juste quand ça nous tente. Le soleil est beau, t’embrasse bien, j’suis bien pis j’ai peur que tu meurs, est-ce qu’on a le droit ? De l’amour un peu libre, tout nu et volatile, mais pas «d’amour libre», ça me tape sur les nerfs, j’m’excuse.

Mon petit cœur, ma petite broue, à force de s’écorcher les genoux sur l’asphalte chaude, a fini par perdre son sang froid. Au creux de ma carapace, ça m’arrive d’avoir les genoux qui shakent un peu pis les dents qui claquent. Parce que je vous frencherais drette-là, pis que ça serait cool. Parce que je vous laisserais pleurer sur mes épaules et entre mes seins toute la nuit, même en ayant rien à dire, juste en vous flattant le dos. Parce que je vous laisserais vous accrocher à moi comme des paresseux pis que je vous porterais, comme mes enfants. Ça me dérangerait pas de vous faire des massages toute la nuit pour que vous soyez bien et que vous mouriez pas. Mais ça se dit pas, ces affaires-là. Peut-être on pourrait faire semblant pis s’aimer quand même. J’suis quétaine, j’sais. Fuck. Fuck toute.

Les petits matins

Jus-Bert matinale

Jus-Bert matinale, avril 2015

seins matinaux en kimono

Seins matinaux en kimono, avril 2015

Seins matinaux en kimono, avril 2015

Journal du samedi (Sang III)

Une autre semaine qui commence, le cœur au bord des lèvres, jamais loin de la toilette, à maudire cet utérus minable.

Réveillée ce matin par le soleil qui est encore plus haut dans le ciel que lorsque je me suis endormie mais surtout par les crampes qui me coupent le souffle. Ça y est ; elles arrivent. Je plante mes ongles dans le matelas, refoulant mon envie de hurler. La première coulée épaisse et foncée arrive, je cours au toilette mettre mon diva cup. Il ne reste plus qu’à attendre. Les contractions s’enchainent, durent entre quelques secondes et quelques minutes chaque, chacune me déchirant le ventre, poussant mes yeux dans le même trou, levant mon cœur jusque dans ma gorge et engourdissant tout le reste. Des mains chaudes sur le bas de mon ventre ; le remède du temps d’une position. Lui bouge, se rendort, fini. Elle, la douleur, se pointe le nez, encore.

Les clopes et le mal de ventre s’enfilent, rien à faire, ça passe, j’oublie presque. Mais la fatigue reste : au même moment, entre mes jambes, mes minces réserves de fer s’échappent. La nicotine embourbe mon corps, le relaxe et le rend amorphe. Je suis molle, au moins je n’ai plus mal. Je lis, pour oublier que je n’arrive pas à bouger, que bientôt il faudra que je fasse quelque chose de ma journée. Impossible ; je ne ferai pas mes travaux aujourd’hui, je ne verrai personne, je ne ferai rien.

Une douche frette plus tard, une centaine de clopes plus tard et plusieurs siestes plus tard, je me décide à me bouger le cul. Je me décide à sortir de cet appart’ inconnu et chaud, suant. Dehors, le soleil plombe et m’agresse. Les pas s’enfilent difficilement, je me demande comment je vais faire pour aller au théâtre pis aux deux partés-d’ados-alcolo après. Sais pas. Je n’irai peut-être pas, peut-être j’ai le gout de me morfondre un peu dans le creux de ma chambre. En marchant sur le rythme de Days n’ daze je fais des listes de ce qui me trotte dans la tête et j’oublie presque mon corps en loques ; Éric Lapointe dans un gros cœur sur ma cuisse au Sharpie, le détail de mon tatou de chat que je comprends pas, le gros «OI» au Sharpie étampée sur ma cuisse, mes mains sales, ma tente envolée et brisée, mes souliers qui ne tiennent plus en un seul morceau, mon compte en banque dilapidé, le capitalisme, le colonialisme, les paciflics, les hippies, les balançoires de la place-des-arts, la cacophonie, les quelques personnes qui composent ma haine et les personnes à qui j’ai des choses à dire. Dans ma tête, j’écris des dialogues-de-comment-dire-des-choses-sérieuses-tout-en-ayant-l’air-un-peu-détachée-mais-pas-trop-quand-même. Le problème, c’est que l’autre peut jamais lire dans ma tête et donne jamais la bonne réplique. À quoi ça sert de pratiquer criss.

Contretemps, toujours des contretemps. Pas le temps d’aller chez moi. «Maman vient me rejoindre et amène moi du linge parce que le mien est tout tâché de vin, je sais pas boire je me renverse tout dessus.» Je bois des cafés avec ma meilleure-amie-du-primaire-secondaire : «Avec qui tu couches ? Moi avec lui.» Deux p’tites criss, la vibe est cool, j’ai presque pu mal au ventre, je me sens juste mal dans ma peau. J’prends ma carcasse pis je le traîne sous l’orage jusqu’au point de rendez-vous. Le linge est laid, je le mets pareil pour faire plaisir, mon mal de peau se multiplie par un-tétra-milliard ; endure, ma belle.

Au souper, les effluves me déchirent les narines. Je mâche, goûte et avale pareil. Je ne sais pas comment mais la bouffe rentre sans ressortir. J’apprécie presque. Je penche la tête : ma bedaine-de-règle-amplifiée-fois-mille-par-mon-short-fuckin’-laid me donne envie de brailler. Suis grosse, je veux me fondre dans le plancher ou sombrer sous une cape d’invisibilité comme celle d’Harry. Madame douleur revient, mon visage se crispe sans laisser paraître la douleur qui le déforme en dessous. Je discute quand même avec ma mère qui me dit que je suis mélangée dans mes histoires de cœur parce qu’il faut pas coucher avec l’autre la première fois. De toute façon, presque chaque fois, je pense pas à après, je pense pas qu’un lendemain est possible. Une fois de temps en temps je suis surprise et j’ai envie de revoir la personne, pour plus. Une fois de temps en temps je ne m’enfuie pas pour le premier métro.

Il est minuit. Écrasée sur le plancher froid de la salle de bain, la bouche entrouverte, j’attends que mon intérieur déglutisse. Mon ventre est gonflé, j’ai l’air enceinte. Sauf que je suis en train de me vider de mon sang. Je pense aux avortements. À l’avortement. La succion, le fœtus détaché et tué. Sauf que c’est qu’un embryon, qu’il reviendra, peut-être. Mon ventre et mon œsophage se contractent, je relève la tête, ça sort. La bouche béante, j’attends que ça finisse. Je crache, me nettoie et retourne dans mon lit. Nue, la serviette sous les fesses, je me retourne de tout bord tout côté pour essayer de dormir. Je passe mes mains dans mes cheveux, comme quand j’étais une petite fille, comme la petite fille que je suis toujours. Les bébés.

Le soleil me réveille encore. Dimanche. Brunch. Fête des mères. Pas de fête des avortées. Je traîne ma carcasse, mon épave, jusqu’au brunch, en retard. Chez ma famille bourgeoise, les coupes de champagne et de vin s’enfilent. Je noie mes menstruations, peut-être, trop ivres, elles oublieront leur devoir et s’en iront dans les limbes.

Toute la journée, j’avale sachant très bien que tout retournera probablement dans le bol de toilette. Poutine, salade, vin, champagne, petits pains au lait, tout.

La soirée est encore ponctuée de haut le cœur, de maux de tête, de maux de yeux, de maux de ventre et de faiblesse dans les genoux. Pas de vomi, je guéris.