Bloody sexe

by salomelandry

Tombe en amour. Un jour tu trouveras ton prince charmant. Un jour ce ne sera plus pareil. Quand ça va être le bon, tu vas le savoir. Un jour, tu vas être heureuse.

C’est ce qu’on m’a dit depuis toujours. Avant même que je saigne pour la première fois. J’avais, comme toutes les autres, le destin tout tracé de m’accomplir par le biais de l’amour. Je suis tombée dans le piège et j’avoue encore tomber dans le piège. Faire semblant d’être complète à deux, question de saigner un bon coup. Pas entre mes jambes cette fois-ci, mais dans ma poitrine.

Je tombe encore dans l’illusion des lèvres, des baisers, des tounes tristes, des caresses et des becs dans le cou. Faire semblant, toujours faire semblant. Pour ne penser qu’à ça et être paralysée. Ne plus avoir le même flux de mots, vouloir écrire comme avant et ne plus pouvoir. Parce qu’on a dans la tête des épaules, un dos nu, des fesses et un petit ventre. Un nez et des idées radicales, des patchs. Comme un album photo interne. Des photos que l’on aurait prise pour se souvenir du bonheur, des photos qui font offices de mots doux et de chansons. Des photos que l’on a le droit d’utiliser pour se masturber le soir, même si l’on a baiser déjà aujourd’hui. Une fois, deux fois puis trois. Six fois. Neuf fois. Comme des bouches sur des sexes. Tout en même temps : des bouches sur des sexes, des dents sur des seins, des morsures dans le cou, des frenchs essoufflés, des ongles dans la chair, des marques dans le dos, des coups de bassin par devant et par derrière, des langues. Tout, tout, tout jusqu’au sang.

Des draps tâchés, tous les mois.

De l’encre, du sang et des plaies de tatous. Des aiguilles qui te transpercent la peau, qui te coupent la chair, qui font du bien. Du sang menstruel. Résultat de douleurs violentes au ventre qui ne se calment qu’avec l’orgasme ou le sperme. Du sperme. Collé sur les draps. De la sueur et de la puanteur. Les petits plaisirs et de la douleur. C’est beau non ?

C’est beau non ? Oui c’est beau mais c’est pas comme ça que tu trouveras le bonheur ; au bout de ton sang. Celui du baiser doux de ton chevalier-prince qui vient te sauver de ton insignifiance, que tu sois endormie, emprisonnée, pauvre, trop belle pour être vue par tous. Celui dont tu n’as pas la clé. Impuissante.

Impuissante face à un corps qui ne t’appartient plus, face à une destinée que tu ne choisiras pas, face à des idéaux qui te sont donnés, face à une condition qu’on t’a imposée comme punition d’être simplement née.

Même si ta douce moitié mange tes croutes de pizza, te flatte le dos jusqu’à ce que tu t’endormes, te réveille à coups de becs dans le cou, t’embrasse pour te dire bonne nuit, t’aime même si tu pompes ta clope avec l’allure d’un train-vapeur, qu’elle aime tes chats, tes seins pas pareils pis ton petit frère, le plus dur c’est d’apprendre à te donner une claque dans face pour te rappeler qu’aucun chevalier-prince ne vaut la peine que tu l’attendes pendant des années dans la peine et la misère pis que t’as le droit de trouver ton bonheur au bout de ton sang, si ça te tente. Que le sperme collé dans tes draps est peut-être un beau souvenir crasse mais un beau souvenir pareil. Que tes bleus qui enflent et que tes plaies sur les mamelons sont peut-être un symbole d’amour trop dur mais un symbole d’amour pareil. Sur la même lancée, tes sous-vêtements tachés de sang son aussi beaux que tes autres bobos : c’est ton sexe qui pleure la féminité, les bonnes baises et qui crache sur le patriarcat, comme ton petit cœur qui saigne.

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