Ébauche 2: Mains érotiques

by salomelandry

Si mes seins font aujourd’hui l’objet d’une fixation envahissante, mes mains, dans une période où j’étais moins ouverte à mon érotisme ont fait le sujet d’une telle fantaisie. Ou peut-être cette fascination ne constituait-elle qu’une prémisse de mon admiration pour l’érotisme.

Elles sont la continuité de mes poignets maigrelets et pâlots. Ces poignets à l’os ressortis qui ont si souvent fait de moi une maigrichonne, dans le temps où mes pantalons tombaient.

Mes mains poussent de mes poignets. En fait, elles en jaillissent. Elles partent en triangle, s’ouvrent d’abord sur un long pouce aux allures psychédéliques, se tordant de tout bord tout côté, pouce qui, au piano, m’a permis de créer des accords impossibles. Puis quatre longs doigts fins et tordus qui se recourbent vers le ciel, en un mouvement de ballerine. Le ventre de ces quatre danseurs se trouve en mes articulations larges et fripées, comme un tutu sur l’horizontal. Mes jointures jouent à se pondre en montagne et reviennent ensuite se cacher à la racine de mes doigts, lorsque ceux-ci exécutent leur ballet.

Le dessus de mes mains est lisse et transparent. On y voit les quelques veines qui transportent la vie jusqu’au bout de mes doigts, jusqu’au sommet de ces mains érotiques. Longues, fines, avec une bonne poigne. Elles se resserrent autour d’un sexe durcis comme elles s’emparent fermement de mon ventre en chaleur. La pointe fine de mes doigts sautille et danse sur ces points d’extases, clitoris, lèvres, phallus, apportant la jouissance instantanée.

Leur maléfice joue avec les corps des autres, les ensorcellent et les soumet sous leurs offres de plaisir et d’amour.

Ce que je préfère, c’est l’union de ma main à une autre, étrangère. Une autre main qui viendra ensuite caresser mon corps dans ses recoins les plus obscurs. Des mains larges et fermes qui s’emparent de mon dos, de mes seins, de mes cuisses, de mes fesses, de mon corps. Une centaine de mains à la fois qui portent leur attention à mes poils qui frémissent et à ma respiration haletante. Elles se penchent sur mon plaisir, celui que me procure le fait d’être une femme, celui que me procure mon corps.

J’aime penser à ces mains qui m’enlaceraient tout en même temps, qui porteraient leur regard sur mon corps en extase, sur mon corps sous leur pouvoir. Des milliers de mains malléables et autonomes qui trainent sur mon passage. Des milliers de mains dont j’envie l’ongle enfoncé dans ma peau. Dont j’envie la caresse froide sur ma peau frêle.

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