Seins I

by salomelandry

extrait de Petites études (naturalistes) du (mon) corps et de la (ma) vie

Il m’arrive souvent de baisser la tête et de les regarder. Je les observe longuement, les touche, expérimente leurs textures. Ils font l’objet d’une obsession chez moi. Ils sont une des plus grandes merveilles du monde. Je ne sais pas la combientième, je ne suis pas bonne avec les chiffres.

Mes seins sont doux, lourds et ferme. Ils prennent de l’ampleur et vont parfois jusqu’à s’étaler sous mes aisselles. Celui de droite est enlacé d’un tentacule. Ils sont truffés de petites rondelles roses pales, d’un rose presque identique à celui de ma peau. Quand ils ont froid, ces rondelles se transforment en petits pics durs qui pointent droit devant moi ; comme deux yeux.

De temps en temps, quand je tombe dans la lune, mes mains se glissent dans ce nid chaud et tâtent. Elles absorbent cette température parfaite et épousent la forme ronde que leur guide mes seins. C’est alors que je me rends compte de leur immensité, de leur beauté inégale. Alors me prend une envie urgente de les regarder, de les embrasser. J’éloigne ma main qui ouvre une brève fissure entre ma peau et mon chandail et je les regarde tomber, épanouis, dans ma main. Ils sont beaux ; ils sont amoureux. Je prends le temps d’aimer ces quatre grains de beauté qui les ornent et je les berce de mon souffle pour les rendre dur, pour les réveiller. Ils se crispent, s’éloignent de ma main et s’agrippent à mon torse, plus fort. Je regarde alors cette ligne sinueuse qui les sépare, qui fait d’eux des êtres distincts, des êtres à part entière avec une personnalité.

Le premier, celui de gauche, est le plus petit. Il ressemble à un petit oiseau dont l’œil regarde vers le haut. C’est le rêveur, le plus dur et le plus froid. Il lui arrive de s’endormir contre l’immensité de l’autre. Il rentre parfaitement dans une main, s’y laisse bercer et s’excite aux pressions rigides, aux mains qui le plaquent contre moi, aux ongles qui l’arrachent à l’autre.

Le deuxième, à droite, est plus gros, plus imposant, parfois même intimidant. Il tombe parfois se cogner contre mes côtes ou contre cette majestueuse pieuvre qui le borde, à sa droite. Cette pieuvre dont les tentacules viennent le caresser et dont les yeux fixent celui qui approche ce sein, telle une gardienne de sa sensualité. Puis, il se retrousse, regarde droit devant et attend d’être pris, touché, à deux mains s’il le faut.

Lorsque que quelqu’un pénètre mon intimité, ils aiment se faire prendre, violemment puis doucement. Ils apprécient un coup de langue, puis deux et une centaine. Sur le bout de leur œil, autour. Des dents qui se resserrent sur leur chair ferme et épaisse, sur leur peau blanche et délicate. Qui prennent des bouchées, les rendent endoloris, rouges. L’attention charnelle et passionnée qu’ils obtiennent est suffisante pour les amener au bord de l’extase, pour ensuite laisser cette personne entrer complètement dans ma bulle.

Mes seins sont la porte d’entrée de mon corps, la permission aux touchers allègres qui se perpétuent ensuite sur le reste de mon corps, qui descendent jusqu’en moi.

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