Grosse[s] Boule[s], etc.

Des histoires soft sexu de boules, par Salomé Landry

Month: January, 2015

Ébauche 2: Mains érotiques

Si mes seins font aujourd’hui l’objet d’une fixation envahissante, mes mains, dans une période où j’étais moins ouverte à mon érotisme ont fait le sujet d’une telle fantaisie. Ou peut-être cette fascination ne constituait-elle qu’une prémisse de mon admiration pour l’érotisme.

Elles sont la continuité de mes poignets maigrelets et pâlots. Ces poignets à l’os ressortis qui ont si souvent fait de moi une maigrichonne, dans le temps où mes pantalons tombaient.

Mes mains poussent de mes poignets. En fait, elles en jaillissent. Elles partent en triangle, s’ouvrent d’abord sur un long pouce aux allures psychédéliques, se tordant de tout bord tout côté, pouce qui, au piano, m’a permis de créer des accords impossibles. Puis quatre longs doigts fins et tordus qui se recourbent vers le ciel, en un mouvement de ballerine. Le ventre de ces quatre danseurs se trouve en mes articulations larges et fripées, comme un tutu sur l’horizontal. Mes jointures jouent à se pondre en montagne et reviennent ensuite se cacher à la racine de mes doigts, lorsque ceux-ci exécutent leur ballet.

Le dessus de mes mains est lisse et transparent. On y voit les quelques veines qui transportent la vie jusqu’au bout de mes doigts, jusqu’au sommet de ces mains érotiques. Longues, fines, avec une bonne poigne. Elles se resserrent autour d’un sexe durcis comme elles s’emparent fermement de mon ventre en chaleur. La pointe fine de mes doigts sautille et danse sur ces points d’extases, clitoris, lèvres, phallus, apportant la jouissance instantanée.

Leur maléfice joue avec les corps des autres, les ensorcellent et les soumet sous leurs offres de plaisir et d’amour.

Ce que je préfère, c’est l’union de ma main à une autre, étrangère. Une autre main qui viendra ensuite caresser mon corps dans ses recoins les plus obscurs. Des mains larges et fermes qui s’emparent de mon dos, de mes seins, de mes cuisses, de mes fesses, de mon corps. Une centaine de mains à la fois qui portent leur attention à mes poils qui frémissent et à ma respiration haletante. Elles se penchent sur mon plaisir, celui que me procure le fait d’être une femme, celui que me procure mon corps.

J’aime penser à ces mains qui m’enlaceraient tout en même temps, qui porteraient leur regard sur mon corps en extase, sur mon corps sous leur pouvoir. Des milliers de mains malléables et autonomes qui trainent sur mon passage. Des milliers de mains dont j’envie l’ongle enfoncé dans ma peau. Dont j’envie la caresse froide sur ma peau frêle.

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Ébauche 1: Au féminin

Je déteste les gens qui parlent bête, les gens qui mettent des points à tout. Ce qu’ils ont à te dire est plus important que toi, il sont plus important que toi, de toute façon.

Je déteste les gens qui mettent tout au féminin. Des petites shorts. Une oreiller. Une autobus. Une colt 45. Une polaroïd. Ça grince dans mon oreille, ça me donne envie de crier. Ça me donne envie de leur dire que même word sait que c’est masculin, lui qui n’a pas de culture, qui n’a rien. J’ai envie de les envoyer chier. Comment veux-tu que je vive en paix avec moi même quand j’ai l’impression que d’une phrase à l’autre, tu vas changer le genre de tout ce que tu touches. Voudrais-tu changer mon genre à moi en même temps ? Donnes-t-en à cœur joie.

Si je suis aussi irritable par rapport à ces choses, c’est que je suis une poupée de porcelaine.

J’ai horreur de mon drap contour qui débarque de mon matelas. Les gens qui pilent sur mon bordel. Les gens qui me disent quoi faire. Les gens qui complètent mes phrases. Les gens qui concluent pour moi. Les gens qui savent mieux que moi ce que je vais dire, ce qui est arrivé. Les lignes de maquillage croches. Les gens qui touchent à ma musique. Des yeux sur mes pieds. Des yeux sur ma bouche. Un ongle mal coupé. Une peau morte sur le bord de la lèvre. Avoir froid au pied. Me faire regarder quand je mange. Me faire fixer. Me faire fixer pendant que j’orgasme.

Toutes des choses qui viennent me chercher dans mon fort intérieur, qui font monter en flèche mon insécurité et ma colère. Des choses qui viennent me triturer le sexe, qui font souffrir mon entre cuisse.

Parce que j’ai déjà, à un moment donné dans ma vie, eu besoin que l’on prenne soin de moi comme d’une enfant malade. Que l’on vienne me cherche le vendredi avant-midi pour m’inviter à faire du bricolage et à manger trois pâtes. Que l’on me donne une pilule avant le coucher pour que je ne pleure pas toute la nuit et une autre le lendemain pour que je ne tremble pas dans mon coin toute la journée, les larmes aux yeux. J’ai eu besoin que l’on m’apporte des couvertures la nuit parce que je tremblais de froid en pleurant. J’ai eu besoin que l’on aille me chercher du jus d’orange plutôt que du café pour que je ne m’efface pas au creux de mon lit.

On est venu à mon chevet me porter des chocolats et des crêpes que je n’ai pas mangé avec appétit. On a du m’aider à faire ma toilette et me déshabiller complètement. On a du me lover au creux d’un lit d’hôpital, barreaux de chaque côté pour que je ne m’enfuie pas, comme dans un berceau. Pour me protéger, de moi.

J’ai du être un bébé dans un corps de grande fille alors que j’avais toujours été une adulte dans un corps d’enfant. J’ai du demandé à mon ex-copain de venir me voir chaque jour, de passer des heures au téléphone à prendre de mes nouvelles, de descendre les barreaux de mon berceau et de m’aider à marcher. J’ai du appeler mes grands-parents et mon ex-copain pour leur dire comme si de rien n’était que je m’étais suicidée, que j’étais devenue folle, enfantine, dans le fond de mon lit d’hôpital. J’ai passé 3 semaines à faire l’aller-retour entre mon lit et le divan, enfouie sous mes couvertes, un ex-copain qui me flattait les pieds.

Un jour on m’a sortie de mon lit, je ne pouvais plus être une enfant.

Devenue jeune adulte, après avoir été un bébé naissant, j’ai fait semblant d’aller à l’école. Chaque matin j’ai appelé mon ex-copain en pleurant, lui disant que je ne pouvais pas. Il m’invitait, chaque fois, me préparait des pâtes et me foutait la paix, que je joue aux jeux vidéos seule dans son sous-sol. Jusqu’à ce que je l’appelle en criant, les larmes aux yeux, qu’il me flatte le dos pendant une heure, qu’il m’embrasse la joue et me serre contre son coeur avant de me reconduire chez moi. Chaque jour le même manège, chaque jour la même patience.

Une patience humaine. Deux patiences humaines à boutte. BOUM.

J’ai appris à faire semblant d’être belle, d’être en santé. J’avais perdu mon acolyte de malheur et j’avais toujours le même gout acre au fond de la bouche. J’ai coupé mes cols de chandails, je me suis mises à ne porter que des décolletés. Pas de colliers, que des foulards lousses et un manteau jamais zippé jusqu’en haut. Rien qui ne me touche, rien qui ne me rappelle qu’un jour, je suis morte. J’ai commencé à me lever le matin sans vomir, à boire dans un abreuvoir, comme tout le monde. J’ai fait du sport pour être capable de toucher mes orteils, à nouveau. J’ai développé de l’appétit et un gout pour ce que j’avalais. J’ai réussi à reprendre du poids. J’ai caché ma peau verte et mes cernes, je me suis fait une belle coupe de cheveux. J’ai fréquenté des garçons qui jouent aux hockeys. J’ai acheté des talons hauts et des vêtements à la mode. J’étais pareille que toutes les autres ; pour la première fois de ma vie j’avais l’uniforme, enfin. Je n’ai jamais été aussi normale qu’après ma mort.

Jusqu’au jour où j’ai commencé à détester cette fille dans le miroir.

Je n’avais pas de visage, je le construisais chaque matin. Mon vrai visage était ravagé par les antidépresseurs, j’avais la peau grise, des cernes noires foncées, des lèvres mangées et sèches, un cou marqué de coups de corde, des sourcils mous et sans expressions, les pupilles dilatés, une bouche qui régurgitait chaque matin. Mais jamais on ne m’a autant complimenté.

J’ai passé des heures chaque jour à me construire un beau visage, avec de la couleur, une forme et de l’expression.

Je venais de renaître, d’avoir été lancée dans le monde des adultes alors que j’avais besoin d’affection et de doudous. Psychologiquement, j’ai revécu mon secondaire un. Je me suis cherchée, je me suis trouvée, aux antipodes de celle que je prétendais être.

En cachette, j’ai écrit sur les enfants et sur mes anges. J’ai vidé mon cœur d’amour ranci et j’ai bâti celle que je suis.

Aujourd’hui, je pense à celle que j’étais avant. Avant que je renaisse, après ma naissance, avant aujourd’hui. Je pense à celle qui pleurait et qui frappait son copain. Je pense à celle qui se croyait Juliette. J’y pense et je me trouve ridicule. J’avais quatre ans, j’avais peur de tout.

Je pense à la blondasse qui fait semblant et j’ai envie de pleurer. Une chevelure blonde qui cache la merde. Une princesse de la douleur.

Et je me regarde aujourd’hui, dans toute ma simplicité. Mon corps rond et chaleureux qui se laisse bercer par ses pulsions. Mes seins fermes et tombant qui font objet d’une obsession, mes fesses sensuelles à travers mes jarretelles noires, mon sexe humide, plus tourmenté que jamais. Le temps qui a effacé les marques sur mes cuisses, sur mes poignets et sur mon cou. Mon gris de face qui s’est estompé. Ma tête et mon moi intérieur qui se laisse aller. Enfantin et téméraire, je n’ai plus peur de rien.

Autoportrait naïf et moustaches de chats

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Stylo, papier et ordinateur

Seins I

extrait de Petites études (naturalistes) du (mon) corps et de la (ma) vie

Il m’arrive souvent de baisser la tête et de les regarder. Je les observe longuement, les touche, expérimente leurs textures. Ils font l’objet d’une obsession chez moi. Ils sont une des plus grandes merveilles du monde. Je ne sais pas la combientième, je ne suis pas bonne avec les chiffres.

Mes seins sont doux, lourds et ferme. Ils prennent de l’ampleur et vont parfois jusqu’à s’étaler sous mes aisselles. Celui de droite est enlacé d’un tentacule. Ils sont truffés de petites rondelles roses pales, d’un rose presque identique à celui de ma peau. Quand ils ont froid, ces rondelles se transforment en petits pics durs qui pointent droit devant moi ; comme deux yeux.

De temps en temps, quand je tombe dans la lune, mes mains se glissent dans ce nid chaud et tâtent. Elles absorbent cette température parfaite et épousent la forme ronde que leur guide mes seins. C’est alors que je me rends compte de leur immensité, de leur beauté inégale. Alors me prend une envie urgente de les regarder, de les embrasser. J’éloigne ma main qui ouvre une brève fissure entre ma peau et mon chandail et je les regarde tomber, épanouis, dans ma main. Ils sont beaux ; ils sont amoureux. Je prends le temps d’aimer ces quatre grains de beauté qui les ornent et je les berce de mon souffle pour les rendre dur, pour les réveiller. Ils se crispent, s’éloignent de ma main et s’agrippent à mon torse, plus fort. Je regarde alors cette ligne sinueuse qui les sépare, qui fait d’eux des êtres distincts, des êtres à part entière avec une personnalité.

Le premier, celui de gauche, est le plus petit. Il ressemble à un petit oiseau dont l’œil regarde vers le haut. C’est le rêveur, le plus dur et le plus froid. Il lui arrive de s’endormir contre l’immensité de l’autre. Il rentre parfaitement dans une main, s’y laisse bercer et s’excite aux pressions rigides, aux mains qui le plaquent contre moi, aux ongles qui l’arrachent à l’autre.

Le deuxième, à droite, est plus gros, plus imposant, parfois même intimidant. Il tombe parfois se cogner contre mes côtes ou contre cette majestueuse pieuvre qui le borde, à sa droite. Cette pieuvre dont les tentacules viennent le caresser et dont les yeux fixent celui qui approche ce sein, telle une gardienne de sa sensualité. Puis, il se retrousse, regarde droit devant et attend d’être pris, touché, à deux mains s’il le faut.

Lorsque que quelqu’un pénètre mon intimité, ils aiment se faire prendre, violemment puis doucement. Ils apprécient un coup de langue, puis deux et une centaine. Sur le bout de leur œil, autour. Des dents qui se resserrent sur leur chair ferme et épaisse, sur leur peau blanche et délicate. Qui prennent des bouchées, les rendent endoloris, rouges. L’attention charnelle et passionnée qu’ils obtiennent est suffisante pour les amener au bord de l’extase, pour ensuite laisser cette personne entrer complètement dans ma bulle.

Mes seins sont la porte d’entrée de mon corps, la permission aux touchers allègres qui se perpétuent ensuite sur le reste de mon corps, qui descendent jusqu’en moi.