Les trous

by salomelandry

(Extrait de mon nègre, été 2014)

Il y a les trous qu’on fait avec la perceuse, ceux qui se créent suite à l’insertion d’un clou, ceux qui sont trop profonds pour qu’on puisse en voir le fond, les trous avec lesquels on va chercher l’eau sous la terre, les trous dans les maisons, les trous dans les vêtements, les trous dans les moustiquaires qui laissent rentrer les moustiques, les trous dans les plats ziploc qu’on maudit parce que ton yogourt est rendu dans le fond de ton sac, les trous dans les cœurs, les trous dans les vie et les trous du corps.

C’est tous des trous que toi pis moi on connaît parce que c’est des trous qu’on a tous. Mon trou dans le cœur est tout le temps remplis par quelque chose de pas net, les trous dans ma vie s’enchaînent tellement que je peux plus suivre et j’essaie de satisfaire les trous de mon corps.

Le trou dans mon cœur il a été remplis par un gars pendant un an et demi. Criss que ce gars là il avait la taille parfaite pour rentrer dans le trou de mon cœur. Je l’ai même laissé agrandir dans le trou, il a étiré le trou, tellement que quand ça rentrait plus, je me suis retrouvé avec un trou que j’aurais laissé personne combler. Il était trop grand pour que n’importe qui s’y mette. Avec le temps j’ai broder un peu mon trou, il est devenu un peu plus petit pis j’ai fini par mettre une partie de moi dans c’te trou là parce qu’un trou vide c’est triste.

Mon cœur, ça lui arrive encore de saigner une fois de temps en temps. Il saigne un peu, je pleure un peu et ça fini par arrêter. Parce que ça peut pas durer pour toujours une peine d’amour pis parce que mon cœur et mes yeux ont autre chose à faire des fois que de penser à celui qui s’était fait un petit nid dans mon cœur. Celui qui avait le nid, il se cherche un nid pareil qu’il trouvera jamais pendant que moi je fais un peu de rénovation. C’est certain que ça fait quelques trous à cause de tous les clous que je plante mais au moins après ça va être un peu plus neuf, un peu plus frais et un peu plus beau. Je pourrai offrir un cœur tout beau à quelqu’un pour qu’il y creuse son trou. Encore ça fera mal quand il partira mais la vie elle est comme ça, la vie elle me tue, jusqu’à moi. Car on meurt de soi, pas de la vie. Je sais c’est triste.

Quelques fois depuis l’hiver j’ai voulu donner mon cœur à quelqu’un mais finalement j’ai pas le goût, même si je m’ennuie de temps en temps.

Ensuite, il y a les trous dans ma vie. Ceux là ils sont spéciaux. Parce que j’ai arrêté de les compter. Tout fini par devenir un trou. Si je dois me mettre à tout compter ce que je rencontre, je ne suis pas sortie du bois. J’ai couler mes maths, je suis pas rationnelle comme ça moi, je suis plus dans ma tête. C’est pour ça que je les oublie les trous ; je vis trop avec eux. C’est comme mon confort, je vis trop avec pour me rappeler que j’ai du confort de même.

Mon plus récent trou c’est celui de ma grand-maman. Elle est partie et maintenant, il y a un nouveau trou. Dans ce trou, je me perds un peu et je tombe un peu. Je vis dedans. Je vis avec. Il est là et moi aussi. On se partage l’espace dans ma tête et on se fond ensemble. Je deviens nègre.

L’autre plus grand trou dans ma vie c’est moi. C’est moi parce que je suis trop intelligente. Si, si, je vous dis, l’intelligence ça vous tue. L’intelligence, la sensibilité et la fragilité, c’est assez pour vous enterrer 6 six pieds sous terre. La sensibilité s’occupe de creuser le cercueil, l’intelligence vous suicide et la fragilité tombe dans le trou parce qu’elle est minuscule.

Le problème, c’est qu’une fois qu’elles t’ont fait le coup, tu le sais que trop que tu peux mourir et ça devient une obsession. Parce que t’as raté ton coup, pis que maintenant, tu pourrais le réussir. Tu sais un peu plus ce que tu veux, tu sais un peu plus comment le faire pis tu peux faire ça en grand. La mort, elle embrasse bien.

Le dernier trou, c’est mon trou de femme. Mon trou du désir. Parce que j’aime me faire désirer. J’aime être la femme fatale qui fait craquer les gens. J’ai établis que dans la vie, peu tomberont en amour avec moi, mais ceux qui le feront s’en souviendront et le seront vraiment. C’est vrai que jusqu’ici, tous ceux qui m’ont aimé m’ont dit que leur amour pour moi était fort et particulier, qu’ils ont été marqués et qu’ils n’aimeront personne de la même façon. Moi ça fait mon bonheur d’être un bijou aux yeux d’un homme, aussi malsain que cela puisse l’être.

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