Crème soda

Extrait de fourrer sous les étoiles, mars 2014

Une fois j’tombée en amour avec un gars. Juste une fois. Les deux on aimait la musique, on avait le mal de vivre pis on buvait d’la root beer pis du crème soda. Parce que l’amour, c’est un peu simple comme ça ; ça en prend pas beaucoup. Juste la passion de se r’garder dans les yeux pis d’aimer ça. C’pas grand chose mais c’est rare qu’on trouve ça.

Ça nous prenait que le souffle d’une chanson pour se sentir unis pis en amour, juste une étreinte pour s’aimer un peu plus. Toujours un peu plus. Les becs étaient sucrés pis on s’buvait la bouche comme deux moucherons qui tètent une orange ben juteuse, nos bouches c’était une fontaine de jus.

Avec nos mains baladeuses, on s’cachait dans l’bois pour s’toucher, les vêtements à moitié enlevés pis les ch’veux ébouriffés avec le rouge à lèvre pu su’a yeule. Parce que s’faire pogner la noune dans un fond de buisson ça peut être ben l’fun des fois.

Avec nos mains pis nos bouches on en avait assez pour vivre heureux parce qu’avec lui, j’vivais nue. Aweille, explore mon corps comme tu veux, on va jouer ensemble comme les enfants mais un peu plus cochon parce qu’on s’aime. Les grains de beauté de ton dos j’les connais par cœur, j’ai même visité celui sous ton aisselle droite. Pis l’mien, à droite de mon pubis, tu le trouvais drôle, y te manque-tu ? Mes seins pas égaux pis tes fesses trop poilues et cette petite ligne-là, à côté de ta testicule. J’connais ton corps par cœur, sans prétention.

Tes routines, ton kraft dinner, ta façon de tenir ta bière, ton beau cul dans tes pantalons de jogging, ta douche, ton oreiller, l’odeur de ta lessive pis la face que tu fais quand tu jouis, j’les connais aussi. Tes manies, tes petits ronflements, l’odeur de ta bouche le matin pis les plis de draps entre ta joue pis ton œil, j’ai dormi assez souvent dans tes bras pour les connaître par cœur, mieux, que mon propre plis de draps pis l’odeur de mon haleine le matin.

Lui, y connaît les graines de biscuits dans l’fond d’mon lit pis mon mascara qui coule le matin. Il sait aussi qu’j’aime ça m’faire lécher les seins et que les cunis, c’est mes plaisirs coupables. Y’a aussi les vergetures dans le haut de mes longues cuisses qu’il connaît et ça c’est sans parler de ma noune, qu’il a mieux vu que moi. Y disait que mes lèvres étaient spongieuses, que ça faisait parti des plaisirs de mon corps, j’le sais-tu moi si mes lèvres sont l’fun à embrasser.

À c’t’heure que dormir avec mes ch’veux blonds dans ta face pis prendre mon corps entre tes gros doigts ça t’intéresse pu, tu veux-tu au moins continuer de boire d’la root beer avec moi, même si c’est pu entre mes deux jambes ?